Dans la famille Macadam Mambo, je demande le père : Sacha Mambo. Aussi connu sous son pseudo Bikini Freak ou MZKBX, cet homme aux multiples alias mène ses projets selon une seul crédo : la pluralité. Pluralité d’influences et de genres musicaux, d’époques de prédilection, mais aussi d’origines culturelles. Plonger dans son univers, c’est comme se rendre dans un terrain inconnu où les limites n’existent pas et la seule règle à suivre est de se laisser surprendre. C’est un personnage que nous apprécions tout particulièrement chez Phonographe Corp. L’année dernière, il nous avait déjà offert un PHNCST de qualité et c’est après l’avoir invité en mars dernier pour la soirée Labyrinthe à la Rotonde Stalingrad que nous avons décidé de l’interviewer afin d’en savoir plus sur son parcours et son rôle au sein du projet et label Macadam Mambo.

– Bonjour Sacha, peux-tu te présenter et présenter le label ? D’où viens-tu, comment en es-tu arrivé à Sacha Mambo ?

Je suis originaire de Lyon, j’ai déménagé à Paris en 1999 quand j’avais 20 ans et je suis revenu vivre à Lyon, il y a maintenant 5 ans. J’ai toujours été passionné par la musique, j’ai toujours aimé acheter un tas de disques, mais je me suis vraiment mis à mixer en 2003 et à produire en 2006.

J’ai sorti mon premier disque en 2009, sous mon pseudonyme MZKBX, sur le petit label parisien Fluofluid.C’était de la techno. J’en ai ensuite sorti un autre chez Karat, puis d’autres ont suivi… J’ai lancé Macadam Mambo en 2008, au départ c’était un collectif de DJ, c’est ensuite devenu un label en 2012. Récemment, j’ai décidé d’utiliser Sacha Mambo comme nom de scène, car c’était plus pratique puisque les gens me connaissent davantage par rapport au label.

– D’où vient le nom de Macadam Mambo ?

Macadam vient de « Macadam Massacre » du groupe Bérurier Noir dont j’ai toujours été fan, sachant que j’ai une bonne culture punk. Mambo vient de la prêtresse dans la religion vaudoo, ça a donc un lien avec l’envoûtement. Les deux vont bien ensemble.

– Quand est-ce que ton envie d’éditer des sons est elle apparue ?

J’ai fait mes premiers édits en 2009. À l’époque, j’écoutais les mixes de Ron Hardy dans les lesquels il y avait des édits sensationnels. J’ai essayé d’en faire aussi mais je ne les ai jamais sortis, ça serait un peu ennuyant de les sortir maintenant.

– Chez Macadam Mambo, comment choisissez-vous les morceaux que vous éditez ?

Quand on a lancé Macadam Mambo avec Guillaume,nous avons d’abord réfléchi à quels tracks il fallait éditer puis à suivre des principes bien stricts en se posant la question suivante : « Le track a-t-il vraiment besoin d’être édité ? ». S’il est déjà bien au départ, il n’est pas question d’y toucher sauf s’il est un poil court et surtout introuvable, sinon ça n’en vaut pas la peine. Il faut qu’il y ait des parties désuètes qui ne correspondent plus à l’air du temps, ou trop de refrains qui gâchent l’énergie du track – et il faut que ce soit suffisamment obscur pour que ça ait un intérêt.

– Généralement, beaucoup de producteurs commencent par faire des édits puis bifurquent vers la production. Tu as suivi le chemin inverse. Qu’est-ce qui t’a poussé à la production au départ plus qu’aux édits ?

J’ai toujours été plus intéressé par la production que par les edits. Mais les edits constituent un bon moyen pour se faire connaître vis-à-vis du public même si ça n’est pas vraiment de la création de musiques. C’est plutôt de la culture musicale, du diggin’ et des bonnes idées d’arrangement. Ça retranscrit aussi bien l’univers musical d’un DJ puisque les sorties sont toujours le fruit d’un choix réfléchi et, à la longue, les gens qui nous suivent finissent par comprendre ces choix, même s’ils sont très variés.

Au départ comme j’étais plus attiré par la techno, je me suis naturellement tourné vers la production. Les edits sont venus quand j’ai commencé à jouer plus de genres différents dans mes sets : du disco, de la new wave…

– A la base, vous faisiez principalement des edits de disco sur le label, dans quelle logique avez-vous fait la transition sur le reste ?

C’est vrai qu’on était plutôt disco au départ mais pas que. Le genre « disco » est riche en obscurités qui méritent d’être éditées surtout dans l’eurodisco. Sur le premier disque, il y a un edit de « Spasticus Autisticus » de Ian Dury qui a un côté punk, sur le deuxième il y avait du rock avec Rod Stuar, puis du punk et du jazz sur le troisième. Il y a des influences variées sur tous les suivants. On a toujours été ouverts à différents genres mais c’est d’avantage en cherchant des nouveautés qu’on décide d’éditer tel ou tel disque. C’est grâce aussi aux personnes avec lesquelles on collabore, souvent des amis qui amènent leur touche perso.

– Comment le collectif Macadam Mambo s’est fondé, qui était à l’initiative du projet ?

Au départ, nous avions lancé le collectif avec Guillaume des Bois qui est toujours présent et Laurent HD Project. L’idée était d’organiser des soirées à Paris et de mélanger les genres puisque nous avions plus ou moins des sensibilités différentes. Nous avons ensuite intégré Tim Dornbusch, mais quand j’ai déménagé à Lyon ça s’est disloqué. De mon côté, j’ai continué à organiser des évènements en gardant le nom du collectif, car j’étais le moteur de l’association depuis le début. Au niveau des sensibilités, nous n’étions plus vraiment sur les mêmes longueurs d’ondes lorsque nous avons transformé le collectif en label.

– Qui ont été les premiers membres au sein du label ?

Les premiers membres qui ont participé au label sont Guillaume sous son pseudo Bob Bernard, TeeTwo Mariani l’auteur de l’édit qui nous a lancé : « Les Jardins du Luxembourg » de Joe Dassin et moi sous mon pseudo Bikini Freak. Puis il y a eu Loisirs Modernes, des potes de Marseille mais aussi Bernadott, Fab Mayday, Muslim Disco Club, Albion, Raphael Top-Secret, Traxx, Npnk, Dunkeltier, Tokyo Matt, Mori-Ra… pour les edits. Sur la partie production intitulée Trax : Traxx, Joe’s Bakery Band, Mituo Shiomi, Takeshi Kouzuki, Giorgio Luceri et Samo DJ. J’en connaissais déjà pas mal et j’ai quasiment rencontré tous les autres, sauf quelques-uns pour lesquels l’occasion ne s’est pas encore présentée, mais ça viendra. L’humain est très important, voir essentiel dans le projet. J’ai envie de travailler avec des personnes que j’apprécie et qui sont des tueurs et tous ces gars déchirent grave.

– Tu disais que l’humain est important dans l’expérience Macadam Mambo. Peut-on parler également de l’aspect visuel dans ta façon de penser ton label ?

Oui en effet, l’image et le graphisme sont essentiels pour un label, en complément de la musique c’est ce qui leur donne une âme. Jusqu’à présent, j’ai fait tous les visuels de Macadam Mambo que ce soit pour les affiches et pour les disques. J’ai toujours essayé de créer des images qui collent à la musique que l’on propose, avec ces aspects de dérision et de second degré qui retranscrivent l’esprit de la fête qui est pour moi essentiel. Et parallèlement, le sérieux est présent dans l’ensemble de ce qui est proposé. Tout reste cohérent, je garde le contrôle du « bon goût » même si nous avons eu quelques remarques au début quand nous avons lancé la série Trax qui est un peu coquine. Sur le nouveau projet Honoré je vais laisser carte blanche à Rémy Mattei et à son collègue Hugo Charpentier un autre illustrateur de talent. Ils sont tous les deux membres du collectif Mauvaise Foi et ils vont faire des sérigraphies sur les pochettes, les disques seront tamponnés par mes soins.

– Justement concernant la série Trax centrée sur l’acid, elle est composée de 7 vinyles aux pochettes plus sexy les unes que les autres, peut-on dire que c’est la gamme classée X de votre label ?

En effet, c’est la collection X mais soft, quoique pas toujours… Les pochettes ont été choisies pour le côté référent à la Chicago House, l’acid et les labels comme Dance Mania, Trax, Relief, des labels qui correspond bien à l’esprit des morceaux et reste old-school. Toutes les images viennent de vieux magazine porno des eighties. Après, il y a des tracks un peu plus sexy que les autres comme « Hypnotic Sex » (Mzkbx), « Fine Female » (Mituo Shiomi) ou « Blue Tuesday » (Joe’s Bakery) mais le reste est plutôt classique, enfin sage.

– Le reste des sorties, sur la série Edits, ont toutes la particularité d’être complètement décalées, avec une ambiance early eighties. C’est une période qui t’a marqué musicalement ?

Oui et non, dans le sens où je ne choisirais pas le terme « marqué », mais je dirais plutôt que c’est une période qui nous « anime », je l’étendrais même aux années 1970. Nous avons la chance de posséder des outils de recherches fantastiques pour découvrir des pépites, des sons complétement loufoques et improbables, c’est génial. C’est une recherche permanente, nous sommes séduits par toutes les trouvailles qui sonnent si modernes bien qu’elles aient plus de 30 ans. C’est tellement riche, il y a tant de bonnes musiques à découvrir et faire revivre, à mélanger avec des sons actuels, à mixer différemment et à réintégrer.

– Est-ce important pour toi de maintenir ce lien entre présent et passé ? Comment fais-tu pour ne pas tomber dans la nostalgie ?

Je suis nostalgique de nature, mais j’essaie d’aller de l’avant en regardant vers le passé. Je trouve ça triste que certains genres meurent parce qu’ils ne sont plus d’actualité ou parce qu’ils sont rincés. Souvent, les courants ont disparu parce qu’il y avait une overdose du genre. Par exemple la new beat a explosé entre 1988 et 1989 alors que c’était déjà has been, pareil pour le disco à la fin des seventies… Pourtant, il y a pleins de sons incroyables à faire revivre qui se mixent très bien avec des nouveautés, dance music ou pas. En tant que DJ, c’est aussi mon style de faire cohabiter des époques et des styles différents avec cohérence.

– C’est un paradoxe intéressant pour quelqu’un qui vient de la techno, musique initialement considérée comme futuriste. Penses-tu que la musique ait vocation à être innovante ou pas nécessairement ?

Pas vraiment, le futur je l’entends aussi bien dans la musique de Liaisons Dangereuses que dans celle de Model 500 il s’agit juste deux générations différentes qui innovent à leur manière.

La musique doit avant tout toucher le coeur, provoquer des sentiments, rendre fou, déranger et ne surtout pas laisser indifférent. On connait tous les sons depuis 1992, donc pour être innovant c’est compliqué, aujourd’hui on réinvente les genres, on se les approprie, pour créer autre chose qui ressemble quand même un peu à ce qui existe déjà, mais ce qui compte, c’est que ça touche.

– On ressent beaucoup les influences cinématographiques sur la musique de Macadam Mambo, est-ce des réminiscences d’un certain passé ?

Je ne m’en étais pas vraiment rendu compte pour Macadam Mambo, mais c’est tout à fait vrai pour ce que je produis sous MZKBX. Plus jeune, j’ai été un grand passionné de cinéma, j’ai même fait une école dans ce domaine et j’ai bossé dans le milieu pendant quelques années, c’est sûrement pour ça. Paradoxalement, maintenant je suis absolument incapable de passer deux heures dans une salle.

– D’où les vocaux de Keeto – Sending My Love sont-ils tirés ?

« Sending My Love » c’est un edit d’Emerson.

– Le mois dernier tu as joué à deux reprises avec Alessandro Adriani. Quel regard portes-tu sur le label Mannequin ?

J’aime beaucoup ce label, il y a des rééditions superbes, voire essentielles, puisqu’elles n’ont jamais été sorties sur vinyles. Je pense notamment au Musumeci et à des productions plus récentes comme Phantom Love ou Dust que j’adore. Alessandro fait vraiment un sacré boulot à une fréquence incroyable, il sort un disque quasiment tous les mois. C’est quelqu’un que j’apprécie énormément en tant que personne et il produit de la super musique. D’ailleurs c’est lui qui va faire la première sortie d’Honoré.

– Est-ce important pour toi que les artistes du label soient également de très bons DJs, ou est-ce que ce sont deux choses que tu considères comme totalement différentes ?

Oui, c’est important. D’une certaine manière, ils vont représenter le label et si on doit faire une soirée ensemble j’ai envie qu’ils soient à la hauteur, ce qui est bien souvent le cas, même à chaque fois. Comme ce sont des gens que je connais assez bien pour la grande majorité, je connais leurs capacités à mixer. S’il s’agit de quelqu’un que je ne connais pas, je vais avoir tendance à me méfier. En tout cas, c’est très important que ceux qui sortent des édits soient d’excellents DJ’s. C’est un peu différent pour les producteurs car ils peuvent se produire en live, ce que je préfère d’une certaine manière. La fois où on a fait une soirée avec Acid Square Dance par exemple, Hervé Carvalho et Nicolas Villebrun ont fait un show incroyable, c’était de la folie… mais pour le coup ce sont aussi d’excellent DJ respectivement… Pour le moment, je touche du bois, on a que des numéros 10.

– Quelles sont les perspectives d’évolution pour le label ?

J’aimerais que le label se développe en proposant plus de productions originales. D’ici quelques semaines, je vais lancer un sub-label Honoré dont je vous parlais, orienté indus, techno et acid. Je vais essayer de continuer à collaborer avec les gens que j’apprécie, de faire des belles rencontres, car c’est ça qui me motive. Pour les soirées, je ne sais pas trop, c’est compliqué.

Merci à Sacha pour son temps. Retrouvez son label sur Facebook.