DJ, boss du label Idle Press & proche de toute une scène parisienne – mais pas que – que l’on apprécie beaucoup, DJ Sundae est un de ces artisans de l’ombre à qui incombe la tâche de nous faire danser les week-ends. Dans des clubs sombres ou dans des hangars à taille humaine, il y distille une selecta singulière, entre proto-house, electro, acid & disco option new wave & synthétique.

Un artisan à l’oeuvre dans le bien nommé radioshow « No Weapon Is Absolute » sur NTS, en alternance avec Cosmo Vitelli, boss du label ami I’m A Cliché. Un nom en forme de statement : la tracklist est primordiale mais ne repose pas sur des bangers. L’ambiance générale, la « vibe » est absolute, elle. 

Depuis 2016, il gère le label Idle Press, sorte de laboratoire de coups de coeur, où le temps est plus long qu’ailleurs – trois sorties au compteur, un classique de Pitch, des originaux de Smagghe & Cross et une compile co-curated avec Alexis Le Tan – mais où la qualité & l’affinité avec un disque est plus forte qu’ailleurs. 

Un peu comme la vision de Laurent, de son vrai nom : peu, mais avec passion, amour de l’objet, du travail bien fait & de la bonne tracklist. 

Tu m’as dit que cela faisait presque 10 ans que tu étais à Paris.

C’était pour rejoindre ma copine et j’avais envie de changer un peu de ville. Je suis assez content, musicalement il se passe plein de choses depuis quatre-cinq ans. Il y avait peut être moins de soirées & de collectifs il y a 10 ans. 

J’ai toujours un peu mixé à Paris avant de m’y installer, dans des événements liés à la mode – je travaillais pour une marque de vêtements. Des potes m’invitaient à venir mixer notamment le collectif Dirty. Je participais à leur blog à l’époque, AlanFinkielkrautrock, c’était mes premiers contacts. 

J’ai associé ton nom à Montpellier d’abord, avec les soirées My Life Is A Weekend mais j’ai rapidement vu que tu évoluais avec ces DJs, le label I’m A Cliché … 

J’ai rencontré Cosmo (Vitelli, ndr) à Paris et assez vite, on a échangé de la musique. Il m’a invité quelques fois à jouer à La Java pour les soirée I’m A Cliché. Rinse France s’est lancé au même moment et c’était une des premières émissions résidentes. Cosmo la faisait avec Krikor, il m’a proposé de les rejoindre et on a fait trois ans à Rinse. Depuis deux ans on est sur NTS, on alterne tous les deux la programmation. 

Pourquoi ces changements de Rinse vers NTS ? Est-ce que c’était des questions de calendriers, programmations ? 

Musicalement, on était plus proche de la « couleur » NTS. Sur Rinse France, on a commencé en faisant une sorte de déclinaison de ce que l’on faisait en soirée – un format DJ mix, pendant deux heures. Ça faisait un peu long, on a voulu faire plus court et plus axé sur l’écoute, moins club. 

Le format a changé oui, en les réécoutant je me suis aperçu de cela : plus sur de la sélection, des thèmes, etc.

Plus qu’un DJ mix oui, qui est plus la couleur de Rinse France – et qui est très cool aussi. Mais on avait plus envie de se côté là, de la sélection. J’aime bien faire ce genre de podcasts, d’être à l’écoute. J’ai l’impression qu’il manque la dimension du club sinon, le contact & la réaction des gens. Tu réagis vraiment par rapport à se qu’il se passe et de le réécouter de façon passive plus tard, ça me fait un peu bizarre. Je ne suis pas ultra fan. 

J’achète beaucoup de disques et j’en cherche beaucoup, c’est assez génial de pouvoir les diffuser tous ces morceaux. Il y a l’embarras du choix, de plus en plus de webzines et de magazines ouvrent des séries de mix. Avant ces web radios, j’en rêvais. J’en ai fait un peu sur Montpellier, des radios associatives, mais j’ai toujours rêvé de partager mes coups de coeur. 

J’ai l’impression que cette profusion pousse la qualité, les selecta et les émissions vers le haut. 

C’est génial, et impossible de tout écouter : juste sur NTS, la qualité des shows, les guests qu’ils peuvent avoir parfois juste sur une journée, c’est dingue. 

Le côté écoute & sélecta que tu fais pour des émissions de radio est assez proche de ton travail pour la compilation Sky Girl je trouve. 

Avec Julien (Dechery, ndr), on s’échangeait pas mal de musiques, de private press, des choses pas rééditées encore. On était vraiment sur la même longueur d’onde et je me suis dit que ça serait cool de monter une compile à deux. On l’a fait un peu comme une mixtape, sans clearer les morceaux (demander l’autorisation des ayants droits & les citer dans les crédits du disque, ndr). C’était discret mais on avait l’idée de le sortir de façon plus officielle, sur un label qui avait l’habitude de ce genre de projet. 

Michael, de Noise In My Head, avait pour projet de monter un label (Efficient Space, ndr) et il a reçu la compilation via Julien. On était fan du mec, de son émission de radio – qui s’est arrêtée maintenant. Il a reprit tout le projet à zéro, en contactant tous les artistes. On a changé un tiers du tracklist, parce qu’il y a des choses qu’ont été réédité, d’autres artistes que l’on a pas réussi à avoir. Donc ça a prit un an pour sortir officiellement la compilation. 

On a eu pas mal de retours de DJs de scènes électroniques alors qu’il y a beaucoup de chansons, de folk. Il a quelque chose qui a parlé à pas mal de DJs ou d’artistes de cette scène là, avec des oreilles curieuses. 

Est-ce que ce n’est pas frustrant de devoir changer la tracklist pour des raisons pratiques & techniques ? 

Oui, il y a un ou deux morceaux que l’on a pas réussi à avoir, c’était frustrant. Certains morceaux, c’est de notre plein gré que l’on a décidé de ne pas les remettre – on s’en était lassé, ils avaient été réédités sur d’autres compiles entre temps et on a eu des nouveaux morceaux à mettre dedans. 

On a dû changer 5-6 morceaux pour « redynamiser » et repartir sur un objet plus neuf. C’était plus stimulant que frustrant. 

J’imagine qu’il y a un gros travail de diggin’, de recherches, … 

Les morceaux étaient déjà pas mal diggé, ce de retrouver les ayants droits qui a été un sacré challenge. Certaines personnes étaient décédées, il a fallu recontacter les familles. Des personnes étaient vraiment introuvables – on a du écrire des lettres, des vraies lettres pour tenter de les contacter. Pour d’autres, ce fut assez simple. 

Ça doit être passionnant toute cette recherche et les rencontres. 

Oui, bien sur ! On a mis beaucoup de temps à retrouver des personnes et une fois contactées – une personne notamment, ne voulait pas avoir affaire à l’industrie du disque. C’était de l’histoire ancienne pour elle, et on n’a pas pu avoir son morceau. 

C’est devenu plus commun dans le paysage musical d’aller chercher des vieux artistes, c’est une spécialité pour plein de labels. C’est peut être moins fascinant aujourd’hui que ça l’était il y a cinq ans ou dix. Ces histoires là sont devenues plus communes. Mais quand on a un vrai attachement au morceau, c’est un grand moment de retrouver les personnes. 

Elle m’avait bien parlé et beaucoup plu à sa sortie en 2016.

Elle a eu son petit succès, elle continue à être diffusée et représsée. Des morceaux ont été choisi dans des films aussi, il y a vraiment une deuxième vie après la sortie. Ça suit son petit chemin. 

Est-ce que vous avez en tête un volume 2, sur une direction différente peut être ? 

On ne l’a jamais évoqué. Quand on l’a fait, on était très motivé et hyper content mais aujourd’hui – je parle vraiment pour moi mais je crois que Julien partage le même point de vue – c’est devenu une sorte de norme dans une certaine scène de rééditer des trucs, et ça m’excite beaucoup moins. L’esthétique de chercher des vieux morceaux … Il y a plein de trucs géniaux qui ressortent, mais que ça devient systématique pour certains labels – dès qu’ils tombent sur un track avec une boite à rythme très 80’s, ils vont le rééditer parce qu’il y a un vrai marché et public pour, je trouve que ça étouffe la démarche. C’est mon ressenti, je serai plus motivé pour sortir des productions actuelles que de trouver des vieux disques. 

C’est devenu un vrai marché et les gens en ont bien conscience, c’est peut être moins excitant. Si je trouve un truc hyper pertinent au regard de ce qu’il se fait aujourd’hui, c’est pas exclu. 

Ça me fait une transition toute faite vers ton label Idle Press et la compilation avec Alexis Le Tan, comment ça s’est fait ? 

On a fait le tracklisting à deux. Il avait pour projet de sortir tous ses édits, de faire son propre label. Il les donnait à pas mal de potes pour les jouer, et je lui ai dit que c’était dommage de ne rien en faire. Pour le coup, je ne suis pas un méga fan d’edits mais la démarche de rééditer de la musique électronique pour un peu l’actualiser, c’était plutôt bien fait. Je lui ai dit d’en faire une compile mais vu qu’on allait rien clearer, ce n’était que des DJ tools, les gens voulaient simplement le fichier pour pouvoir le jouer. On a sélectionné 10 morceaux et le trackslisting ensemble. Je n’avais pas trop l’envie de faire un vinyle, d’aspect solennel mais plutôt sous forme d’une mixtape, un CD. 

Ça a plutôt bien marché, les gens l’ont acheté pour avoir les fichiers, le côté un peu 90’s collait aussi à la musique. Sur Idle Press, on peut sortir des morceaux de gens que je connais, qui m’envoient leurs morceaux. Il n’y a pas de calendrier de sorties – si je peux en faire une par an, c’est cool. 

Tu fonctionnes au feeling & à l’envie, j’imagine ?  

Au feeling vraiment, de sortir des choses qui me font vraiment kiffer. Je pourrai en sortir plus, mais c’est vraiment pour le plaisir. C’est un tout petit truc, on a fait trois sorties et j’espère sortir quelque chose cette année. 

J’aimais beaucoup cette sélection, ce côté slow dance. 

Beaucoup de titres ont été joués en 33T au lieu de 45T. C’est une petite tendance mais il y’a plein de disques qui marchent hyper bien à la mauvaise vitesse. 

Je pense directement à Front de Cadeaux, oui. 

Il y a un truc qui est lié à la technique du vinyle – le même morceau, si tu le ralentis à l’ordinateur ou sur une platine CD, il n’aura pas du tout la même dimension sonore que si c’est fait avec un vinyle, où il descend beaucoup plus dans les basses à la mauvaise vitesse. Il adopte une couleur très différente. Tu peux arriver à quelque chose de vraiment similaire si tu le ralentis par ordinateur, mais c’est vraiment la platine vinyle qui va donner un effet « cool » à ce ralentissement. 

Ça me fait penser aussi au collectif Bruits de La Passion, qui sont dans cette vibe là, très baléaric & éclectique. 

Je suis assez fan de tout le crew, ils sont super ouverts – avec tous leurs styles et spécificités. Aymard, de Jita Sensation, avait organisé la sortie du CD d’Alexis Le Tan, c’était marrant à voir comme processus. J’aurai jamais eu l’idée que l’on puisse organiser des fêtes avec du son, en dehors de Paris, sans autorisation, juste dans des lieux privés. Sortir de Paris pour faire la teuf, il y a cinq-six ans de ça, c’était impensable. 

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