Arrivé tout droit de Montréal à l’aube du virus, Bernardino Femminielli est un personnage affable, à l’élégance rare que l’on jugerait sorti tout droit d’un film de Georges Lautner. Loquace, il a toujours l’expression et le bon mot, bien placé. À tel point que l’on rêverait d’enfoncer les comptoirs des rades de Pigalle avec lui jusqu’au petit matin. Au-delà de cette personnalité hors normes, la musique du québécois exilé ne se raconte pas, elle se vit. Entre chansons suaves à l’humour décalé et production synthétique de disco d’un autre temps, le style Femminielli évoque la fête triste et les dance floors douteux de la France profonde.

Bien entendu, Bernardino Femminielli, c’est bien plus que de la musique, c’est tout un concept mené seul ou en duo avec Adrien Gasc. L’expérience scénique est au coeur du projet et promet un moment unique, chaque fois anthologique, pour qui vit l’immersion jusqu’au bout. Une question se pose rapidement : Femmielli endosse-t-il un rôle puis ôte son smoking blanc tâché une fois le show terminé ou vit-il le jeu de la vie jusqu’au bout ? 60 minutes de conversations et pléthores de Super Bock avalé à Saint Aubin-sur-mer n’ont pas suffit à répondre à ses questions. Toutefois, nous sommes certains de plusieurs choses : son style vestimentaire n’est clairement pas joué, il est bien réel. De même, son humour et son flegme sont uniques et omniprésents. Nous avons parlé syndrôme de l’imposteur, fuite en avant et complexe de l’acteur pour quelques lignes de psychanalyse de bar. Nous pensions offrir une thérapie gratuite à l’artiste, mais finalement, n’est-ce pas lui qui nous offrait cette séance ? Vous saurez tout sur cette interview au long cours réalisée sur une banquette de canapé défoncée, digne des meilleurs épisodes de The Wire.

Cette entrevue a eu lieu lors de Pete The Monkey en juillet dernier, alors que le festival nous invitait pour échanger avec cette perle de la chanson française qu’est Monsieur Femminielli. Au-delà d’une programmation très large, le festival offre des scènes agréables, dans la forêt à quelques encablures de la plage. Bernardino Femminielli a d’abord joué sur une scène qui lui ressemblait bien : une sorte de chapiteau de fête foraine, avant de se produire sur une magnifique scène, proche du public à la tombée de la nuit. Son prochain album sort prochainement, nous l’avons écouté en avant-première, c’est grandiose !

Maintenant, place au spectacle.

Qui est Bernardino Femminielli ?

Je suis un imposteur. Un gars qui se prend pour quelqu’un d’autre (rires). Je plaisante ! Je suis un artiste originaire de Montréal qui s’est relocalisé à Paris courant 2019, période gilets jaunes, juste avant le covid. C’était un timing parfait ! C’était comme la fin d’une décennie. Depuis, je tente de faire ma bosse, de renouveler mes papiers, tout va bien !

Qu’as-tu fui à Montréal ou qu’espérais-tu trouver en France ?

Je cherchais un statut différent. À Montréal, j’avais une carrière de restaurateur et j’organisais des fêtes privées où je donnais mes performances. J’ai mené cette vie durant 5 ans, où je tournais beaucoup, et je manageais en même temps mon établissement avec mon épouse et des amis. Par la suite, je me suis fait arrêter aux USA pour des raisons de papiers et j’en ai été banni. Je me trouvais dans un cul-de-sac. Le restaurant avait des problèmes. J’arrivais à une période de ma vie où il fallait que je franchisse un autre cap, que je termine ce chapitre et que je reparte ailleurs. En France, j’avais plus d’opportunités et un meilleur réseau. Et ici, j’ai le statut de musicien alors qu’au Canada je n’étais pas considéré comme tel. Ici, tu peux gagner ta croûte avec ta musique. C’est étrange après tant d’années de se dire que, enfin, je suis musicien.

Auparavant, je jonglais avec plusieurs activités pour gagner ma vie, maintenant je peux me concentrer uniquement sur la musique.

Je t’ai découvert sur un mode “fête triste” à tendance disco avec des morceaux comme “Plaisirs américains” mais lorsque j’ai vu ton nouveau live, tu penchais plus vers le story-telling. C’est un style vers lequel tu voulais tendre ?

Oui, je voulais éviter d’aller vers une dynamique trop festive, depuis longtemps j’avais envie d’être un conteur, raconter une histoire crescendo, avec des climax, un récit déroutant. Je parle de sujets assez sérieux mais avec un peu d’humour. Je voulais écrire des chansons à texte mais aussi casser avec l’expérimentation, réunir tout ce côté performatif dans un ensemble plus concis. Cet album que j’ai préparé avec Adrien Belkout et Julien Gasc, ce sont des chansons sous format court.

Ça fait l’effet d’une relecture du crooner des années 50…

Oui, même dans plusieurs époques. Je pioche énormément dans les années 70 mais j’essaye d’éviter de tomber dans ce lieu commun. Je rêve d’être intemporel, mais j’aime revisiter le passé. Ça m’inspire beaucoup néanmoins, je ne veux pas être rétro. 

C’est réussi à mon sens. Tu parles à un média orienté musiques électroniques et je retrouve beaucoup de repères dans ta musique. Est-ce le but recherché ?

Pour ce disque, Opéra Bouffe, Julien voulait composer des morceaux pour moi. J’ai écrit les paroles et j’ai commencé à les chanter en me disant qu’on allait trouver une cohérence. Adrien, qui est un excellent arrangeur, a su doser nos énergies. On est totalement différents, il a plus une éducation classique, comme le jazz, alors que moi, j’aime tout ça, mais j’ai appris à faire de la musique avec des synthés et des boîtes à rythme. Je cherche constamment des mélodies, des hooks. Ça engendre un gros melting pot qu’Adrien arrange parfaitement.

Bernardino s’adresse à Julien, un peu plus loin

B.F : Comment est-ce qu’on pourrait te définir Monsieur Adrien ?

A.G : Arrangeur ça marche ! Réalisateur ? Producteur ? Ou Troubadour pourquoi pas !

Il y a toujours eu une pointe électronique et psychédélique chez moi. Quand j’ai commencé la musique, je m’inspirais de Tangerine Dream, Vangelis ou Klaus Schulze. J’ai pris des éléments du disco et de l’italo, voire noise et indus. J’ai éventuellement trouvé une espèce de son qui m’est propre. Pour cet album c’est différent donc, mais les arrangements sont finalement beaucoup plus aboutis. Avant, je racontais des petites histoires, mais là c’est le récit d’un mec en cavale, un fugitif complètement paumé qui se pose et commence à parler de lui. 

J’ai tout de suite fait un rapprochement avec l’émission Affaires Sensibles de France Inter. L’émission est très sérieuse, mais lorsque j’ai vu ton live j’y ai vu une version second degré avec un côté chanson très maîtrisée. C’est un des rares lives où j’ai vu les gens rire, sans que ce soit parodique. C’est un live agréable à écouter mais qui provoque des rires jaunes.

Je questionne certains sujets et comportements déviants, réprimandables. J’ai un ton cynique, ironique et sarcastique. J’ai pris le pli en arrivant en France (rires). Il y a un sarcasme ambiant ici. Ça me plaît énormément, mais cela ne veut pas forcément dire que ça fonctionne dans tous les pays européens. Aux US, ce serait totalement différent. En Italie, ils sont très réceptifs. Même pour moi c’est déroutant. La performance m’oblige à adopter une posture naturelle alors que ce que j’exprime n’est pas commun.

Tu parlais du syndrôme de l’imposteur mais je vois plutôt en toi le complexe de l’acteur qui ne quitte jamais vraiment son rôle et l’adopte totalement, comme Jim Carrey dans Man on the Moon. En dehors de la scène, tu n’as pas l’air totalement différent, tu as le même style et le même flegme !

C’est un job à temps plein. Je ne dirai cependant pas que je suis toujours dans la performance mais je vois la poésie dans tout. Je parlais justement à mon ancien associé qui m’a marié. Il était de passage à Paris et je lui ai pointé un cendrier pour lui montrer tout ce que je fume et ça m’a fait triper, j’ai brodé autour de ça ; pour moi, c’est de la poésie. Et bien sûr, j’ai ce côté performatif. La blague est un mode de survie. Quand tu angoisses, tu peux casser ton anxiété en riant. Et ça peut être un piège.

Le rire est une thérapie mais l’on peut vite se cacher derrière, tout comme on se cache derrière un rôle. On cache sa personnalité par l’humour pour ne pas montrer ses faiblesses.

Ça peut être exténuant à la longue. Seuls tes proches peuvent s’en rendre compte. Pour ma part, je suis quelqu’un de très émotif et impulsif, pas réellement pragmatique. Je n’ai de cesse de rêver pour ne pas rentrer dans un système et être catalogué. Et en même temps, j’aimerais être mieux établi en tant qu’artiste, ne pas vivre dans la précarité. On doit faire des concessions. C’est d’ailleurs une autre raison de mon départ de Montréal, j’étais complètement underground dans le sens où j’étais hors du système. Ici, je n’ai pas d’autre choix que d’être dans le système.

Pete The Monkey
Bernardino Pete The Monkey

Tu parlais de sarcasme en France, nous sommes la nation de l’ironie, et quand tu n’es pas rompu au second degré, tu ne comprends pas toujours. Par exemple, nos voisins belges sont encore pires que nous, les Anglais sont équivalents. À Montréal, mon sentiment est que la musique qui prédomine est plutôt psyché, je pense aux SUUNS, la house et le garage sont également très présents. Était-ce compliqué de trouver ta place avec ton style décalé ?

Oui et non. Au départ je viens du noise, j’ai fait mes armes sur cette scène. Tout le monde écoutait de tout et créait des choses différentes. Mais il y avait une compréhension “cosmique” entre toutes les initiatives. Ma proposition était de faire de la performance sur bande, un ipod par exemple, je fais cela depuis 10 ans. Et cette approche fonctionnait. Sauf que, bien entendu, j’ai vraiment pris mon temps. J’ai commencé à faire ça à temps plein à partir de 2015, j’ai très peu de recul car c’est récent. En 2012, je jouais avec Dirty Beaches. J’ai fait beaucoup de pauses et je travaillais pour d’autres, c’était différent. J’ai su que je ferai de la performance pour le restant de mes jours. Ce ne sera peut-être pas toujours de la musique, il y aura peut-être du cinéma, de l’acting. La musique c’est l’entre-deux à mon sens, le cinéma des pauvres. Je documente tout pour voir où je suis rendu, voir ce que je dois changer, observer la réaction des gens. 

C’est intéressant ce que tu dis par rapport à l’ipod que tu branchais. Tu lançais le son et c’est finalement toi qui enrobais la pièce, plutôt que d’avoir 5 musiciens qui éparpillent l’attention du public. Je sais que dans la scène rock, garage, noise il y a beaucoup cet aspect live et la démonstration de machines que le public recherche, ce qui peut en dérouter plus d’un. À l’inverse, ta musique n’est pas en second plan mais tu habilles la pièce par toi-même et ça fonctionne très bien – là où d’autres vont faire la même chose que toi par manque de moyens, ils n’auront pas assez de charisme pour un rendu similaire. Tu veux continuer à te positionner sur cette configuration ou tu souhaites évoluer vers un live conséquent ?

J’ai toujours cette velléité. À des moments j’apprécie jouer seul mais par exemple ce soir je serai accompagné de mon guitariste / pianiste. L’idée c’est d’avoir pour le prochain album une autre configuration. J’ai toujours eu cela en tête. Le seul regret que j’ai, c’est d’être invité dans des contextes “rave” où le son est pourri, mon propos est noyé et incompris. C’est beaucoup d’énergie dépensée. Or, si j’avais un band, cela serait parfait pour ce type de contexte. L’énergie correspondrait mieux. Il y aurait plus de marge de manœuvre et cela laisserait place à l’improvisation. Je pourrais même jouer une chanson pendant 30 minutes, garder le playback pour casser la structure et dérouter. C’est là-dessus que j’aimerais miser. 

Bernardino s’en va ouvrir une nouvelle Super Bock

Je t’avais vu en 2019 à la Boule Noire avec Lust For Youth. Ça fonctionnait bien malgré la différence entre les 2 propositions : les Danois hyper sérieux, froids, et le live millimétré d’un côté, et ton set déjanté où tu terminais torse nu…

Il y avait des problèmes techniques et j’ai dû partir dans une autre direction. J’ai créé une histoire avec les gens et ça a bien fonctionné. C’était la première fois que je travaillais avec mon booker. Après ce concert, il m’a confié avoir beaucoup aimé car je m’étais débrouillé avec les problèmes techniques. J’ai fait comme si ces soucis faisaient partie du show. Xavier me fait confiance et il m’a beaucoup aidé pour m’installer. Ce show n’était pas parti pour être une partie de plaisir. Il m’arrive de me mettre tout nu, et parfois les gens l’attendent. On me reproche même de ne pas l’avoir fait certaines fois, mais je ne veux pas que cela devienne un gimmick. Tu dois connaître l’Australien Kirin J.Callinan , un génie musical, un vrai performeur. Il fait très “Braveheart”. Il met son kilt et montre systématiquement sa bite. J’étais en tournée avec lui aux USA. J’étais dans mon personnage d’entertainer dark de fin de soirée, qui parle seul dans son sous-sol face à son miroir, dans un propos totalement différent du sien. Je pense qu’il s’est retrouvé dans ce système de répétitions et son photographe lui a fait remarquer qu’il n’était pas nécessaire de toujours le faire. Flasher ses parties génitales peut servir si tu es dans une impasse scénique. Ça fait rire mais ça ne marque personne. La provocation peut être déclenchée par une certaine insécurité. 

Tu fais ça car tu es connu pour ça et ton public suit. Alors que si tu le fais sporadiquement, ce n’est pas ta marque et tu surprends en le faisant de temps en temps. Comme un DJ techno qui passerait de l’Eurodance en plein set mental ou de l’ambient à 3h du mat. C’est devenu assez classique mais ça ne l’a pas toujours été. 

Je reviens sur ta connexion avec la rave. Il y a quelques semaines j’étais à Marseille à l’atelier Jeanne Barret pour une soirée Éditions Gravats où tu étais booké. Ils ont plus un ADN expérimental et électronique. Comment s’est fait ce rapprochement ? Comment vous est venue l’idée de faire cette tournée avec vos univers opposés ? 

C’est une histoire de personnalités totalement différentes mais qui se comprennent. Je connais Carval (label manager de Gravats) depuis des années et depuis 2018 on discutait d’une collaboration. Ce qui me plait chez Éditions Gravats, c’est qu’ils pourraient sortir toutes sortes de musiques. Ils ne veulent pas se ranger dans une case. C’est un peu niche, mais j’aime leur façon de penser. C’était très drôle de se retrouver avec Fusiller, Clara! et Carval car on est tous différents, avec un humour très défini et une certaine patience. On se comprenait dans nos personnalités, nos silences. Il n’y avait pas de jugement entre nous. Personne n’imposait son opinion. On a fait 7 dates en 10 jours. On changeait l’ordre du set list. C’était un pari à chaque fois. Ce qui était beau là-dedans, c’est que chacun avait sa part d’humilité et de conseil. Quand quelqu’un était déprimé, on se parlait, on ne se cachait pas dans nos préoccupations. C’est la beauté d’une tournée. J’aime devenir ami avec les gens au cours d’une tournée car ça peut être très long. Pour 1h de performance tu peux faire 24h d’attente. Fusiller, je connaissais bien son travail. J’adore ce qu’il fait. Par la suite, il avait reconnu un de mes sons sortis sur le micro-label d’amis à moi qui s’appelle Los Discos Enfantasmes. Il était fan d’une K7 que j’avais faite avec eux. Il n’en revenait pas ! Il y a une admiration mutuelle. Quant à Clara!, c’est une comique. Ses chansons sont très salaces et hédonistes, c’est une sirène. Elle est un peu timide mais raconte des choses sur sa chatte, c’est aussi ça le reggaeton, c’est très bien écrit. Il y a toujours un double sens à ses chansons. Carval est un bel humain. 

Tu t’es bien approprié l’esprit France profonde, libertaire, les faits divers des années 70, cet imaginaire transmis par des films de l’époque. On a grandi avec et toi, en tant que Québécois, tu as totalement adopté cet univers, même mieux que moi qui suis né ici.

Dans mon spectacle, je chante un morceau sur un apprenti gendarme. C’est l’histoire d’un communiste un peu christique qui ne sait pas trop quoi faire dans la vie et qui rencontre ce gendarme en détresse. L’idée est de provoquer un rire jaune mais à la fin, la question de savoir si tout cela est raisonnable car c’est un gendarme se pose. J’essaye d’humaniser sans tomber dans la “thin blue line” française, que je trouve assez inquiétante. Beaucoup de factions fascistes se créent partout dans le monde mais en France c’est très virulent. Je pourrai passer pour un anti-flics mais je suis dans l’entre-deux. J’aime cette ambiguïté. Tout est basé sur des blagues françaises classiques. J’essaye de proposer mon regard de touriste sur la France actuelle et old school. 

Au Canada on avait beaucoup de films français, j’ai découvert des choses. J’adorais ce chauvinisme, je trouvais très drôles ces histoires de mâles en perdition, le côté Alpha. Fascinant et déroutant. Au Québec, il y a des choses qui ressemblent mais il y avait beaucoup de télé-théâtres. Je regardais ces soaps très minimalistes. Au Québec, il y avait déjà un esprit féministe qui était beau et qui faisait du bien dans le décor de l’époque. Il y avait des questionnements à la fois révélateurs et très touchants sur la société. Parfois je me pose la question de réaliser quelque chose moi-même.

Tu as déjà fait quelques pas en tant qu’acteur dans le clip de Master Phil…

J’étais très content de la scène. J’ai d’ailleurs moi-même été disquaire ! Je m’imaginais comme mon ancien patron qui était habillé pareil, un peu dandy, gigolo/maquereau, c’est selon. 

Pour reparler musique, tu vas sortir un nouvel album ?

C’est un album avec Julien Gasc et Adrien Belkout qui va sortir vers octobre. Je ne suis pas un artiste solvable donc ce sera probablement auto-produit. Le concept se rattachera à mes derniers lives, très parlé. Ça s’appellera Opéra bouffe. Ça ramène à des vieux concerts d’antan. C’est une mini-opérette, composée de petites histoires. 

Tu fais souvent des festivals, mais tu joues aujourd’hui à Pete The Monkey, qui est assez gros, avec plusieurs scènes, devant un public qui n’est pas forcément le tien. Comment le sens-tu à ce niveau-là ?

Ça ne me fait pas peur mais ça peut être emmerdant d’être incompris. Mais je ne pense pas que je serai incompris de ce public. Je ne méprise jamais le public, je méprise plus les gens de l’industrie musicale, les critères sur lesquels ils se basent pour me programmer ou non. Je fais confiance au public, ils sont très attentifs et ils ont souvent quelque chose à t’apporter. J’aime échanger avec les gens. Les festivals c’est toujours différent. Hier on s’est baladé avec Adrien sur le festival, les gens avaient l’air d’être ouverts, il y avait une belle atmosphère. J’ai joué au Macki récemment pour un set Eurodance / trance, c’était super cool et la crowd était similaire, même si ici ils viennent plus pour voir des bands. Je fais de tout mais je ne sais rien faire !

C’est le mal du siècle finalement, même quand tu as un job standard dans un bureau, on te demande toujours d’être couteau suisse et de connaître tout et rien à la fois. 

Je parlais avec une copine qui travaille pour un gros artiste. Je lui demandais des nouvelles professionnelles et elle était assez circonspecte, à vouloir travailler dans un bureau à temps partiel, se consacrer plus à son art. Elle ne voulait plus passer son temps pour quelqu’un d’autre car sa carrière risque d’en souffrir. Être un artiste et bosser pour un autre artiste peut te biaiser. D’un autre côté, mon épouse est artiste-peintre et fait mes visuels. C’est ma coach. Elle travaille avec d’autres artistes maintenant, ça lui permet de faire autre chose et d’être plus objective sur moi. Il faut prendre des garde-fous pour ne pas se compromettre et se perdre. Très belle expression garde-fous non ? Je ne suis qu’un valet de pique ! C’est ma devise. 

Nous tenons à remercier Bernardino pour avoir joué le jeu de l’interview ainsi que Tara & Pete The Monkey pour avoir organisé cette rencontre ! Pete The Monkey aura lieu en juillet 2023. Ne ratez surtout pas la sortie de Opéra Bouffe dont nous avons parlé dans cet article et les représentations de l’artiste, elles valent vraiment le coup.