The Underarchievers - Lords of Flatbush

Ils ne vivent pas sur la Skyline new yorkaise mais ont grandi sous son ombre, dans l’obscur Flatbush, entre les briques rouges de Brooklyn. Le sentiment amer de l’éloignement d’une vie facile et débridée aux abords de Manatthan les a poussés à tenter leur chance dans le rap. Hier, les Underachievers sortaient une nouvelle tape qui montre que le quartier de Flatbush a plus que le vent en poupe.

Oui, la scène rap new yorkaise connaît un renouveau là où on ne l’attendait pas, vers des esthétiques sombres, glauques et très acides. Ce mouvement, d’abord popularisé par A$AP Rocky et son Hip-hop Screwed et bling bling, s’est délocalisé de Harlem pour toucher les recoins de BK et a vu naître, entre autres, Flatbush Zombies (et plus largement Beast Coast), Pro Era et The Underachievers. Également rejoint dans d’autres styles par Action Bronson, Homeboy Sandman ou Dyme A Duzin, New York s’est affranchie de la notoriété des poids lourds tels que Gang Starr, Biggie ou Jay Z, et a développé un rap plus souterrain qui leur rend hommage et fait l’apologie des drogues dures.

Ak & Issa Dash ont démarré le rap il y a à peine plus d’1 an et se sont déjà faits offrir les services de Flying Lotus à la première écoute pour un éventuel album en 2014. Ici, c’est Lex Luger qui s’est installé derrière les machines pour des productions dans l’ère du temps contrairement à celles de leur collègue Joey Bada$$. The Underachievers s’auto-proclament les « Seigneurs de Flatbush », appellation qu’ils ont emprunté au film du même nom avec Sylvester Stallone. Le long des 8 morceaux, le groupe montre que, même s’il est né de la dernière pluie (45 ans à eux deux), il peut apprendre aux vieux singes à faire des grimaces. Sur scène, ce sont 2 démons qui enfoncent leur public au plus profond de leur démence. De Leaving Scraps qui ouvre l’album, à N.A.S.A qui le ferme, l’ambiance n’est pas à la déconne. Certaines voix dépitchées empruntées au style du crew A$AP sont balancées ça et là et des basses rondes omniprésentes encadrent les morceaux. Le ton est dur et les 2 rappeurs se donnent parfaitement la réplique. Dans un souci d’équité, les temps sont bien partagés, les morceaux ne donnent ainsi pas l’impression d’avoir affaire à une seule re-sta qui monopolise le disque (c’est malheureusement trop souvent le cas). Seul Melody of the free apporte un peu de chaleur avec une touche soul qui n’est pas faite pour nous déplaire.

Les très bons « Summer Knights » de Joey Bada$$ et « Saab stories » d’Action Bronson sortis cet été ont donné du fil à retordre au suivant. Les Underachievers ont relevé le défi lancé par leurs aînés – en notoriété plus qu’en âge – avec brio. « Lords of Flatbush » est téléchargeable sur DatPiff.

@CyprienBTZ