Cracki est un label innovant et polyvalent qui montre bien que les jeunes en 2012 ne sont pas juste bons à fumer des spliffs dans les skateparks, que face à la crise et la morosité, certains trouvent encore des alternatives face à l’ennui. La 004 sortait la semaine dernière et apportait un peu de soleil en cette période de grisaille.

Cracki est une bande de jeunes étudiants qui, après avoir mené des projets associatifs ensemble, ont décidé de se lancer à corps perdu dans la production artistique. Ils ont d’abord forgé leur réputation sur des soirées sulfureuses et abordables puis commencé à produire leurs propres artistes pour faire le travail de défrichage artistique que les majors ne font plus depuis longtemps. Les choses sont allées assez rapidement pour la bande de Panam’ qui a eu la chance de voir sa 2ème realease playlistée par Radio Nova puis son poulain, Larcier, podcasté par le très exigent Trace A Line. L’éléphant Cracki a de grandes oreilles pour bien écouter mais aussi une grande trompe pour foutre de grandes claques. Le label n’est pas enferré dans un domaine précis, sa direction artistique ne se limitant pas à un style défini et formaté. Pour ne pas se fermer de portes, l’éclectisme est la meilleure des voies. Et c’est cette voie qui l’a mené à l’Impératrice.

D’où vient l’Impératrice ? Qui est-elle ? Qui l’accompagne ? Le mystère reste entier. Les seules informations que nous avons en notre possession sont un press kit tout aussi énigmatique que la chanteuse elle-même, un EP 4 titres de qualité dosée, old school mais pas suranné, une page Facebook avare de contenu et une photo d’une femme, une diva soul aux allures d’Angela Davis. Une femme au regard juvénile, un sein exhibé, le regard perdu et majestueux et qui fait honneur à son blaze. On ne peut qu’être contemplatif devant tant d’énigmes. Toujours est-il que L’Impératrice est déjà adulée par les médias hipsters tels que Konbini et fera probablement les choux gras de la presse hype dans les jours à venir. Et c’est mérité.

Si la musique de L’Impératrice n’est pas révolutionnaire, elle n’en demeure pas moins voluptueuse et chaleureuse. Des influences Acid Jazz agrémentée d’une funk revisitée est perceptible sur Manège Express alors que la chanson éponyme a une couleur plus hip-hop, notamment grâce à l’intervention de Mike Larry The Classic de Hopestacle, groupe que nous suivons depuis le début de notre aventure (nous les avions fait venir à Reims pour une chaude soirée). Baron Rouge reste dans cette veine, ajoute une ambiance torride et crédibilise le tout. La voix ensorcelante de Jezabel, artiste encore méconnue de notre équipe, mais dont le style définitivement soul colle avec harmonie à la mélodie funky de cette autre pépite, prend le relais.

Puis arrive 1998 et sa torpeur voluptueuse. C’est San Francisco en Cadillac, Paris en Vélib, Montréal en Long Board, New York à pieds, casque vissé sur les oreilles au milieu des briques rouges de Brooklyn. Une belle métisse qui se déhanche et vous sourit, le temps qui file entre les doigts, tel du sable entre les doigts. Une image en Super 8, un polaroïd d’un coucher de soleil. Des sourires s’effacent, s’esquissent. La fête est finie. Sans s’en apercevoir, les gimmicks s’installent dans notre tête et nous accompagnent toute la nuit. On est conquis. Envoûté.

Pour un EP qui porte le nom « L’Impératrice », on regrette le peu de voix féminines. Le disque dans son ensemble fait appel à notre nostalgie en rendant hommage aux défuntes 90’s, nous rappelle notre adolescence, sans tomber dans les bas-étages. On baigne dans un univers urbain et électronique traversé d’influences comme la funk et le hip-hop qui tire son énergie dans la prestation du backing band (basse, batterie, guitare, violon, synthé…) choisi pour l’occasion.

Dans 6 mois on aura peut-être oublié l’Impératrice et son groove inexorable, mais on la remerciera de nous avoir fait revivre, le temps de 4 titres, un été volé. Cette 4ème sortie confirme la volonté de Cracki Records de s’entourer de groupes originaux et hors formats. Il ne reste plus qu’à assister à un live pour savoir s’il est tout aussi convaincant que cet EP. Rejoignez l’empire.

Pour info, nous avions écrit ces lignes avant la sortie du clip…

@CyprienBTZ & Tom