K15, Kieron Ifill de son vrai nom, s’est fait connaître internationalement grâce au brillant EP « Insecurities » sorti en 2014 sur Wild Oats, label fondé par Kyle Hall. Mais ce londonien aux sonorités teintées de Detroit est loin d’être un novice de la création musicale. Âgé de 35 ans, il produit maintenant depuis dix années et présente un passé de réel mélomane. Lors de sa toute première venue à Paris, invité par le Djoon, nous avions pu écouter la qualité de son DJ set et lui poser quelques questions pour découvrir l’homme qui est derrière le pseudo composé de chiffres et de lettre.

Son nom, il le tient d’une combinaison entre son prénom Kieron et le code postal de Tottenham, le quartier où il vit à Londres. Très ancré dans la culture londonienne, de nombreux fragments de la dance music résonnent en lui : Jungle, House, Garage dans les années 90, Broken Beat dans les années 2000 et maintenant Grime. Il a été bercé par la musique Pop, Reggae et Soul, sa mère étant une grande collectionneuse de disques et son père musicien de Reggae. Dès l’âge de l’adolescence il économise pour s’acheter des disques et passe son temps à écouter de la musique à la radio. Grâce aux rencontres qu’il fait, il s’ouvre à l’écoute de tous genres musicaux et apprend à apprécier la diversité. Puis, à l’âge légal, il découvre la culture club londonienne, DJ EZ et Karl « Tuff Enuff » Brown qui le marqueront tout particulièrement. Si l’on creuse un peu plus on découvre que ses influences sont également basées sur le hip hop et donc le jazz. « C’est en grande partie en étudiant les différents producteurs de hip hop et en me penchant sur qui, quoi et qu’est-ce qui a été samplé que je me suis ouvert au monde du jazz », nous apprend-il. Sa culture hip-hop, il la doit à Madlib et J Dilla qui l’ont inspiré pour faire ses premières tentatives de beat making. C’est durant cette grande période du hip-hop qu’il commence donc à sampler et ce sera l’élément déclencheur de sa carrière de producteur.

Grâce aux champs des possibilités qu’offre le sampling, Kieron expérimente des compositions, assemble de manière aléatoire des samples et essaye d’en tirer quelque chose. Il fait ses débuts sur ordinateur, avant de se procurer une MPC. C’est après 7 années d’exercice qu’il évolue de compositeur amateur à réel artiste et il dévoile son premier disque en septembre 2008 : A New Path, en collaboration avec la chanteuse de soul de Nouvelle-Zélande Lisa Presto, rencontrée sur MySpace. Son flow proche du style d’Erykah Badu glisse sur les basses de K15, les deux formant un bel équilibre.

La prochaine étape se fait en 2012, avec Theme Music For A Pariah, sa première sortie sur le label londonien WotNot Music. Les quatre morceaux mêlent des influences clairement assumées Jungle, Broken Beat, Hip-hop avec des son percussifs innovants. L’année suivante, il sort un autre EP dans la même veine bien que plus expérimental et appelé Umbra. Ces morceaux ont interpellé Kyle Hall au point qu’il contacte Kieron sur Soundcloud. « Kyle got in touch after hearing my Umbra EP. I was making lots of uptempo stuff, a couple of them he really liked and wanted to put them out. »

A cette période, K15 compose beaucoup de house inspirée de Glenn Underground et envoie deux morceaux à Kyle Hall baptisés Insecurities et GWRH reprenant le sample de Gypsy Woman, ils semblent immédiatement des hits pour Kyle. Il les joue en club et filme la réaction de la foule. Ifill envoie quelques autres morceaux et, en novembre 2014, Insecurities EP est dans les bacs, sorti donc sur Wild Oats. En parallèle et durant cette même année, il sort l’EP Bordeaux, sa deuxième sortie sur WotNot Music, remixé par ses maîtres Kaidi Tatham ainsi que Glenn Underground.

Ses relations avec Kyle Hall se renforcent, K15 fait la première et unique sortie à ce jour de son nouveau label No Room For Air, petite soeur de Wild Oats. On y retrouve ses longues nappes et son beat travaillé. K15 a une patte bien à lui souvent inconsciemment inspirée d’artistes de Détroit. « Detroit sounds like a raw and soulful place, from Motown, to Dilla, to Black Milk, to Kyle Hall, to Jay Daniel, to Eminem, to Dorothy Ashby, to Joe Henderson – so much great music has come from there, lots of it I was taking in and not even realising it.  »

L’année 2015 est fleurissante puisqu’il lance également le projet d’une série de cassettes, dont la première est parue sous le nom de The Black Tapes et la seconde The Scarlet Tapes, sortie sur son label natif WotNot. Pour ce projet, il revient à ses racines du sample et du Hip-hop, sous le format K7 inspiré par le label. « That was the idea of Jed and Arun at WotNot, bringing it back to beats, to rawness, to lo-fi ways of recording ideas. »

A en croire sa page Soundcloud, K15 ne s’arrête jamais de composer. Cette année il a dévoilé de belles surprises dont un Bollywood mix de presque 20 minutes, inspiré par des musiques de films indiens. Keiron n’a sûrement pas fini de nous interpeller par sa culture musicale, ses productions et ses performances de DJ.

Merci au Djoon et à Keiron pour son temps.