Après Central Processing Unit, Favorite Recordings ou encore le Japon, voici notre nouvelle label week : Music From Memory ! Fondé en 2013 par Jamie Tiller et Tako Reyenga, ce label de rééditions (mais pas que) se tourne autant vers l’ambient que la pop déviante ou le club, mais avec toujours ce goût pour l’inattendu, le pas de côté, l’expérimentation.

Toute la semaine, nous allons faire un plongeon chez Jamie & Tako donc, dans leurs disques qui élèvent l’âme : il y a eu un radioshow spécial sur les ondes du Mellotron, un plongeon dans le catalogue du label, pleins de tracks sur les réseaux sociaux, un portrait du flamboyant chanteur et musicien Richenel, une chronique du très bel album Marea / Tide des italiens Ruins. Mais tout de suite, direction le Brésil et Origens Da Luz, réédition sublime de l’artiste Priscilla Ermel.

Est-ce que l’on peut être profondément ancrée dans son pays, son territoire et sa culture et explorer tous les chants du possible, en même temps ? Pas de réponse par oui ou non ici, mais la question se pose au regard des oeuvres de Priscilla Ermel. Musicienne, compositrice et multi-instrumentiste brésilienne, elle a grandi à São Paulo, étudiée la musique contemporaine en Europe, écouté les disques de Chico Buarque, enregistrée dans la jungle amazonienne aux côtés de peuples indigènes et surtout, sû comprimer des mondes qui ne côtoyaient pas, ou peu. 

Celui des musiques savantes avec une pop qui ne connait pas de frontières. À l’écoute d’Origens Da Luz, compilation qui regroupe des travaux enregistrés entre 1986 et 1994, l’extraordinaire diversité des sons frappe d’abord : on passe de la jungle à des ritournelles d’inspiration asiatiques, de chants aborigènes à des complaintes au violoncelle et à la guitare acoustique. Des percussions, claquements de mains et chants sur « Americua » aux longues plages synthétiques très japonisantes de « Cristal De Fogo », il existe un monde qu’Ermel franchit sans la moindre difficulté. 

C’est, on peut le dire, l’avantage des musiques dites savantes : elles sont un espace hors-cadre, loin des préoccupations d’efficacité, de mélodies parfois. Un auteur s’y autorise des excursions que lui seul maîtrise, et tant mieux si les auditeurs suivent. Il n’y a pas de compromission. C’est cet esprit que l’on retrouve tout au long du disque. Car amasser, compresser, lier des traditions centenaires de chants aborigènes à des synthés tout ce qu’il y a de plus moderne, technologique, n’est pas commun. Loin de paraître emprunté ou faux, une beauté légère et cristalline s’échappe de cette collection d’enregistrement. Surtout que tous ne relèvent pas du même type. « Sete Quedas », « Folia Do Divino », « Meia Noite » sont eux, des bijoux folk et ambiant. Cordes pincées, douceur des accords, nappes rassurantes, la plénitude, le zen même, est à porter d’oreilles. 

Ermel a combiné des structures et des harmonies totalement, occidentales, brésiliennes donc, à des modes d’écritures asiatiques – elle a étudié le taoïsme et le Taï Chi. Pour ce deux éléments, les tonalités et les gammes ne sont pas les mêmes. Les notes ne s’écrivent pas sur les mêmes partitions. C’est comme agréger deux alphabet différents dans un seul livre. On entend chaque partie distinctement et pourtant, par un heureux hasard, l’ensemble fait sens. Cela tient. Un nouveau langage se crée. Comment, on ne sait trop. Il est difficile de mettre des mots précis sur des sensations vaporeuses. Mais toujours est-il que ses compositions, mystiques et douces, belles et étranges, sonnent immédiatement comme nulle autre. Une musique d’ici et d’ailleurs, du Brésil et de l’Asie, du Vieux et du Nouveau Monde, du moment présent et touchant une certaine éternité. 

Priscilla Ermel, Origens Da Luz