Lerosa 1

A l’occasion de la soirée que l’on organise à l’Altercafé, à Nantes, le 8 juin prochain avec Lerosa, Tanen et Pur Sim, on a décidé de revenir sur Lerosa, son parcours et sa musique, histoire de situer le personnage et de vous le faire découvrir ou de confirmer certaines de vos idées… Ayant fait ses classes avec la Pop des 80’s, Lerosa s’est imposé comme producteur de Deep House, même s’il est souvent sollicité pour ses talents de Dj House. Il y a un an, Lerosa nous avait gratifié d’un excellent Phonocast d’une technicité et d’une efficacité rares, que vous pouvez toujours écouter ici.

Le moins qu’on puisse dire à propos de Lerosa quand on cherche à en savoir d’avantage sur lui, c’est que l’animal n’est pas loquace. Tout au plus quelques interviews datées, une courte biographie sur RA, des passages éclairs aux quatre coins de l’hexagone et divers podcast. Et même au premier abord, Lerosa fait encore plus figure d’universitaire studieux que de Dj élevé à l’acide. Mais il y a peut-être une raison à cela. Le fait que quand le talent parle de lui-même il n’a pas besoin d’interprète. Pour preuve, j’en veux une riche discographie qui s’étale sur une dizaine d’années et de nombreux Ep signés sur des labels tels que Ostgut TonUzuriQuintessentialsReal SoonD1 Recordings etc …

Comment on passe de Rome à Dublin quand on est Italien, je n’en ai aucune idée, mais j’aime assez la formule qui dit que «  si certains romains ont été nourris au lait de louve bienveillante, Lerosa, lui, doit sa croissance à l’acid-house et au hip-hop ». Leopoldo Rosa de son vrai nom, est donc originaire de la ville des sept collines, qu’il quitte dans le courant des années 90 pour aller rendre visite à des amis à Dublin, où il finira par s’établir. Leo est un IBIP (Ireland Based Italian Producer). Il apprend à mixer en 95 et se revendique à cette époque de Drexciya et Autechre. Dix ans plus tard, sort son premier EP, Maike Ep – sur le label irlandais, D1 Recordings. Lerosa dira plus tard que la législation irlandaise, très restrictive en matière de clubbing, a paradoxalement constitué une aubaine pour le développement de la scène locale : en imposant aux clubs de fermer à 3h, elle a poussé les DJs à squatter inlassablement leurs studios. Avec pour conséquence une scène irlandaise florissante quoiqu’injustement méconnue,  à l’image d’artistes comme Chymera et Donnacha Costello.

Chymera – Dreamrunner

Ce n’est pourtant pas à Dublin que Lerosa a commencé à écouter de la musique. De ses souvenirs d’enfance, Lerosa évoque aussi bien sa première cassette de Peter Gabriel, que l’Ep Touch d’Eurythmics ou encore l’album Electronic Café de Kraftwerk. Avec The Whodini Electro 5 Track Ep de Whodini, Lerosa entrevoit enfin la connexion parfaite entre la Pop électronique qu’il a connu dans les 80’s et l’esthétique du Hip Hop : scratch, rythmique, vocaux. Evènement significatif donc, quand on sait que Lerosa a toujours aimé confronter des vocaux et une base musicale très Deep, jusqu’à interroger parfois les limites d’un genre. C’est le cas notamment avec son Ep Amanatto, sorti sur Uzuri et le track Ordinary People qui réalise un mélange étrange entre Deep House des profondeurs et vocaux catchy. Ce chemin sinueux à travers le mélange des genres, Lerosa l’assume pleinement et le revendique. S’il fait de la Deep House son crédo, Léo a gouté la Pop Italienne des 80’s et cite Trax comme son label de référence en matière de House à l’époque.

Son premier skeud en poche – le Distant Planet de Fingers Inc – Lerosa se plait à évoquer la période mentale et expérimentale dans les travaux de Miles Davis des 70’s, autant que des morceaux qui relaient sa première vision du Jazz comme l’album Futureshock de Herbie Hancock qui semble sorti tout droit d’une autre dimension. Lerosa s’accommode alors aussi bien de l’électro funk que de la Dub des années 1980 et cite l’album plus qu’étrange, A dub experience de Sly and Robbie. Et là encore Lerosa parvient à observer dans une même perspective ce que partagent le Jazz, le Dub et la Pop. Aujourd’hui, Leo cite  Théo Parrish et Prosumer au rang de ses Dj préférés.

Lerosa 3

 

Le problème quand on tente de situer Lerosa par rapport à ses influences, c’est que la liste est longue, vaste et prend parfois des détours surprenants qui défient plus d’une fois l’idée d’un artiste au passé homogène. Lerosa échappe donc au plaisir de la catégorisation hâtive et rassurante. Dj et producteur polymorphe, Lerosa s’est imposé comme producteur de Deep House élevé à la Pop, l’Acid, au Hip Hop, au Jazz et au Funk et alterne aussi bien House et Techno. Revenir sur trois de ses Ep a donc été l’occasion de préciser l’univers musical dans lequel Lerosa a évolué au fil des années.

  •  À écouter sa première sortie signée sur D1 Recordings en 2005 – Maike EP, on se dit que Lerosa a du talent. Avec des tracks comme « Desir » ou « Regret« , Lerosa fait preuve d’une capacité singulière d’interroger la musique, de la sonder en opérant dans des registres très différents.

Plaisir réitéré deux ans plus tard puisqu’en 2007 Lerosa sort 4 Ep : Much Later sur Uzuri – Ruski sur Real Soon – Design sur ATouch of Glass et Seeker sur Enclave Recordings.

  • Avec la sortie de Much Later sur Uzuri, Ruski est un Ep peut-être trop vite oublié, signé sur le label Real Soon. « Russel » et « Tempio«  qui composent la B side de cet Ep sont un exemple parfait de Deep House Downtempo, avec une résonnance lacérante, une unique note de synthé tout du long, et un kick de Drum subtil et deep. La A-side – Ruski est radicalement différente, c’est un excellent morceau qui reprend un beat éclaté mais l’introduit en jouant sur la basse et des sons assez étranges. Maike est un Ep qui offre au final une unité assez particulière mais reste un très bon disque.

Lerosa sort ensuite encore bon nombre d’Ep, et se distingue sur Quintessentials, ou Millions of Moments. L’Ep qui figure alors le mieux l’évolution de Lerosa est sûrement « Amanatto« , sorti en 2011 sur Uzuri.

Amanatto

  • Même s’il est coutume de ne pas parler de nourriture quand on parle de musique électronique, il est important de souligner qu’Amanatto est un mot japonais qui désigne une petite pâtisserie. A l’époque où il travaille à cet Ep Lerosa se sépare de sa femme, d’où l’idée d’associer réconfort culinaire et tristesse sous le nom Amanatto qu’il décrit comme une collection d’arrêts sur image sur sa vie à cette époque.  Mais c’est aussi un Ep en référence aux producteurs de Deep House des années 1990, sur lequel planent encore les ombres de Jamie Read’s LHAS project, ou de Chris Gray, avec en toile de fond Larry Heard (LHAS signifiant Larry Heard Appreciation Society).

A l’écoute l’Ep est engageant, et en dépit de l’a priori qu’on pourrait avoir à l’encontre des Ep produits en temps de crise sentimentale, celui-ci est brillamment réussi.  Un Lp de 8 titres, dont certains défient la chronique comme « In My mind« , produit en collaboration avec le duo Oliverwhofactory, dans lequel on sent les influences que Lerosa revendique, à travers la rythmique et l’utilisation des vocaux. Dur ne pas succomber non plus à « Substitute » voyage entre l’Ambient Techno et la Deep House des prod de Chris Gray dans les 90’s ou à des morceaux plus introspectifs comme « You Said Forever » ou la track de clôture « Hope« , d’un optimiste ambigu.

Un Ep qui regorge d’influences donc, de Virgo Four à Larry Heard en passant par Chris Gray, mais aussi Nu groove, et Todd Terry : “Back in the 90s, Nu Groove and Todd Terry were big sounds for us, that New York garage sound.  Myself and Dozzy always played acid, but New York as much as Chicago are my roots.” A l’encontre de ses pairs, Lerosa parvient à produire et pousser la house dans plusieurs directions, comme dans « Ordinary People« et ses vocaux contagieux. Un Ep qui situe Lerosa parmi le cercle restreint des producteurs participants au revival de la scène de Chicago.

 Lerosa

Quand il endosse « sa casquette de Dj » comme il le dit lui-même, Lerosa avoue prendre plaisir à jouer et à rencontrer d’autres artistes en tournant, jouissant désormais d’une petite notoriété. Au premier rang des clubs qu’il a parcouru, il cite la Fabric à Londres pour ses artistes, son sound system et son public, mais retient aussi le Tape à Berlin aux côtés de Jus’Ed, ou le Club 80 à Amsterdam. Si Lerosa s’est totalement retiré de la scène Italienne dont il ne côtoie plus que Dozzy il reconnait volontiers le talent de producteurs comme Marcello Napolitano ou Rah K.

Dur de dégoter des infos plus fraiches, Lerosa se fait discret et c’est d’ailleurs pour cela qu’il faudra venir l’écouter le 8 juin prochain à Nantes…

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