Il y a 6 mois de cela, Warp et LuckyMe annonçaient une collaboration exceptionnelle pour la réunion de 2 légendes, l’écossais Hudson Mohawke et le québécois Lunice. La légende est de taille. Les deux prince de la bass music et du hip-hop, opposés par leurs personnalités, rassemblés par leurs passions, mettent sur le marché leur projet TNGHT le 23 juillet. Qu’en est-il exactement ? Le disque est-il à la hauteur des attentes? S’agit-il d’une opération marketing visant à retrouver la jeunesse perdue d’un label historique (Warp) ou faire exploser au grand jour une écurie prometteuse (LuckyMe) ?

Petit récapitulatif. Geek de premier rang, HudMo sort ses premiers EPs à l’âge de 19 ans sur LuckeMe avant de prendre son envol avec « Butter », son debut album, et « Satin Panthers » signés par Warp. Son son, difficilement qualifiable, regroupe des influences issues de la culture du Turntablism, des jeux vidéos 8-bit et de l’électronique. En plus d’être un producteur précoce, HudMo est le plus jeune DJ finaliste des DMC au Royaume-Uni. Talentueux. Son album est acclamé par le milieu et fait l’unanimité dans les festivals. Jeune espoir du hip-hop, Lunice a à 23 ans plusieurs EPs de qualité à son actif, sur LuckyMe également et sur Mad Decent. La hype qui tourne autour de lui ne cesse de prendre de l’ampleur, notamment depuis son FACT Mix en 2010. Proche de la scène française, Brodinski ou ClekClekBoom (pour qui il a enregistré un Boomcast), Lunice a su dépasser les frontières du hip-hop et séduire avec son hip-hop lourd et minimaliste.

La rencontre se fait à Montréal en 2008, lorsque Lunice fait appel aux services de HudMo pour enflammer l’une de ses crunk parties. Après avoir fait rouler leurs carrières respectives, les 2 lascars se retrouvent dans un studio de Londres en 2011 pour quelques jours. L’alchimie prend. Et il en résulte le projet TNGHT. Le but: faire un maximum de bordel en seulement 5 tracks. Ce bruit attire même l’oreille de Diplo, avec qui Lunice prépare également un side-project, et de Kanye West lui-même… C’est aussi ainsi que HudMo s’est retrouvé dans les studios du nounours le plus hype de la planète. Chemin faisant, les 2 trublions se retrouvent sur la scène du  SXSW2012 pour leur premier live commun.

Hudson Mohawke – Thunder Bay

Les évènements s’enchaînent et l’EP est prêt à être sorti. En 5 tracks, HudMo & Lunice mettent le paquet pour tenir en haleine l’auditeur. Il ne s’agit ni d’un split EP, ni d’un pot-pourri de morceaux composés à droite, à gauche au cours des 4 dernières années. On sent bien que le disque a été produit en une traite en (presque) parfaite harmonie. Les hostilités s’ouvrent sur Top Floor, une sorte d’intro totalement barrée ressemblant en tous points au style Mahowkien, qui donne la couleur de l’EP. C’est à partir de moment-là que l’auditeur sait s’il doit rester ou partir. Car après, les choses s’emballent. Gooo démarre sur un beat assourdissant, des vrombissements et des sons sortant de nulle part. Très mauvais pour les cardiaques, très bon pour les dance-floor bien ghettos. Le BPM ne ralentit pas et Higher Ground s’enclenche, maintenant la pression à son plus haut niveau. Ambiance théâtrale, production grandiloquente et voix hachée (qui n’est pas sans rappeler le style Night Slugs) sont les leitmotivs de cette track. On sent que les deux producteurs ont trouvé une parfaite synergie pour sa composition, chacun semble être à sa place et apporte sa spécialité: Lunice le rythme et les basses finement taillées, HudMo la texture. La fin approche mais le duo n’est pas en reste. Les bruits de casserole de Bugg’n plonge l’auditeur dans un trou noir sans fond. L’auditeur est maintenu en laisse grâce à la même recette. La tension est palpable. Enfin, la last track (qui n’en est pas une), nous plonge dans un environnement décousu et dépourvu de tout repère. Certes, la production est à l’image de ses créateurs, carrée et offensive, mais elle n’en reste pas moins une sorte de mélange de chutes de samples dont le duo ne savait que faire.


À la fin des 5 pistes, on reste encore abasourdi par tant de basses et de beats. Les sons se mélangent jusqu’à nous faire perdre nos repères. L’ensemble sonne comme un exutoire dans le lequel les DJs se sont défoulés pour réaliser leurs fantasmes de bruits inassouvis. C’est donc un très bon début pour ce side-project qui, on l’espère, connaîtra une suite. Nous vous conseillons toutefois de l’écouter 2 ou 3 fois avant de vous faire une idée définitive. Il est également regrettable que TNGHT n’ait pas fait intervenir un MC ou une belle voix dépitchée pour agrémenter ces instrus lourdes et sombres.

Sorti le 23 juillet chez Warp & LuckyMe