Cofondateur du label anglais Hessle Audio aux côtés de Ben UFO et Pearson Sound, Pangaea dévoile ce mois-ci son premier LP, intitulé In Drum Play. Après une production riche de nombreux EPs, sortis sur Hessle Audio ou plus récemment sur Hadal – label lancé par Pangaea lui-même et consacré à des singles – le musicien anglais revient sur son label de référence.

Fort de dix morceaux, ce premier album reste classiquement dans une veine techno UK, propre au producteur anglais et à l’esthétique Hessle Audio. Le sound design très soigné se double de rythmes breakés savamment agencés et toujours aussi efficaces – à cet égard, le titre de l’album est d’ailleurs très significatif. Or, s’il est cohérent vis-à-vis de l’ensemble de la production de Pangaea, In Drum Play ne l’est pas moins intrinsèquement. « Rotor Soap » et « Bulb in Zinc », qui ouvrent la face A du disque, illustrent impeccablement le titre de l’album – les jeux rythmiques s’épanchent via des irrégularités dans la carrure, des déséquilibres dus aux silences inattendus, et une polyrythmie passagère subtilement amenée dans le second morceau. Dans la même perspective, et malgré la présence rare d’un motif mélodique régulier, « Mutual Exchange » joue sur les syncopes et les contretemps aux percussions.

Une nouvelle fois, la qualité du sound design est à saluer, tant à l’échelle motivique (la densité très particulière des snares doit être soulignée) qu’à l’échelle des morceaux dans leur intégralité. Ainsi, « More Is More To Burn » détourne un sample de voix – lequel étant lui-même surprenant, semblant sorti d’un chœur traditionnel – et l’appose à un thème mélodique simpliste et presque moqueur, doublé d’un contre-chant dans une tonalité éloignée. L’album explore également des territoires assez expérimentaux, notamment dans « Scaled Wig », où Pangaea manipule les sons et les timbres avec beaucoup de précision. « One By One », qui joue sensiblement sur un héritage rave avec des pads caractéristiques, est suivi du très lo-fi « Send It In », où l’industriel se mêle par petites touches d’une flûte ethnique. L’album de ferme avec « Skips Desks » et « DNS », tous deux assez énervés. Pangaea a donc pris son temps pour sortir un LP complet, mais la qualité de l’album est indéniable – et ça n’est pas pour nous déplaire.