PIU PIU, a film about Montreal beat scene (PART 001)

En France, lorsque l’on parle du hip-hop québécois, le premier nom qui vient à l’esprit est le Roi Heenok. Un peu réducteur n’est-ce pas ? On a voulu rétablir la vérité. Car, au Québec, finalement peu de monde a déjà entendu parler de ce tocard ambulant (mais très divertissant, il faut l’avouer), souverain d’un royaume qu’il s’est créé de toute pièce. Un autre son sévit et commence à outrepasser les frontières : Piu Piu alias la « Beat Scene made in Montréal ». Ils s’appellent Alaclair Ensemble, Poirier, Kenlo ou VLooper et montrent que le Québec ce n’est pas que Poutine / Hockey / Tremblay / Pancakes. Un documentaire réalisé par Aisha C. Vertus leur est consacré : « Piu Piu, a film about Montreal Beat Scene ». La première partie est sortie il y a une dizaine de jours. Nous nous sommes entretenus avec sa réalisatrice et avons dressé un portrait de ce son si particulier. Vous verrez, « c’est pas d’la marde ». Loin de là.

Aisha est donc une amoureuse et passionnée de musiques qui a démarré son parcours en tant que collaboratrice sur le webzine 33MAG, puis a rencontré Lexis (notre Lexis, celui-là), l’un des DJs les plus présents à Montréal. Depuis, elle collabore régulièrement sur le site qu’il a lancé il y a de cela 6 ans, MusicIsMySanctuary.com. On a également pu la voir devant la caméra interviewer des types comme Shlohmo à l’occasion de leur venue dans la Belle Province :

C’est ce qui l’a amené à l’idée de monter un reportage sur la scène hip-hop expérimental appelée communément « Piu Piu » qui a fait son nid à Montréal. Mais qu’est-ce que la scène Piu Piu au juste ? C’est ce que tente d’expliquer le film qu’elle a produit en collaboration avec MusicIsMySanctuary, « Piu Piu, a film about Montreal Beat Scene ».

Le son Piu Piu se veut de Jay Dee & Madlid mais revendique un style bien à lui, qui recycle le vieux pour donner du neuf. Il s’agit d’une scène qui s’est émancipés du old school et du Boom-Bap traditionnel pour créer un son futuriste. Le nom « Piu Piu » vient du bruit de lasers utilisé par les producteurs montréalais qui a été adopté sur un coup de tête. Ce son existait déjà au Québec et ailleurs en 2006/2007 mais la communauté en elle-même s’est réellement formée en 2011. D’après Aisha, l’élément déclencheur a été la soirée ArtBeat Montréal #2, dont l’invité d’honneur était Diabia$e, qui a soudé cette grande famille. Le territoire du clan Piu Piu s’étend de la ville de Québec et Trois-Rivière, à Montréal, Elaquent et Sunclef de Toronto. Si le Québec et le Canada n’ont rien à voir dans tout ça, on constate qu’il existe un esprit patriotique, très propre aux montréalais selon Aisha. Il existe bien évidemment de puissantes scènes beat à LA, Londres ou Osaka, mais l’on ne peut pas dire qu’elles soient directement inspirées les une des autres.

High Klassified - Piu Piu Montréal

La rumeur autour du projet de Aisha et de son acolyte Philippe Sawicki s’étant répandue comme une traînée de poudre, une certaine attente est née dans le milieu, jusque chez les cousins français qui commencent à se passer le mot. Le projet a été annoncé il y a un moment, mais vient tout juste d’aboutir en raison des soucis liés à la production. Internet a beaucoup contribué au rayonnement de ce mouvement et de sa petite notoriété. Les festivals qui inondent la ville ne sont pas non plus étrangers à cet engouement. L’esprit familial et d’entraide qui existe au sein de la ville a poussé les crews à se mélanger, a favorisé les échanges et chaque promoteur a sa place chez l’autre (ex : scène MEG, Piknic à Osheaga, MusicIsMySanctuary à Igloofest). Ainsi, chaque année, le festival de Jazz de Montréal, Osheaga, Igloofest ou Piknic Electronic programme des artistes locaux qui se produisent en première partie de pointures mondiales (Teebs, Sango, Sonymoon). C’est ainsi que beaucoup de producteurs se sont faits approcher par des rappeurs connus aux US pour qu’ils leur refilent des instru.

Pour en revenir au côté réunion de la chose, on remarque que différents collectifs composent la Piu Piu : le côté tribu est omniprésent et l’on retrouve les gars d’Alaclair Ensemble qui vivent à Québec City, le squad d’Alaiz éparpillé entre la rive Sud et la rive Nord. Avant eux, le collectif K6A sévissait déjà dans la Belle Province. Des promoteurs tels que Booty Bakery Based Mob et MusicIsMySanctuary ont contribué à la propagation du rayon Piu Piu dans la ville et au-delà des frontières, voire de l’Atlantique. La plateforme-clé reste Artbeat qui propulse les beatmakers locaux dont SevDee (K6A) et Mark The Magnanimous sont les fondateurs. Ceux-ci ont réussi un énorme coup en se faisant attribuer une scène à leur nom lors du dernier Igloofest. Le principe de leurs évènements est simple mais original : on installe une table ronde et chaque beatmaker joue un morceau, laissant ainsi une chance aux experts et aux newcomers de s’exprimer sans souci de hiérarchie ou d’horaires. Les beatmakers qui s’y produisent jouissent d’une notoriété, certes, très locale, mais Kaytranada y a joué son premier DJ set en 2011 et depuis, il a été playlisté sur Radio Nova et choisi pour la 10ème sortie du label français Bromance ! Les connexions se font comme on dit chez eux…

Par ailleurs, d’autres artistes de notoriété internationale ont porté les couleurs de la Piu Piu aux 4 coins du globe comme Lunice (notre interview ici) et Jacques Greene (chronique de « On your side« ). Plusieurs autres beatmakers locaux de moins grosse envergure ont eux aussi posé leurs marques à l’étranger : Poirier, DJ Naes, Scott C, Moonstar, KenLo (dont Shlohmo a avoué être un grand fan), VLooper et bien d’autres. Il est d’ailleurs amusant de constater que Kaytranada, par exemple, jouait au Belmont en décembre 2012 pour la clôture de la saison MusicIsMySanctuary devant une cinquantaine de personnes alors qu’il joue en France dans un Social Club plein à craquer et que son remix de Janet Jackson passait 4 fois par jour sur Radio Nova. KenLo est aussi très respecté en Europe et au Japon depuis le début des  »KenLo Craqnuques ». À l’inverse, des beatmakers tels que Dream Koala en France suivent ce qui se passe à Montréal.

Piu Piu - logo

La première partie du reportage est sortie samedi dernier, la seconde ne devrait pas tarder. Tous les artistes ne sont pas des orateurs nés mais se livrent avec passion au micro de Aisha à coup de blagues, de sourires et de bonne humeur. Le film est brut, authentique et reflète bien l’esprit multiculturel et familial qui sévit dans cette ville qui flirte avec le paradis, Montréal. Ajoutons également qu’un réel esprit d’entraide existe entre les artistes, les collectifs et les promoteurs, il n’est pas compliqué de le constater après un séjour là-bas, et les français devraient en prendre de la graine ! On pourra aisément que rien ne vaut Montréal. Vive le Québec !

Pour ceux qui se trouveront à Montréal entre le 25 juillet et le 3 août, Artbeat et Alaclair se produiront au Belmont et au Divan Orange pour la 15ème édition du MEG Festival. Si vous souhaitez en savoir plus sur ce qui se passe à Montréal et préparer un voyage festif, n’hésitez pas à m’écrire à l’adresse cyprien@phonographecorp.com.

@CyprienBTZ