Sorti en toute fin du mois de novembre, au beau milieu des best-of & top de fin d’année, le dernier EP de Voiski,The Bat Who Wanted To See The Sun sur le label de la résidente du Panorama Bar Steffi, Dolly, est un très bel exercice de production & de maîtrise, à rattraper au plus vite. 

Techno, house, trance & raves : Voiski y navigue depuis quelques années à présent. Toujours avec délicatesse dans l’intention et une production au cordeau, claire. Les couches, sous-couches & envolées de drums, kicks semblent bouger, échanger, se mouvoir entre elles, seulement interrompues par des volutes d’arpèges trancey. Et toujours, cette sensation tenace que tout ce que l’on entend a été crée à l’improviste, dans un gigantesque live jam, analogique & fou. Un jam qui nous emporte d’un bout à l’autre du spectre d’un beat sec, claquant, précis. La techno option industrielle, voir noise, n’interdit pas l’orfèvrerie.

C’est pour cette maîtrise de la production que nous suivons le français depuis quelques temps déjà – il a participé à notre série de podcast, et nous avions discuté avec lui lors de la sortie de son LP Disconnections, Music For Clouds, il y a deux années de cela. Mais aussi pour sa façon immédiate de créer des atmosphères si identifiables, rassurantes même. Non pas que l’on est cajolé par sa techno cristalline, non, mais plutôt que l’on sait que l’exercice sera une ballade en terrain sûr.

Dès le morceau d’intro, le ton est (ré)affirmé : cet EP sera dancefloor, et « Taking Flight », le premier titre, nous ouvre la porte du-dit club pour ne plus nous lâcher. Sautillant et efficace, l’entrée en matière est quelque peu facile, légèrement à l’écart des anciennes productions du français. Mais la suite, le légèrement lo-fi « The Valley of Nothingness », que l’on imagine que trop bien résonner sur un soundsystem conséquent, nous sert sur un plateau l’esthétique voiskienne typique : des vagues & nappes aux accents rave roulent sur les séquences qui nous paraissent infiniment longues, hypnotiques, jouissives. La suite est tout autant extatique, tout en noirceur rentrée, teintée d’acid

« Ce n’est pas un hasard si je porte une attention particulière au choix des titres de mes morceaux. Parfois c’est un message, parfois un sentiment. », disait-il dans nos colonnes. Le français a toujours su manier les mots, pour nous guider ou nous égarer. Ici, cet EP nous rappelle que non, la chauve-souris que nous sommes parfois, perdue dans un hangar, croulant sous les vagues successives d’un beat fracassant, ne verra pas le soleil, pas avant d’avoir refermé le dernier titre, « Simorgh in Persia’s Sky ». Basse saturée, pied bancal & synthés bruitistes, la tension qui s’en dégage nous tient en haleine, jusqu’au bout.

The Bat Who Wanted To See The Sun est disponible sur Discogs.