Call Super nous gratifie d’un second album cette année, 3 ans après Suzi Ecto, son premier long. Sorti sur Houndstooth comme le précédent, Arpo est un retour aux paysages du premier album, ou plutôt, une plongée encore plus en profondeur dans l’univers du producteur. Loin de ses escapades club, comme ses récentes sorties sur Dekmantel par exemple, le disque offre à entendre une myriade d’influences des plus éclectiques, à l’image de ses DJ sets, pour une expérience introspective. 

Arpo s’ouvre sur le morceau éponyme, sorte de thème repris en début de face B, avec une interprétation différente. On peut y voir une référence au jazz, dont certaines progressions harmonique en sont imbibées sur ce disque. La clarinette, instrument déjà présent sur Suzi Ecto, fait de nouveau son apparition pour des envolées poignantes aux accents jazzy bien prononcés.

La plupart des morceaux fourmillent de textures sonores et reflexives, témoignant d’une maitrise indéniable de la matière. L’utilisation de ces éléments n’est pas sans rappeler la peinture et le savant mélange des couleurs. Joe Seaton (de son vrai nom) distille son style, reconnaissable entre mille, avec encore plus de précision que par le passé. De nombreuses rythmiques, parfois complexes, évoque tantôt la musique africaine (comme sur « Arpo Sunk ») ou la house. Bon nombres de titres comme « Korals », « Music Stands » ou encore « Trokel » sur la première face convoquent l’electro ou l’ambient house des années 90, recalibrés sous le prisme de la vision singulière du producteur. Mais le disque ne saurait se résumer aux influences de Call Super, tant son approche est unique, et il le prouve une nouvelle fois avec ce deuxième long format. Certains titres sortent indéniablement du lot tels que « No Wonder We Go Under » et « I Look Like I Look In A Tinfoil Mirror ». Mais ce qui frappe avant tout, c’est la cohérence remarquable tant dans la production que dans la narration globale du disque. Le producteur invoque ici un imaginaire fluide et riche.

Arpo est un disque à écouter au casque, confortablement installé chez soi, ou lors de grandes balades dans la nature, propices à l’introspection et à la contemplation. En un sens, ce deuxième album pourrait fonctionner comme un disque matinal et contemplatif, emplie de la béatitude et de la confusion que l’on peut ressentir au sortir d’un club, aux premières lueurs du jour, après une nuit passée à danser de tout son être.