Lorsque l’envie parfois inavouée, voire même parfois honteuse de variété française se fait sentir, il est souvent d’usage d’allumer radio Nostalgie, en cachette dans sa voiture. Autre solution, attendre une heure tardive lors d’une soirée afin de chanter à tue-tête, la tête haute Chagrin d’amour, Niagara ou Patrick Coutin. Ces morceaux ne sont que la partie émergée de l’iceberg que renferme ce monde musical. En cherchant un peu plus dans les tréfonds des années 80, se cachent de grandes pépites qui ont le mérite de faire autant rire que danser : un funk mâtiné de disco, en français dans le texte, légèrement kitsch mais beaucoup plus pertinent qu’il n’y paraît, que l’on nomme French Boogie. Des morceaux qui nous redonneraient presque envie de reprendre ces vieilles expressions franchouillardes anciennement dans le coup, telles que « loubard », « chic type », “ça roule ma poule” et bien d’autres. 

— article rédigé par Mathilde Lesaint

Ces titres ont été oublié au fil des années : c’était sans compter sur Vidal Benjamin qui s’est fait un plaisir de ressortir une quinzaine de ces morceaux sur la compile Disco Sympathie, parue chez Versatile en 2014. Une compile remplie de tubes de l’époque, qui a très certainement démarré ce retour en grâce du French Boogie. Quelques années après, c’est un autre label adepte des compilations, Born Bad Records (la maison avait auparavant publié d’autres compiles, déterrant les oubliés des yéyés ou de synth pop, les excellents Wizz), qui balançait France Chébran Vol.1. Un disque d’une quinzaine de morceaux en forme de témoignage fidèle de cette époque. On peut aussi citer une dernière compilation, celle ci paru en 2015, French Disco Boogie Vol.1 sur Favorite Recordings – qui en est à présent à son volume 3, elle aussi débordant de groove synthétique.

Cette chanson française déjantée & décomplexée a beau faire sourire, elle intéresse aussi nombre de DJs, artistes et producteurs. Et ces compiles n’y sont certainement pas pour rien, en ayant légitimement pavées le chemin et titillées la curiosité d’un public friand de découvertes. Dernièrement, c’est Mézigue qui s’est fait le plaisir de sampler le refrain du fameux “Tropique” de Muriel Dacq dans “Tu Me Manques Mumu Change Pas Le Moteur “, sorti chez D.Ko Records. Il y a évidemment aussi Discomatin : le quatuor, composé de Saint-James, Mag Spencer, Théo Top & Jim Irie s’amuse depuis quelques années maintenant à revisiter ces morceaux oubliés tels que “Un joint le matin”, “Comment veux tu sentir les frissons sur la piste” ou encore “Excusez moi” – ils sont d’ailleurs tous à l’écoute sur notre Soundcloud.

Le passage sur un sounsdsytem et en public – en club, se fait-il aisément ? Arrive t-on à entendre ces perles d’un autre temps ? Vous êtes certainement nombreux à avoir déjà entendus le célèbre “Histoire d’un soir (bye-bye les galères)” de Bibi Flash, un tube auquel même les DJs d’aujourd’hui ont du mal à résister. Dans un genre légèrement différent, c’est Palms Trax qui s’y est risqué, dans sa Boiler Room du Dekmantel édition 2018 : le “Troubadour” d’un certain Serge Fontaine y résonne avec force. Tous synthés dehors, paroles régressives, tout y est. Un chanteur aussi à l’origine d’un très zouké “À l’ANPE”, en 1982.

Braque de Weimar, plus connu sous son alias brAque, flirte également avec la French Boogie dans son récent “Folie douce”, autant dans l’esthétique de sa pochette que dans le grain musical de son morceau. Une influence qu’il assume à nouveau dans un mix du mois d’octobre pour Cracki Records, label de ce dernier. Enfin, impossible de clôturer cet article sans parler du duo France80, véritables experts musicaux de cette décennie de paillettes et de laisser aller. Les deux compères ne passent au sein de leurs sets que ce genre de pépites oubliées de tous, même des plus avertis et des natifs de la génération. Est-ce que vous vous souvenez de “Dans tes bras” de Absolute Fantaisie ? Nous non plus.

Tout ce que l’on peut souhaiter désormais, c’est que de plus en plus d’artistes s’attellent à ce style si adéquat pour égayer les soirées : ce n’est qu’après tout, qu’un pan de notre histoire musicale qui ne demande qu’à être (re)découverte.

Pour aller plus loin, vous pouvez piocher du côté des web radio – Bide et Musique, par exemple, ou des chaines de passionnées – Nounoudydy3 et BOOGIE80 en tête, ou bien vous plongez dans le côté visuel de ces années là, sur RBMA.