Parmi les piliers de la musique électronique française, peu peuvent se targuer de n’avoir jamais galvaudé leurs messages et leurs démarches, Dj Deep est de ceux-là.

L’artiste Parisien a été l’auteur de « Kern Vol.1 », l’une des meilleurs compilations mixées parues en 2012, à côté de ça, il n’a pas arrêté de tourner.  Les sorties dans son mythique label Deeply Rooted House ne se bousculent pas mais sont toutes très soignées ce qui fait que vous trouverez peu de disques estampillés DRH chez votre disquaire vu qu’ils ont tendance à partir vite. Il est assez intéressant de voir que sa renommée n’a pas toujours été telle et il y a deux ans, sa vision de la musique ne connaissait pas forcément le même engouement. Si aujourd’hui le « grand public » reconnait de nouveau l’ampleur de son travail et l’intégrité de sa démarche, sachez qu’il n’a rien changé. Il fait partie des rares dj à être booké sur son autorité de dj et non de producteur et c’est également l’un des rares à mixer autant techno que house.

Si l’on fait une brève rétrospective sur la carrière de Dj Deep, on constate qu’il n’y a eu aucune fausse note et qu’elle se traduit par une ligne directrice nette et précise. En quelques mots, il commence sa carrière grâce à Laurent Garnier aux soirées « Wake Up » et sort son premier Ep avec Ludovic Navarre Alias Saint Germain. En 1997 il lance les soirées « Legends » au Rex, un peu plus tard il se lance dans une collaboration avec Julien Jabre sous le nom The Deep avec qui il produira de belles pages de la House made in France. Après quelques collaborations avec entre autres Jovonn, Frank Roger, il arrête en 2002 la production et se consacre à un rôle  dans lequel il excelle : directeur artistique de son label Deeply Rooted House pour un travail dans la durée qui a porté ses fruits. Au cours de cette interview nous lui avons posé quelques questions sur sa carrière et sur sa vision des musiques électroniques aujourd’hui. Bonne lecture!

– Bonjour Cyril, tu es DJ depuis plus de 20 ans maintenant, comment as-tu vu évoluer le rôle de DJ dans la musique électronique depuis que tu as commencé?

Bonjour, je vais commencer par prendre un exemple concret : lorsque j’avais la chance d’être résident des soirées Wake Up de Laurent Garnier au Rex, il m’a semblé que la motivation de booker un DJ était assez évidente. Je prends ici le cas de Lil Louis, un DJ légendaire de Chicago qui s’est avéré être un producteur tout aussi légendaire. À l’époque, les DJ’s Américains étaient un peu mes modèles et je découvrais que, non seulement ils avaient une technique de mix particulière, une véritable science de la programmation (la manière de séquencer la musique au cours d’une nuit), mais également qu’ils faisaient leurs propres edits de classiques et parfois étaient des producteurs révolutionnaires.

Puis, en écoutant d’autres DJ’s, je me suis rendu compte que la composition et le DJing étaient deux arts différents, que tous n’avaient pas la même aptitude dans les deux domaines.

Aujourd’hui, un jeune artiste talentueux qui vient de composer un track sur Ableton Live n’est pas nécessairement un grand DJ mais il peut être beaucoup plus demandé qu’un DJ talentueux qui lui n’est pas producteur.

– Quand tu as commencé, les gens transitaient des raves vers les clubs. Aujourd’hui c’est le phénomène inverse qui se produit. Penses-tu qu’il y ait une histoire de cycle dans les tendances ?

Les raves faisaient partie de la naissance d’un mouvement musical avec son vent de nouveauté et d’envie de liberté. Que les gens aient cycliquement envie de passer d’un univers à l’autre me paraît normal et sain pour l’équilibre de la scène. La fraîcheur et le dynamisme des raves boostent les clubs qui peuvent parfois tomber un peu dans la routine, et, inversement, le professionnalisme de la structure d’un club ne peut qu’inspirer les organisateurs de raves ou d’événements hors club pour accueillir les artistes et le public dans les meilleures conditions. J’imagine que l’on peut parler de concurrence positive.

François X – BANE

– Tu penses quoi de cette tendance à la hausse concernant le marché du vinyle ?

C’est très sympathique, mais, à mon sens, différents phénomènes en sont la cause : tout d’abord, il est maintenant abordable financièrement, non seulement de composer la musique, mais aussi de produire des disques vinyles, donc, naturellement, un certain amateurisme sympathique et enthousiaste envahit le marché.

Mais cela n’est sympathique qu’un temps, dans le sens où la direction artistique est parfois absente de ces productions, ce qui veut dire que personne n’est là pour guider un jeune artiste, par exemple en lui proposant d’attendre un peu avant de sortir son disque, de mûrir. Il ne se rend peut-être pas compte que ce qu’il vient de produire ressemble énormément à beaucoup de disques déjà sortis… En même temps, cet enthousiasme, même dans sa redite de classiques – je fais allusion à la mode qui consiste à faire une copie carbone de productions de Chicago de la fin des années 80 – est une sorte de victoire dans le sens où, à mes débuts, je désespérais que seule la techno commerciale ait du succès quand des Armando ou Derrick May restaient connus par les seuls “happy few”. Aujourd’hui, tous les jeunes à qui je parle et qui me suivent un peu connaissent par cœur la discographie d’Armando ou de Derrick May, grâce aux rééditions et à internet évidemment.

– Le même reproche  que beaucoup de gens font à Beatport et son répertoire est donc transposable en un sens au marché du vinyle.

Je pense que dans le vinyle il y a aussi un phénomène de mode. Les gens veulent avoir leur nom sur un vinyle pour pouvoir tourner. Par la force du système, tu bookes certains DJs parce qu’ils ont fait tel vinyle que jouent tel DJ connu…

– D’ailleurs, arrives-tu à vivre de Deeply Rooted House 

Non. Mais le label est autosuffisant et on a des chiffres de vente satisfaisants. On vend toujours 500 copies et quand le disque marche bien, on en fait 1500 ou 2000. Toutes proportions gardées, pour moi, ce sont de bons chiffres. Quand je vois mes potes qui sortent des copies à 300 exemplaires, je me dis que j’ai quand même beaucoup de chance.

Deeply Rooted House

– Tu penses que c’est dû à un travail sur la durée ?

Je l’espère. Et j’espère également que le label soit identifiable sans pour autant être enfermé sur lui-même. Je peux sortir un Rootstrax qui est bien deephouse ou après un Ep de Marcellus qui sonne techno et pourquoi pas, juste après, un Kerri Chandler. Je tiens vraiment à cette liberté.

– Penses-tu qu’il soit possible d’être innovant en musique aujourd’hui ?

Je ne sais pas, je n’écoute pas de disques où je me dis : « je n’ai jamais entendu ça de ma vie. » Au contraire, je redécouvre plein de vieux disques de ma collection et je réalise que ce que je j’aime dans les nouveautés aujourd’hui en est souvent très proche.

Ce n’est pas dans une optique réactionnaire du genre « c’était mieux avant ».  Comme je le disais précédemment, je pense que le travail de jeunes producteurs consistant à redécouvrir les classiques est bénéfique dans le sens où ces derniers étaient parfois méconnus des générations précédentes. J’attends juste comme tout fan de house et de techno un vent nouveau!

– Tu ne penses pas que les gens ont besoin d’être rattachés à quelque chose dans le temps et dans l’espace ?

Oui, mais c’est important également de s’accorder sa qualité d’artiste, de mettre sa patte. De rendre hommage à un style de musique c’est super, mais de le copier de manière fétichiste en sachant que c’est exactement les mêmes machines ou enregistrer de la même manière à un tel point que si on ne te le disait pas, tu pourrais penser que tu écoutes un disque d’Armando, c’est cool… sauf qu’à raison de 25 vinyles par semaine, l’intérêt du concept s’essouffle.

Pour revenir à l’innovation, je pense qu’on manque de leader. « Où sont les Derrick May d’aujourd’hui ? » Quand j’avais 20 ans, écouter un disque de Derrick May ça te mettait une énorme trempe dans la gueule. Tu n’avais jamais entendu ça, jamais vu des visuels comme les siens, c’était unique. Ce n’était pas de l’innovation, c’était une révolution.

En tant que fan de musique, j’aimerais bien avoir des leaders, un Jeff Mills qui inspirerait une horde d’artistes derrière lui. Aujourd’hui, je pense que ça se fait rare, non ? Par contre j’entends beaucoup de disques en ce moment qui ressemblent un peu à d’anciens tracks de Jeff Mills…

Kerri Chandler – Pong (Ben Klock’s Bones and Strings rework)

– Mais le fait qu’il n’y ait plus autant de leaders, ne penses-tu pas que ça pousse les gens à chercher un peu plus loin ?

Oui, exactement, on est dans une période de recherche et il faut l’accepter. On est dans un cycle de 20 ans de techno. Au bout de 20 ans, presque tout a été fait. Je pense qu’il est difficile aujourd’hui de faire écouter un disque à quelqu’un qui écoute cette musique depuis ses débuts et de lui faire avaler qu’il n’a jamais entendu tel ou tel son. Cette période, mine de rien, est assez créative et je n’ai jamais autant acheté de disques qu’en ce moment, c.-à-d. ces dix dernières années. Après, est-ce que ce sont des nouveautés révolutionnaires ? Non, je ne pense pas. J’espère juste que cette période de recherche va aboutir à quelque chose de surprenant.

– Que penses-tu du fait que la musique électronique underground n’a jamais été aussi présente dans le quotidien des gens ?

Je ne pense pas que ce soit une bonne chose ça et je suis pas super fan de cette situation. Écouter de la techno dans un bar le matin, quand tu prends un café, ça m’enchante moyen. J’écoute plein de styles de musique et parfois je pense que l’overdose de musique électronique rend le genre un peu ennuyeux ou en tout cas fait qu’il se mord la queue.

Lorsque la musique électronique va puiser des influences dans des trucs plus anciens ou plus obscurs, ça l’enrichit. Le métissage, en général, est bénéfique pour la musique.

– Penses-tu que ce qui a fait la grande innovation avec la techno, c’est également le côté universel ?

C’est mignon comme idée, je pensais à ça quand j’avais 18 ans. Je ne suis pas sur que l’universalité soit l’une des caractéristiques de ce genre de musique. Les gens qui prônent l’universalité au travers de l’histoire on souvent été inquiétants. Ce n’est vraiment pas ma préoccupation et, de manière plus simple, la musique que je joue est particulière et elle n’est pas faite pour satisfaire aux critères de l’universalité. Si tout d’un coup plein de gens l’aiment, j’en suis ravi… mais la force des choses et le monde dans lequel on évolue prouvent que ce n’est pas ce qui est mis en avant.

Rootstrax – Harlequin

– Penses-tu que la notion d’underground ait encore un sens ?

Pour moi, oui. Le mot underground signifie être authentique et intègre dans la manière de partager sa musique avec les gens. Je me prends la tête des nuits blanches entières à préparer mes disques lorsque je vais jouer au Berghain ou à  Concrete, ça me rend malade. C’est à la fois un plaisir et une souffrance, car j’ai un grand respect pour le public et que j’aime jouer là bas car j’ai le temps et la possibilité de m’exprimer. J’ai du respect pour le public et dans ce cas-là je veux faire de mon mieux pour leur donner ce que j’ai de meilleur, même si je n’ai pas fait l’unanimité. Mon métier c’est d’être chez le disquaire tous les jours, de sélectionner mes disques et donner ma musique avec beaucoup d’amour, même si derrière les platines j’ai l’air un peu coincé et pas rigolo. Ce que je fais, c’est pour les gens, pas pour moi. Sinon je resterais dans ma chambre…

– Dans ce cas-là, selon ta définition, Prince aussi est underground.

Bien sûr ! Être Underground ça ne se mesure pas au nombre de disque que tu vends. Prince, en l’occurrence, c’est l’un des meilleurs exemples même si c’est une énorme pop star. J’aime autant Prince que Derrick May, je ne fais pas de différence. Je pense que si Derrick May avait la possibilité de vendre autant de disques, il le ferait.  Prince aurait pu être Derrick May et vice et versa, dans la limite du raisonnable. Il y a toujours une part de talent, mais aussi des cycles et l’air du temps, la chance qui fait que ça colle ou que ça ne colle pas. Un mec qui aurait pu être très bon, mais pas être là au bon moment, aurait pu crever inconnu de son public. Ce que je veux dire, c’est que je pense avoir une démarche authentique et ce n’est que cet aspect qui selon moi est intéressant dans la notion d’underground.

Manoo – Abyss

– Il y a un gros problème par rapport au succès dans les musiques électroniques tu ne penses pas ? Dès que quelqu’un commence à vendre des disques ou prendre de l’envergure, il n’est plus underground.

Il y a certains DJ’s/producteurs talentueux qui jouent beaucoup de leur personne et pourtant, en même temps, si tu regardes ça honnêtement, ils font de bons morceaux et mixent de bons sets. À partir de là, ils méritent d’avoir du succès. À côté de ça, si tu joues devant 10 000 personnes, dans les plus gros festivals, il faut être efficace et c’est peut-être ce qui fait que certains DJ’s changent leur manière de jouer lorsqu’ils prennent de l’envergure, car, face à une audience plus grande, il s’agit également d’être efficace.

Après, il n’y a pas de loi générale. L’authenticité devrait pouvoir être jugée quelque soit le degré de célébrité de la personne, par rapport a son goût et à son prisme d’analyse. La réaction de beaucoup qui consiste à dire « maintenant c’est nul, il gagne de l’argent », est à côté de la plaque.

– La figure du DJ n’a jamais été aussi mise en avant, ainsi peut-être est-ce normal que certains artistes usent de leurs charmes, non ?

Où ? Là tu me parles de David Guetta, ce n’est pas l’underground. Oui et non, c’est exactement comme lorsqu’on dit « tel artiste commercial français est devenu une star mondiale, ça fait du bien à la house française ». C’est faux, ça fait du bien à sa scène commerciale et ça ne me concerne aucunement.

Kerri Chandler – The Invaders

 – Non, dans le milieu underground, on remplit des hangars ou des stades juste sur la figure de quelques DJ’s.

Penses-tu qu’on remplisse une soirée sur la figure du DJ ou sur la qualité de la soirée, ou les deux ? Je pense vraiment que les deux rentrent en compte.

J’ai essayé d’organiser des soirées qui s’appelaient Legends au Rex et je n’étais pas bon pour réunir les gens autour de moi. Pour une bonne soirée, il faut des freaks, des fans de musique, des jolies filles, des jolis mecs, des homos, des hétéros, des banlieusards, des Parisiens, des étrangers. Si c’est que des nerds à lunettes qui savent que le DJ est en train de jouer le dernier testpress de tel label … ça ne fait pas une bonne soirée !

Concrete c’est d’ailleurs ce qui fait son succès : il y a une politique musicale à long terme qui fonctionne et un mix qui marche et l’enjeu d’une soirée, c’est ça. Aujourd’hui, tout le monde ne peut pas faire des plateaux obscurs et ramener beaucoup de monde, c’est donc aussi l’image de qualité de la soirée qui fait son succès. Je pense que l’intérêt c’est d’être subtil et d’agencer les gros noms et les artistes plus pointus de manière harmonieuse.

– Mais dans ce cas là, penses-tu être souvent booké pour les bonnes raisons ?

Je n’en sais rien, c’est difficile de toujours savoir. Cependant, je pense qu’il y a quelque chose d’assez évident dans ma démarche. Si on me book pour jouer le top 10 de Beatport, c’est que le promoteur s’est planté.

Il m’arrive en effet parfois de me retrouver dans des endroits où je me demande ce que je fais là. Mais, c’est aussi intéressant de pouvoir faire danser les gens même si tu n’as pas les outils calibrés pour le genre de situation. Parfois, je me retrouve dans des endroits où il ne me semble pas gagné du tout de faire danser le public et le courant passe quand même

Zadig – TTRXL

– Qu’est-ce qui t’a séduit quand tu as découvert la house ?

À ce niveau-là, c’est même plus de la séduction, j’ai eu la chance de vivre un mouvement. J’ai été acteur, à mon modeste niveau, d’un mouvement. Un jour, tu vas au magasin de disque et c’est “Phuture – Acid Tracks” qui sort. La semaine d’après, c’est “Beyond The Dance” de Derrick May et, après, c’est Marshall Jefferson. C’est une chance de fou par rapport aux gens qui commencent maintenant, en pleine période de recherche où l’on tourne un peu en rond.

C’était ni mieux ni moins bien, mais j’ai eu la chance de vivre quelque chose d’unique. C’est également pour ça que j’aime bien discuter avec des gens plus jeunes que moi, car c’est important de comprendre comment vous percevez les choses, pour jouer ma musique. La dernière fois que j’ai joué à la Concrete, j’ai vraiment compris quelque chose. Je croyais vraiment être en prise avec les jeunes et souvent certains viennent me voir après mon set pour me dire « c’est mortel ! T’as joué ce vieux disque puis cette nouveauté et puis ce classique obscur ! » Le fait que les gens puissent reconnaître tout ça, cela me fait plus que plaisir.


Ce qui m’excite aujourd’hui, c’est de faire jubiler un danseur de 25 ans, sans qu’il s’aperçoive qu’il se déhanche sur un son de 1985 qui peut également être pertinent en 2013, et inversement qu’il croie découvrir un classique qui s’avère être une nouveauté ! Bref, plein de combinaisons sont possibles ! J’ai toujours eu peur que la culture que j’aime disparaisse. Il y a tellement de nouveautés qui sont juste passables et qui peuvent aveugler les gens par rapport à ce qui a été fait à certains moments de magie créatrice. Ce qui m’intéresse c’est que des gens de 20 ans entendent des trucs et qu’ils se disent « c’est de la folie ce truc… ça signifie que l’on peut faire une track de cette manière » … et qu’ensuite la puissance et la créativité de ces vieux morceaux poussent les jeunes à être au moins aussi créatif.

J’ai quelquefois le sentiment qu’il y a quand même quelque chose de conventionnel, des formules qui fonctionnent bien, car on aime bien être dans son confort. Les productions sonnent très bien et c’est de plus en plus facile de les faire sonner pour pas très cher. Ça reste un travail bien sûr, je ne le minimise pas du tout. Quand on a du talent et des idées tant mieux s’il est accessible de produire de la musique !

– Si on regarde à la carrière de bon nombre de DJ’s français, on remarque que tu es le seul de ta génération et de ton entourage à ne pas avoir bifurqué, comment expliques-tu cela ?

Je sais pourquoi je fais ça. Ça fait plus de 20 ans que je fais plein de sacrifice et que je bosse pour la musique et je pense que les gens qui accordent du crédit à ce que je fais le sentent aussi. Je ne suis pas là pour autre chose et c’est stimulant pour moi. Ça me permet d’essayer de faire passer des messages qui ne sont pas faciles à faire passer.

À un moment où je trouvais que la techno de Détroit tournait un peu en rond et que la house de  NYC était beaucoup plus dynamique, j’ai exploré plus en profondeur cette scène. Lorsque j’ai découvert la musique et le talent de DJ comme Marcel Dettmann et Ben Klock et que la techno reprenait un souffle qui me correspondait, j’ai pu y revenir, car je n’avais pas cessé d’en acheter depuis tout ce temps. Je pense que les gens comprennent mieux ces changements d’orientation, car ils sont dictés par l’amour de la musique et non par la mode. Je suis un entonnoir : si tu me mets dans un magasin de disque toute la journée, je vais sélectionner tout ce qui me semble intéressant, si c’est de la house, ça sera de la house et si ça doit être de la techno… ça sera de la techno ! J’essaye de rester dans l’air du temps tout en gardant ma vision et les gens sentent quand tu es sincère.

Marcelus – Shape

– D’ailleurs, tu es le premier à avoir ramené Ben Klock et Marcel Dettmann à Paris.

Quand j’en ai eu la possibilité (principalement au Rex pour mes soirées Legends mais aussi plus récemment), j ai toujours essayé d’inviter à Paris des artistes qui me paraissaient essentiels à découvrir, que ce soit Kerri Chandler, Joe Claussell, Ben Klock ou Marcel Dettmann.

Kerri Chandler– Hexadecimal (chord version)

– Quels sont tes prochains axes d’investigations maintenant ?

Il y en a beaucoup que j’apprécie. J’aime la façon dont Token a géré son label, je fais attention également à Rhodad et Recondite qui émergent. Il y a également François X qui est un super DJ. Je suis très fan de ce que font Zadig et Antigone en ce moment. Je suis vraiment content, car, en France, on a plein de super artistes aujourd’hui. J’écoutais même récemment Jay Kay sur Phonogramme qui est vraiment intéressant. Je continue à suivre Bleak et Jonas Kopp. Tout ce petit monde…

– Tu as participé à la Boiler Room qui s’est tenue à Paris il y a quelques mois, ne trouves-tu pas ça étrange que les gens n’aient retenu que cette image de la France ?

Je pense qu’il ne faut pas généraliser. Leur line-up n’était pas fait de la manière la plus homogène.

Jonas Kopp – Reforce

– Quels sont tes prochains projets à venir ?

J’ai un nombre de dates effrayant qui commence à s’empiler donc je ne vais pas me plaindre pour l’instant.  Sur le label, je travaille avec Francois X, Jonas Kopp, avec Zadig, mais je n’ai pas de disque prêt à sortir à l’instant. J’aime bien aussi cet aspect-là : je préfère laisser murir que de mettre la pression à un artiste. Je cherche également des moyens de présenter tout ce que j’aime dans mes sets et,  ces derniers temps, ce n’est pas si facile, car il y a énormément de choses !

À la dernière Concrete, tu avais joué 4h, dans ce cas là, ne penses-tu pas que les sets de longues durées sont plus pratiques ?

Quand je mixe, j’ai besoin d’avoir un retour du public et quand c’est magique, il n’y a aucun problème, ça va tout seul et ça peut durer très longtemps. Le problème fréquent, ces derniers temps, c’est qu’on te demande d’entrée de jeu de jouer 3h30 ou 4h mais parfois il vaut mieux prendre deux ou trois heures dingues que quatre heures “mi-figue mi-raisin”. C’est plus intelligent de prendre le meilleur d’un artiste que d’entrer dans ce genre de compétition. Je peux jouer douze heures dans ce cas…

Ce qui est important, c’est ce que tu donnes aux gens. Il y a des moments dans des soirées où ça opère parfaitement… D’autres où la magie peine à se faire et quelquefois ça n’arrive pas, c’est imprévisible ! Mon problème c’est le systématisme et parfois, lorsque les contraintes logistiques le permettent, c’est bien d’être flexible : une soirée, c’est comme un être humain. Ce n’est pas forcément bon de se mettre des balises et dans ce cas le DJ jouera peut-être trois heures, mais ça sera cinq fois meilleur que s’il en faisait quatre. A contrario, ça peut se traduire par laisser jouer un DJ une heure de plus, car la magie opère. Toutefois, je suis conscient des contraintes de logistique et tout cela n’est pas toujours possible…

Bleak – Ekko

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