L’hiver dernier, nous sommes partis de l’autre côté de l’atlantique à la rencontre d’artistes locaux afin de réaliser une série spéciale New-York City. Pour ce premier épisode, nous avons rencontré Jm de Frias, boss du label SEQUENCIAS. Né en République Dominicaine, JM de Frias se voit happé par les lumières de la grande pomme. Esprit limpide, éclairé, haut en couleurs, le label SEQUENCIAS prend forme en 2011. Nous assistons à l’histoire d’un grand fan qui su dessiner ses propres éclats. Enquête: à la conquête d’une Terre florissante.

Salut JM de Frias, peux-tu nous raconter l’histoire de ton label ?

J’ai créé Sequencias car je voulais sortir en disque la musique de mes producteurs favoris. J’ai choisi ce moyen car j’ai toujours aimé l’industrie du disque. J’ai toujours voulu être engagé de ce côté là, car j’aime sélectionner la musique pour un public. Je joue aussi mais sortir des disques d’autres artistes est un concept très différent. Pour moi, créer un label coulait de source car le but d’un label est de sortir de la musique destinée à un public. A l’origine, c’était un concept très simple et cela l’est toujours aujourd’hui. Depuis peu, Sequencias est aussi un disquaire en ligne. Nous vendons les disques du label mais également ceux d’amis proches ou d’artistes qui apparaissent sur le label. A travers cette plateforme, j’essaie de mettre en avant des artistes locaux, qui viennent de New-York. Cependant, nous avons un stock varié que vous pouvez découvrir ici.

As-tu débuté seul ou en partenariat ?

J’ai commencé le label tout seul. Certaines personnes m’ont aidé. Par exemple, ma collaboration avec Dietrich Schoenemannafin m’a permis de finaliser les mastering. Il a travaillé sur tous les mastering de tous les disques sortis sur le label et m’a énormément aidé sur la distribution. Mis à part la distribution, le mastering, et la finalisation matérielle des disques, c’est moi qui ai choisi les titres et qui contacte les artistes. Je m’occupe de toute la programmation musicale. Concernant les pochettes des Eps, pour les deux premières sorties j’ai travaillé avec une artiste locale Jemina Vida. Pour les photographies sur les EPs suivants, j’ai fait appel à Andrea Robiou, une créatrice de vêtements d’origine dominicaine et également photographe. Le graphiste en question s’appelle Leonard Posso. C’est lui qui a fait toutes les finalisations visuelles.

Various ‎– Elusive Triumph SEQ001

(Orpheus – SEQ002)

(Metropolis – SEQ007)

Comment choisis-tu les artistes en question et qui sont-ils ?

Ce sont des gens que j’ai rencontré à New-York. Quelques artistes qui ont signé sur SEQUENCIAS étaient nouveaux le marché. En revanche, certains avaient déjà produit des disques. Quant à ma sélection artistique, j‘éprouve le besoin d’être leur fan pour pouvoir m’impliquer et envisager une collaboration.  

En Janvier, nous avons sorti le EP numéro 14, signé Area (à retrouver sur notre chaîne youtube). Par le passé, il y a eu Dcantu, Nepal, Dexter St Jacques, Healing Force Project, Specter, Aroy Dee, Orpheus, Echo 106, Shawn O’Sullivan, Metropolis, The sun god, Hieroglyphic Being et Willie Burns.

Concernant Dcantu, je l’ai démarché il y a deux ans. Je suis plutôt proche de lui. La sortie numéro 8 sur le catalogue est un featuring de lui et moi. Avec la plupart des autres artistes, nous partageons une relation solennelle, parfois, je ne les ai même pas rencontrés personnellement mais en ligne. Avec internet, nous développons d’autres types de relations pour le bien du label.

Peux-tu nous parler de ta collaboration avec Jamal Moss, qui est la sortie numéro une de Sequencias ?

Effectivement, Jamal Moss a ouvert le bal sous le nom de Hieroglyphic Being. Lorsqu’on s’est engagés main dans la main sur cette première sortie (via e-mail), Jamal m’a envoyé le morceau deux jours après. Il faut dire qu’il fait tellement de productions qu’il est facile d’avoir quelque chose provenant de lui et ce rapidement. Je suis très heureux de cette collaboration.

Jamal Moss – Hieroglyphic Being

Peux-tu nous parler de ta collaboration avec Willie Burns, qui est le patron de WT Records ? 

Je l’ai rencontré via Traxx. Il est très cool. Je suis bien entendu fan de lui et de son label. WT records a sorti les meilleurs artistes en dehors de New-York durant les cinq dernières années. J’ai développé une relation avec lui avant de sortir un disque produit par ses soins. On parlait, et de fil en aiguille, la sortie était produite.

Tu l’as dit plus haut, Sequencias est né en 2011. Que faisais-tu avant ce moment ?

Depuis que je suis enfant, j’ai toujours été fan de musique. La différence actuelle est que je mets mes choix musicaux sur le marché. Rien n’a changé depuis 2011, c’est toujours l’amour de la musique qui me guide et me pousse en avant. Avant 2011, je jouais des disques, j’en joue toujours, et à côté, je sors des disques d’autres artistes sélectionnés par mes soins. Il faut être honnête, je joue beaucoup moins depuis que je m’occupe de Sequencias, mais dès que j’ai un moment, je recherche des nouvelles musiques et j’accepte des dates, principalement à New-York. J’ai un travail à temps plein, avec des responsabilités, il est difficile de trouver du temps pour faire beaucoup de scène. Mais, je le fais autant que je peux. Ma dernière scène remonte au 29 Janvier dernier ( à ré-écouter par ici). C’était une nuit Spéciale Sequencias au Bossa Nova Civic Club où j’ai eu la liberté de jouer tous les genres et styles de musique.

« Pour résumer, Bossa Nova Civic Club est notre chez nous »

Explique à nos lecteurs ou aux français ce qu’est le Bossa Nova Civic Club ?

Bossa Nova est le seul endroit qui a ouvert ses portes au label Sequencias, et qui a ouvert les portes à de nombreux artistes à New-York.

Les promoteurs new yorkais Industry of Machines ont organisé avec nous trois showcases à Bossa Nova Civic Club. Je suis tellement reconnaissant pour ce qu’ils font. Par « ils » j’entends, le Bossa Nova Civic Club et Industry of Machines. Par rapport à la scène new yorkaise,  en ce moment, je pense que nous retrouvons une répression dans l’underground, surtout dans les soirées illégales, organisées dans des entrepôts. Beaucoup de monde s’y rend et nous assistons à des descentes de police de plus en plus fréquentes. C’est le climat dans lequel nous vivons mais l’intention est toujours là. Malgré ce phénomène récurrent, beaucoup de gens continuent de maintenir la scène « underground ».

Peux-tu nous dévoiler tes adresses des meilleurs vinylshop à New-York ?

Mon ami Frederico a construit un nouveau shop à Brooklyn « Second hand records ». A1 records est bien sûr incontournable. A1 devrait être votre première adresse si vous venez à New-York.

A1 Records – New-York City

Maintenant, parlons davantage de toi. Comment as-tu commencé a t’intéresser à la musique ?

Quand j’étais enfant, tout ce que j’apprenais par rapport à la musique était bon à savoir et venait de mon père. Alors, les frontières étaient nettes, limitées. Cependant, mon père nous disait d’apprécier tous les styles de musiques. La première fois que j’ai entendu du hip hop, cela a changé ma vie. Je m’en rappelle très bien, c’était un morceau du groupe Outkast. Arrivé à ce point, tout ce que j’avais entendu, je l’avais entendu à travers les goûts de mon père. Ecouter quelque chose qui était totalement différent de ce que je connaissais était une expérience qui m’a transformé. C’était une réelle découverte, quelque chose d’inconnu, de nouveau. A partir de ce point, j’ai réalisé qu’il y avait une multitude de choses en dehors de ce qu’écoutait mon père. J’avais probablement neuf ou dix ans, quand j’ai vécu cette expérience et j’ai commencé à découvrir la musique américaine, même si je ne comprenais pas les paroles car je ne comprenais pas l’anglais. Cela n’avait pas de sens, mais je voulais simplement apprécier la musique pour ce que c’était. Aujourd’hui, ce sentiment perdure. Par exemple, j’écoute des disques africains mais je ne sais pas d’où cela vient ou signifie. Ce qui m’importe c’est l’énergie que cela émet.

« Etre Dj, c’est lire la foule »

Toi qui es aussi DJ, que joues-tu ?

Je joue davantage de la house music, mais j’essaie de sortir des choses différentes au sein de SEQUENCIAS de ce que je joue en club. Etre DJ et diriger un label sont deux concepts très différents. J’aime de nombreux styles comme la disco, la funk, la techno ou de nombreuses musiques indéfinissables aux sonorités africaines. Lorsqu’on est DJ, il faut savoir s’adapter à l’heure, au moment, et surtout au public. Par rapport à Sequencias, j’essaie de proposer quelque chose d’unique ou de rare sur le marché. Alors, produire de l’expérimental prend tout son sens.

Raconte-nous un souvenir d’un gig particulier ou ta première scène.

Je me souviens que ma première scène était horrible. En revanche, je me suis beaucoup amusé en jouant à des afters. J’aime vraiment jouer de la house music et voir le soleil se lever, cela donne une toute autre dimension à la musique. L’environnement compte quand tu joues. Mon meilleur souvenir reste et restera l’image du soleil apparaissant pendant que mon set continue de tourner. C’est un sentiment irremplaçable.

JM de Frias – New-York City

Quelles sont tes inspirations premières ?

Ce qui me vient en tête: D’marc CantuChris BrannLarry Heard, Jamal Moss, je ne veux pas choisir l’un d’entre eux, cela ne serait pas juste ! Je vous propose de découvrir ma sélection spéciale. J’ai pensé à vous, en incluant mes DJs français favoris.

Quels sont tes plans pour le futur ?

Cette année, nous avons un album de D’Marc Cantu qui va sortir. J’espère également qu’il y aura d’autres nuits  » Sequencias » comme celle du 29 janvier dernier ! Merci Phonographe Corp pour cet interview. A très bientôt !

Sequencias