Pour ce troisième épisode de notre série spéciale USA, à bord de notre cadillac, nous avons pris la route direction WashingtonDC. C’est au cœur de cette capitale pourvue d’un calme profond que Max d aka Beautiful Swimmers aka Dolo Percussion accepte de nous retrouver sur la 18th St NW. Andrew Field se confie sur son enfance, ses alias et la création de son label: Future Times Records.

Tu as fait les vocaux sur ton premier EP hip-hop « Scavenagers » sorti en 2004. Raconte-nous tes débuts dans la musique.

 

Ma première expérience dans la musique remonte à la création du groupe « Food for Animals ». J’étais au lycée et le EP « Scavenagers » était le premier de tous. Dans notre crew, on aimait le rap version classique et ce sont simplement les vocaux qui nous différenciaient des autres. Chacun des MC avait son rôle. Hy aimait produire des beats futuristes, renvoyant parfois au genre noise. Ricky Rabbit faisait également de la production. Pour ma part, à l’époque, je m’occupais des vocaux. Ma partie préférée était lorsqu’on se produisait en live avec les gars. Notre son pouvait partir en hip-hop psychédélique, futuriste, une scène complètement barrée ! C’était du putain de hip-hop ! (rires). D’ailleurs, je suis très heureux quand je repense à cette période de ma vie. Par la suite, nous avons fait deux autres EPs, puis, nous nous sommes naturellement séparés.

Comment es-tu passé de la production hip-hop à la musique électronique, notamment sous les alias Max D et Beautiful Swimmers?

 

La seule raison pour laquelle j’ai commencé à produire seul, sous le nom de Maxmillion Dunbar, puis, Max D, est que je n’avais jamais produit de musique, seulement des vocaux. Donc naturellement, lorsque j’ai commencé à produire à l’aide de machines et d’instruments, le style est devenu moins agressif et davantage léger. Plus jeune, je ne ressentais pas la même énergie quand je faisais de la musique, mais cela avait du sens. De plus, quand je faisais parti de Food for Animals, je commençais déjà à mixer avec Ary (cf: Ary Goldman, second membre de Beautiful Swimmers) du disco et de la house. Alors, quand le groupe s’est arrêté, j’ai continué mes autres projets : dans un premier temps, Beautiful Swimmers et par la suite Future Times.

Andrew Field aka Max D pour Phonographe Corp

Pourquoi as-tu nommé ton label Future Times?

 

Le refrain du track « Future times » signé Hit Man a inspiré l’appellation du label. C’est d’ailleurs ma partie préférée du morceau. Si vous avez déjà acheté un de nos disques, vous avez pu remarquer l’inscription « Things will be better in future times ». C’est le leitmotiv du label, ce refrain est inscrit sur tous nos disques. C’est une phrase en laquelle je crois. Elle évoque un côté optimiste et je l’applique énormément au quotidien.

Pour nous, l’appellation Future Times renvoyait au fait que tu as lancé de nouveaux visages. Comme par exemple Aquarian Foundation, Protect-U, Mosey, OV et Japa Hali. Comment trouves-tu les artistes que tu as produit ou les artistes que tu vas produire?

 

La plupart du temps, ce sont par des connexions, par le bouche à oreille. Quand tu déménages dans un endroit, tu rencontres les amis de tes amis ou lorsque tu voyages ton réseau s’étend. Cependant, je dois avouer que je ne travaillais pas beaucoup avec les démos, mais c’est aussi à travers ce moyen que Future Times grandit aujourd’hui. Grâce aux démos, aux connexions amicales et au bouche à oreille. Tous les moyens sont bons pour faire des rencontres et des connexions. J’aime savoir ce qu’il se passe, avoir une ouverture sur ce milieu. Par exemple, pour Japa Hali, membre de 40% Foda/Maneirissimo (à retrouver au sein du premier épisode de Basse Fréquence: BF001), un ami m’en avait parlé et je l’ai retrouvé sur leur bandcamp. C’est une des rares personnes que je n’ai pas pu rencontrer dans la réalité car il vit au Brésil. Cela a donné pourtant une belle collaboration.

Tu sembles avoir une belle connexion avec les artistes et les labels de NYC. Nous avons remarqué une similitude en terme de programmation artistique avec le label new-yorkais L.I.E.S. D’ailleurs, nous pouvons te retrouver sur ce label, sous l’alias Dolo Percussion. Peux-tu nous raconter les liens que tu entretiens avec le label L.I.E.S ?

 

En 2013, j’ai sorti un premier ep «  Dolo Percussion » sur L.I.E.S.. Avec Ron, (cf: Ron Morelli) nous sommes amis depuis un moment. Avant que chacun d’entre nous ne rencontre le succès, on faisait exactement la même chose. J’allais à NYC et on jouait dans des soirées. Je dois dire qu’avec Ron, nous avons une espèce de connexion spirituelle. Lorsque nous sommes partis en tournée Ron, Ary et moi (sous l’alias Beautiful Swimmers) et Novamen pour le label Viewlexx, la « soul connexion » a pu grandir. Par cette expérience, j’ai ressenti un élargissement de ma sphère. Le monde est devenu plus grand, les possibilités infinies. Enfin, pour finir, même si on n’avait pas eu de succès avec Ron, on serait dans notre coin à faire toujours la même chose : de la musique. Dans le fond, c’est une histoire d’amitié et de fun.

En parlant de scène internationale, tu as joué au Dekmantel festival (sous l’Alias Beautiful Swimmer) et tu fais beaucoup de scènes en club. Quelle est la différence entre jouer en club et en festival?

 

Je ne trouve pas de réelle différence entre jouer en club ou en festival car je fais la même chose: je joue de la musique. Avec Ary, nous ne prévoyons pas vraiment ce que nous allons jouer. Nous passons des morceaux que nous aimons au moment venu, et nous voyons ce qu’il se passe. Quand tu joues en club, spécialement en petit club, tu peux jouer ce que tu veux. Tu peux jouer des disques complètement fous, des choses plus créatives. Si les gens sont encore là avec toi quand tu joues ce que tu veux, tu as soudain un élan de liberté. Et, la liberté est un des sentiments les plus beaux qui puisse exister. Tandis que pendant un festival, il faut souligner la massivité du public. Si deux mille personnes sont confuses par rapport à ta musique, ce n’est pas forcément négatif. Il faut savoir les toucher, les bouger, d’une manière ou d’une autre. Quand tu y arrives, sur un plus gros public, c’est merveilleux. La liberté est d’autant plus fracassante. Enfin, la différence entre club et festival ne se trouve pas par rapport à la taille du public, mais par rapport à l’impact que tu vas avoir sur la foule. Quand tu joues depuis longtemps, quand tu as différents styles, toutes les scènes, petites ou grandes peuvent te permettre d’avoir un rapport au public. Et, chaque scène, peu importe sa taille, est une belle opportunité.

Tu as joué à la Rotonde pour Phonographe Corp en 2015. Peux-tu nous décrire l’atmosphère de cette nuit?

 

Si ma mémoire est bonne, c’était à l’occasion de la fête de la musique. Le club était cool, on a passé un très bon moment avec Ary et Brian (Awesome Tapes From Africa). J’aime tellement Paris, si vous saviez. A Paris, les gens ne parlent pas anglais et s’en fichent royalement. Personnellement, je trouve cette attitude cool. Les gens sont cool, l’énergie est cool. Tout le monde est super bien habillé et tout le monde danse. Comme vous l’aurez compris, en un mot Paris est… cool. Si je vais à Paris, il faudrait que je pense peaufiner mon look, pourquoi pas trouver un t-shirt ou une paire de chaussures, mais… cool! ( rires)

« Il faut savoir troubler le public »

A présent, nous allons parler de sujets davantage personnels. Ton père est musicien, peux-tu nous parler de cette influence?

 

En effet, je viens d’une famille de musiciens. En revanche, mon père fait des scènes rocks. Vous ne serez pas surpris d’apprendre que ma famille entière m’a toujours encouragé à faire de la musique. J’ai reçu énormément de liberté dans le fait d’être encouragé par mes proches. Mes parents aimaient les labels tels que Motown et dans un sens plus large, le jazz, la funk. Leurs goûts musicaux ont forgé mon éducation musicale. Ainsi, je pouvais être ouvert à plusieurs styles de musiques différents et acquérir une autre vision du monde. Lorsque j’avais six ans, j’ai écouté la BO de Dumbo fait par Sun Ra, racistes, mes camarades de classe ont totalement fait l’impasse dessus. C’est pour cela que j’ai beaucoup de respect pour ces influences et je suis fière d’avoir continué d’écouter ces musiques – produites par des musiciens noirs – malgré la norme sociale qui régnait autour de moi. En réalité, j’ai toujours pensé que rien n’était plus important que faire ce que je voulais faire. J’ai toujours cru en ce que je voulais réaliser et la musique était un moyen de créer ce monde, mon propre monde.

Cite-nous tes influences personnelles ou des artistes qui t’ont bouleversé ?

J’ai écouté tellement de musique, que je suis incapable de choisir. En ce moment, j’écoute Marvin Gaye. Plus jeune, j’aimais déjà cet artiste, mais les paroles ont davantage d’impact aujourd’hui. Plus je vieillis, plus les paroles me touchent. Concernant la production, elle est dingue ! Il m’est impossible de comprendre comment cet artiste a fait pour créer une aussi belle musique. Je produis, mais je me sens incapable de produire d’aussi belles mélodies. D’ailleurs, cela a eu un énorme impact sur ma production. Ces derniers temps, ma musique est d’autant plus expérimentale. J’aimerais me rapprocher de la beauté de ses accords, si seulement je pouvais… Marvin Gay est tout simplement génial. Pour en revenir à mes influences générales, tout ce qui provient de la musique noire dû à mon éducation musicale transmise par ma famille sont ancrées en moi.

En 1995, j’ai déménagé à Washington DC. J’ai réalisé que je pouvais avoir d’autres influences : mes nouveaux amis et mes rencontres, car je pouvais avoir d’autres types d’amis, une nouvelle vie. Cela m’a pris une journée pour oublier mon ancienne ville. Avoir déménagé à Washington DC, une ville essentiellement de population noire a appuyé la découverte d’autres genres (rap, hip-hop notamment). Personnellement, la black music est ma préférée car j’éprouve énormément de patriotisme. C’est ce qui me rend fière de l’Amérique aujourd’hui.

« Mis à part l’éducation, la ville dans laquelle on vit, va jouer un impact sur notre expérience face au monde »

Entre DC et NYC la frontière est mince. Aurora Halal a grandit à DC mais vit à NYC. Peux-nous parlez de votre collaboration?

Aurora Halal a fait beaucoup de clips de Future Times. Elle venait rendre visite à ses parents car elle avait quitté la ville, comme beaucoup de gens à DC au final. Aurora était très enthousiaste à l’idée de produire des vidéos pour Future Times. Elle m’a montré son travail que j’ai apprécié et elle aimait les morceaux du label donc notre collaboration s’est faite naturellement.

Toi qui habite à DC depuis des années, peux-tu nous recommander les meilleures disquaires de la ville?

 

Premièrement, je pense à Joe’s Records Paradise. Vous allez prendre un ascenseur pour y aller, c’est mortel ! Sam records sur U-Street. Concernant le reste du monde, je dirais Redlight Records à Amsterdam. Pour avoir vécu à Barcelone il fût un temps, Discos Paradiso me vient directement en tête.

Quels sont tes projets futurs?

 

Concernant Future Times, Person of Interest (à retrouver à travers l’épisode NYC002) a fait la première sortie de l’année avec l’EP Bost the whip. En ce moment, je collabore avec le label 1432R qui vient aussi de DC. Dawet Eklund s’inspire de musiques éthiopiennes, donc le mélange va être porté sur l’afrobeat accompagné de vocaux. On aimerait produire quelque chose de doux, de mélodieux, avec des paroles. Je laisse nos deux univers s’entremêler. En 2015, nous avons créé LIFTED sorti sur PAN. Un retour est prévu pour Lifted, avec des personnes différentes, en plus ou en moins. Des changements sont à prévoir en terme de membres. Je travaille également avec Japa Hali et Will Demaggio. Jouer à plusieurs en club, c’est génial, mais, je pense qu’il est temps de créer le plus de collaborations possibles en terme de production. Donc, j’essaie de créer pas mal de groupes, allier le meilleur de chacun au savoir faire de l’autre. Sinon, un nouveau Beautiful Swimmers va prochainement voir le jour. Pour mes productions individuelles (Max D, Dolopercussion), je travaille également sur de nouveaux projets. Je prépare un live doucement mais sûrement.

Un dernier mot?

J’ai beaucoup réfléchi au résultat des élections américaines et son rapport à la dance music. J’ai bien peur que la petite industrie du disque en prenne un coup.  « Do It Yourself » est avant tout quelque chose que tu fais pour toi, mais tu peux aussi faire participer d’autres personnes et leurs donner des choses en retour. Dans ce petit monde, l’entraide compte et j’espère que cela va perdurer malgré les élections. J’étais choqué du résultat, et si l’on souhaite que notre petit monde continue, on doit agir pour maintenir tout ça. Je m’inquiète pour les petites entreprises comme les labels d’aujourd’hui et les enfants qui seront élevés dans ce climat. Ma mission actuelle est de réfléchir à comment je vais pouvoir contribuer au maintien des petits business. Certaines personnes ont conscience de ces idées, mais ils n’agissent pas, ou n’ont pas de temps libre pour pouvoir le faire et avancer un espoir envers la petite industrie du disque.