Cette semaine, je suis partie à la rencontre de Person of Interest. Autrement connu sous le pseudonyme officiel « Angel de la Guardia », l’ange au double visage, house et techno, collectionne les sorties vinyles au sein des meilleures entités Broken Call Records ( à retrouver sur BF010 ), L.I.E.S, CLONE et Future Times Records. En 2015, le créateur se décide à co-édifier sa propre arcane nommée « Exotic Dance Records » avec son fidèle acolyte, J.Albert. Enquête au creuxd’un nouvel oasis.

Pourquoi as-tu choisi le nom de Person of Interest et Angel de La Guardia?

 

Ces pseudonymes sont la meilleure manière de conserver mon anonymat. J’ai choisi le pseudonyme de « Person of Interest«  en référence au vécu de chacun. En effet, selon mon point de vue, tout le monde est un criminel. Le terme crime fait référence à une expérience de vie. Voyez-vous, je ne suis pas un criminel ou une personne d’intérêt, mais, chacun de nous se retrouve confronté à des expériences et nous agissons en fonction. Vous comprenez que nous sommes tous des personnes d’intérêts au fond.

Concernant l’appellation « Angel de la Guardia », «La Guardia» fait référence à l’un des principaux aéroports à New-York City. Pour moi, l’importance de laisser sa trace dans ce monde est capitale. Par exemple, si des personnes trouvent mes productions d’ici cent ans ou plus, j’aimerais qu’ils pensent qu’Angel de la Guardia, producteur de house music, existait réellement sous cette appellation. De plus, ce nom renvoie à un rapport positif lié aux anges.

Tu es né à Buenos Aires. Décris-nous ton expérience en Argentine…

 

Pour information, j’ai été élevé entre Buenos Aires et Miami. A Buenos Aires, j’ai pu acquérir une expérience d’adulte assez tôt, notamment en allant à des festivals. Cela a été très bénéfique pour moi et a ouvert mon esprit. Au-delà de l’esprit festivalier, les gens évoluent et si tu te retrouves exposé depuis ton plus jeune âge à un type de choses, elles font parties de toi à jamais. Vivre en Amérique latine, spécialement à Buenos Aires, peut changer ta vie. C’est une ville spéciale, où la culture est très développée. Elle est différente du reste de l’Amérique latine.

Person of Interest pour Phonographe Corp

Quels éléments majeurs t’ont conduit jusqu’ici?

 

Le premier élément fait référence à mon adolescence et à mon pays natal, l’Argentine. A treize ans, je suis retourné vivre en Argentine. Comme je vous l’ai indiqué plus haut, j’ai eu mes premières expériences au sein de la culture club dans cette capitale. Je pense que cela a été énorme en terme d’inspirations même si je n’écoutais pas de house music ou de techno à cet âge là. Peu importe le lieu, mais quand tu te retrouves exposé à un univers précis dès le plus jeune âge, cela va impacter tes choix futurs. Le second élément est mes sorties sur le label L.I.E.S., qui ont été de grands moments de ma vie. Avoir déménagé à New-York est l’une des meilleures choses que j’ai faite de toute mon existence. D’ailleurs, mes amis ou les rencontres que j’ai faites m’ont guidé. La première personne que j’ai rencontré à New-York est Anthony Naples, puis est venu Ron (Ron Morelli, ndla) et enfin Steve Summers. De rencontre en rencontre, j’ai partagé énormément de choses. Plus particulièrement avec l’artiste J. Albert, qui est mon binôme de toujours.

« Peu importe le lieu, mais quand tu te retrouves exposé à un univers précis dès le plus jeune âge, cela va impacter tes choix futurs« 

En 2015, vous avez lancé le label « Exotic Dance Records » ensemble. Parle nous de ta collaboration avec J. Albert et de ce projet.

 

J. Albert est une grande source d’inspiration pour moi. Nous nous poussons vers l’avant que l’on travaille ensemble ou séparément. Cet artiste a tellement de potentiel, et est un des meilleurs producteurs que je connaisse. En revanche, nous travaillons avec des machines différentes. Par rapport à notre projet commun: Exotic Dance Records, nous souhaitons que tous les disques soient spéciaux. Nous prenons notre temps sur chaque sortie. D’ailleurs, j’ai récemment fait la dernière sortie du label avec l’EP «  Eclipse » ( à découvrir sur notre chaine Youtube). Pour ce dernier EP, je me suis inspiré de tous les sons de mon adolescence, notamment de la dance music. Ce qui a donné cinq tracks très différentes des unes et des autres.

Justement, peux-tu nous décrire une session studio?

 

Habituellement, la première chose que je fais est d’arranger mon environnement. J’aime qu’il soit le plus confortable possible. Ainsi, j’ai des tas de photos accrochées autour de moi. Elles peuvent influencer ou refléter mon humeur. Les photos ou dessins m’inspirent énormément. De plus, à côté de ces images, j’ai des plans accrochés. Une fois que tout est à mon goût, j’allume toutes les machines et je commence à produire. Il m’arrive d’avoir des flashs pendant le processus de production et de voir des images défiler dans mon esprit. Ce que vous entendez est le résultat de tous mes imaginaires, visuel et musical, qui s’entremêlent entre eux.

Tu as sorti deux EP sur le label L.I.E.S, NOYFB sur Clone, et récemment BOST THE WHIP sur Future Times Records. Parmi toutes tes créations, quel est ton EP le plus personnel?

 

Je suis sorti de ma zone de confort en produisant NOYFB paru sur le label Clone. Bien que le style soit toujours de la house music, j’ai essayé de faire de la musique expérimentale où l’émotion est mise en avant. En revanche, le EP Person of Interest, paru sur L.I.E.S en 2015, est celui qui me tient le plus à cœur. Je voulais accomplir certaines choses que j’ai pu accomplir aujourd’hui. Ici, ma satisfaction naît et perdure dans son apogée.

Person of Interest & J. Albert

Peux-tu en dire plus sur tes premières inspirations?

 

Je suis passé du rock psychédélique, une musique très visuelle, à l’Acid House, une musique davantage dansante. Je me suis nourri d’Acid House, et ce autant que je le pouvais. Pour en citer quelques uns, Summer of Love in England, Dance Mania, la House Music de Chicago, Future Records. Ce sont mes premiers amours. Insensés, futuristes et intemporels. J’ai ressenti un élan cru, brut, énergique mais tout aussi affectif qui pouvait être communautaire. Ce que j’aime par dessus tout, c’est l’énergie de la danse qui accompagne cette musique. L’esprit de groupe est ce que la dance music représente. Des milliers de genres de musique existent. Certains genres traduisent un sentiment personnel, comme le rock par exemple. A travers l’Acid House, tout ce qu’il faut faire est de danser, partager avec les autres. C’est une musique chaleureuse et c’est cet aspect qui m’a plu dès le début.

Tu es un amoureux de la dance music, et pourtant aujourd’hui, tu produis beaucoup de techno, du lo-fi. Pourquoi ce choix?

 

J’aime le rock et la house music mais j’ai choisi de produire de la techno car dans ce genre de production, je retrouve une grande liberté en terme de créativité. Tu peux mettre toute ton énergie à produire un nouveau genre de musique, ou de rendre le morceau davantage émotionnel. C’est un jeu. Pour moi, les artistes techno/électroniques les plus inspirants sont Jeff Mills, Aux 88, Drexciya, U.R., Levon Vincent, DJ Sneak. Je vous avoue que j’ai des humeurs. Peu importe le genre que j’écoute, au final, je suis obsédé. Par exemple, je peux écouter du disco pendant deux mois ou lorsqu’un morceau me plait je l’écoute environs cinq, six fois par jour.

« L’esprit de groupe est ce que la dance music représente« 

Raconte nous ton plus beau souvenir sur scène ?

 

Toutes les scènes sont spéciales… Si je devais choisir un moment en particulier, ce serait sans doute la nuit au Rex Club à Paris avec Ron Morelli et I.F. C’était un grand honneur de jouer à leurs côtés et spécialement à Paris. Retour sur la situation: il faisait 40 degrés dans le club, tout le monde transpirait, dansait et devenait fou. Chacun de nous donnait tout ce qu’il avait. Ce moment était génial. D’autant plus, je trouve que nous ne retrouvons pas énormément de DJ à l’image de I.F. C’est un mélange entre une énergie cosmique et une énergie sexuelle. J’avoue que je pouvais ressentir le sex-appeal d’un alien ce soir là ! (rires).

Toi qui es un artiste international mais avant tout américain, peux-tu comparer la scène new-yorkaise et la scène européenne?

 

La scène à NYC est très cool. Beaucoup de gens s’unissent et mettent tellement d’énergie afin de construire des projets. Tu peux trouver des soirées géniales, de la bonne musique et ce tous les weekends. Cette énergie m’inspire énormément. Je trouve également des choses qui ne sont pas à mon goût. C’est important de savoir ce que tu aimes mais aussi ce que tu ne respectes pas. De ce que j’ai vu en Europe, votre scène est un exemple pour le reste du monde. La foule vit la musique avec toi, particulièrement dans les petites villes. Dans aucun de mes rêves, j’aurais imaginé que les gens viendraien pour écouter ma musique. C’est génial de voir que les européens écoutent ce que l’on fait. Je suis tellement reconnaissant pour ces scènes internationales.

Quel est ton rapport au monde à travers la musique ou l’art en général?

 

Si quelque chose est incorrect ou énervant, il est légitime de l’exprimer. Je pense que les gens doivent avoir un lieu pour exprimer ce qu’ils veulent avec leur art. Etre artiste, c’est avant tout être sincère. Par exemple, lorsque les gens réalisent qu’ils ont des sentiments négatifs, cela doit être pris en compte. Tout le monde a déjà pu ressentir la lourdeur de la vie. C’est une émotion réelle. Le mal être existe et je souhaite que les gens enlacent leur noirceur. La musique ne doit pas forcement être joyeuse. La musique peut exprimer les maux enfouis en nous. Surprenant mais vrai, le dance floor n’a pas à être optimiste tout le temps. Le côté sombre que chacun porte en soi est important dans la vie. Moi, j’aimerais lire, écouter, simplement connaître le côté obscur de chacun. Rassurez-vous, j’aime la profondeur mais je suis aussi une personne joyeuse et optimiste envers la vie.

« Etre artiste, c’est avant tout être sincère« 

Un dernier mot?

 

« The family that raves together, stay together »

Mix pour Phonographe Corp signé P.O.I.