Modeselektor - 50Weapons

Le label berlinois signait en janvier sa 25ème sortie avec le glacial « Linux / Ellipse » de Marcel Dettmann. Il était alors arrivé à mi-chemin de son objectif initial : produire 50 armes de guerre sous forme de disques révolutionnant la musique de club. Il est temps pour nous de faire un point sur les realeases passées & présentes de cette maison qui nous satisfait à chaque sortie.

50Weapons est né de la volonté du duo Moselektor de diffuser via une subdivision de Monkeytown, une bass music dévastatrice après que leur principale structure ait totalement viré dubstep. D’abord consacré à la bass music et ses ramifications, 50Weapons dérive peu à peu vers la techno, toujours dans un souci de rigueur et d’obscurité, puis légèrement vers la dubstep avec une bonne dose de bleep.

Au départ, 50Weapons traçait sa ligne directrice à l’aide d’une série de DJ tools et white labels puis, comme un label traditionnel, la maison a commencé à sortir des EPs et des albums pour se transformer en arsenal de club. Depuis le premier LP  de Anstam, les choses ont changé, et 50Weapons a commencé à sortir des disques collectors destinés aux vrais fans et collectionneurs.

Le catalogue est parsemé d’albums d’artistes confirmés (Shed, Phon.o) et en devenir (Bambounou), et composé de producteurs de passage (Bok Bok, Siriusmo, SBTRKT) ou de tauliers bien installés formant l’âme de la maison. Les artistes s’arrêtant chez 50Weapons sont tous plus talentueux les uns que les autres et ont, en tous les cas, une pierre à apporter.

Logo 50Weapons

50Weapons réconcilie les puristes, les non-technophiles et les simples amateurs de sensations fortes. La plupart des disques sont accessibles et ne partent pas dans des délires mentaux abyssaux. Si la minimale a tué le groove de la techno, 50Weapons, en revanche, l’a fait renaître, sans rester prisonnier des racines du passé. Et c’est probablement le plus gros défi auquel les berlinois ont été confrontés en l’espace de 4 ans.

Cependant, inutile d’attendre des hits de l’été, les notions de lumière et de chaleur sont très éloignées des esprits de l’armée 50Weapons. Ici, le ton est froid et métallique. On n’est pas là pour déconner. Malgré les horizons divers qui composent son écurie, 50Weapons installe une certaine cohérence : de l’artiste confirmé qu’est Addison Groove, dealer d’héroïne converti à la musique, à Bambounou, le seul frenchy de Monkeytown sur qui 50Weapons a misé gros, les artistes s’efforcent de grossir leurs basses et de noircir l’atmosphère.

 

Les labels managers bénéficiaient déjà d’une certaine aura dans la musique électronique, elle s’est confirmée avec la création de la filiale de Monkeytown. On savait Thom Yorke de Radiohead impliqué dans la post-dubstep aux côtés de ses potes Burial et Four Tet, son amour pour cette musique se confirme avec son side-project Atoms for Peace composé de Flea (Red Hot Chili Peppers) et de Nigel Godrich (Air, Radiohead, Beck). Encore une preuve de l’influence de 50Weapons.

Le label tourne à fond de cale : en 2012, ce ne sont pas moins de 20 disques, EP, albums et compilations confondus, qui ont vu le jour. Et sur cette vingtaine bien tassée, il n’y a pas grand chose à jeter. Ils n’ont, certes, pas la parole divine, mais les webzines les plus respectés de la planète techno (RA, XLR8R, DJ Magazine, Bleep) et bien d’autres ont hissé les sorties et artistes de 50Weapons en tête de leurs palmarès (meilleurs albums, meilleurs labels, meilleurs lives). 50Weapons est un point de ralliement entre ces producteurs opposés de fait, mais rassemblés pour créer un tout cohérent et ravageur. Un équilibre a été trouvé entre le minimalisme de Marcel Dettmann et le sound design de Shed, l’eurocrunk lunaire de Phon.o et l’electronica racée de Dark Sky. Entre Brutalité et tabassage en règle, les artistes harmonisent leurs productions avec un groove raffiné, à leur image.

À 20 000 lieux des circuits mainstream, 50Weapons force pourtant le respect auprès de ses pairs. Si bien que le grand Marcel Dettmann fait 2 infidélités à ses maisons-mères, que sont MDR (Marcel Dettmann Records) et Ostgut Ton. Le roumain Cosmin TRG a également définitivement élu domicile dans cette structure qui lui va si bien. La sortie de son dernier album « Gordian » a déjà ému la presse spécialisée qui s’est empressée de l’épingler en tête des charts de 2013. De manière générale, les artistes de l’écurie sont constamment en studio et bookés à travers le monde dans les lieux les plus emblématiques de la techno (Rex Club, Berghain, Fabric pour ne citer qu’eux). Comme quoi, la qualité, l’acharnement et la dévotion finissent (toujours) par payer. Comme le crime. Et quand beaucoup de labels stagnent ou se complaisent dans une routine perpétuelle, 50Weapons enclenche la troisième et continue là où beaucoup s’arrêtent. L’Europe en a sous le pied, et ça fait plaisir de le constater une fois de plus.

On observe également une nette progression dans la qualité des travaux graphiques. Alors que les premiers disques, pour la plupart des white labels, se contentaient d’un macaron simpliste, les plus récentes sorties semblent avoir trouvé une ligne directrice : une image des producteurs filtrée, une couleur vive et un cadre blanc style polaroïd. De la sobriété, comme toujours, même si les graphistes s’accordent parfois une petite incartade plus ou moins réussie pour les pochettes d’albums (« Orbiting » de Bambounou).

Lors de la 50ème, 50Weapons devrait cesser d’exister, ce qui est bien dommage pour le monde de l’électronique. Gernot Bronsert et Sebastian Szary restent cependant très mystérieux quant à l’avenir de leur enfant. Leur but : surprendre et se surprendre. Vaut-il mieux s’arrêter sur un succès ou continuer et décevoir ?

Cette semaine est sortie l’EP de Modeselektor en collaboration avec Sound Pellegrino Thermal Team aka Orgasmic & Teki Latex (on est plutôt curieux d’écouter ça…) et beaucoup de nouveautés sont à venir dans les mois qui viennent : de nouveaux remixes de Benjamin Damage par SCNTST et Truncate, sa compilation annuelle « 50 weapons of choice » qui regroupera une bonne partie du crew (Cosmin TRG, Marcel Dettmann) et du nouveau du côté de chez Addison Groove…

@CyprienBTZ