Rakim Mayers aka ASAP Rocky, le gamin d’Harlem constituait à seulement 21 ans l’un des plus grands espoirs du rap East Coast. Il y a 1 an, nous aurions bien parié 3 millions de dollars sur sa gueule, ce que RCA a fait cet été : plus gros deal de l’histoire du rap depuis 50Cent. Aujourd’hui, alors que la sortie de son album approche à grands pas, on préfèrerait investir ces 3 millions sur Air France que sur lui. C’est dire. La bulle de la hype démesurée qui tournait autour de lui s’est trouée aussi vite qu’elle ne s’est gonflée.

Initialement prévu pour juillet 2012, puis octobre et définitivement repoussé au 15 janvier 2013, l’album d’A$AP s’est fait attendre. Ancien dealer reconverti en rappeur, Rocky s’est démarqué au sein de son crew de gueules cassées et aux penchants marqués pour les acides, A$AP Mob, dont il est le membre le plus connu. Sa première et excellente mixtape « Live. Love. Asap. » a rencontré un succès planétaire qui lui a permis de tourner dans le monde entier. A$AP rend hommage à la scène Screw hip-hop texanne dont DJ Screw est le représentant le plus emblématique (repose en paix) et a su s’entourer de producteurs collant parfaitement à son univers : Soufien3000, SpaceGhotPurp et le talentueux Clam’s Casino. Son univers codéiné et son flegme new yorkais rendent ses morceaux sombres et remarquables dans un milieu où beaucoup d’artistes se singent.

C’est également à Rocky que l’on doit la malheureuse démocratisation et l’usage abusif du mot SWAG, jusque dans l’hexagone. Sa musique, très appréciée de la gente féminine et des hipsters européens, a réussi à se faire une place dans les charts du monde entier et sur les sites de référence alors même qu’aucune sortie « officielle » (EP, album) n’avait fait son apparition. Le buzz, au départ bien maîtrisé, fût mal exploité : l’album sorti trop tard a fait patienter son public inutilement et maintenant, l’effet de surprise a bel et bien disparu. On se dit donc que la qualité de l’album rattrapera sûrement ce temps perdu. Il n’en est rien.

Le disque s’ouvre sur une intro blindée de voix dépitchées et les trop nombreuses prod épiques du style Bass pullulent et lassent. Les meilleurs morceaux de l’album sont les singles que l’on connaissait déjà, Goldie et Fuckin Problems, les autres n’apportent rien à l’ensemble. La formule déjà utilisée pour « Live. Love. Asap. » est rongée jusqu’à la corde, aucune surprise. On connaissait les goûts douteux d’A$AP en termes de featuring (Lana Del Rey, Rihanna) mais on ne s’attendait vraiment pas à ce qu’il invite l’horrible Skrillex sur son premier long format. Une honte. En ce qui concerne les autres, on note la présence des rookies de 2012, Kendrick Lamar et Joey Bada$$ ainsi que des rappeurs qui ont le plus fait parler d’eux l’an dernier, Danny Brown, Drake et 2Chainz. D’ailleurs, 1 train réunit Action Bronson, Kendrick, Joey, Danny, Yelawolf et Big K.R.I.T pour un résultat saisissant. À la réflexion, on se demande s’il ne s’agit pas d’un morceau « All Star 2k12 » fait pour permettre à Rocky de récupérer son titre de meilleur espoir du moment. Au final, celui-ci s’enfonce au milieu des flows des autres cadors aux dents qui rayent le parquet.

« Long Live A$AP » ressemble donc plus à un objet marketing destiné à rentabiliser les billets qui ont été investis sur lui. Nous avions probablement de trop grosses attentes, mais est-ce vraiment de notre faute ? Le rookie le plus prometteur de 2011 a fait les mauvais choix de carrière et nous a déçus. En définitive, A$AP Rocky rejoint les rangs des rappeurs qui font des mixtapes meilleures que leurs albums. Beaucoup de bruit pour pas grand chose, certes, mais ne l’enterrons pas trop vite : tout est encore possible…

 @CyprienBTZ