Popcorn Records, structure parisienne placée sous la houlette du duo Siler & Dima, nous a offert ce printemps un équinoxe techno avec la sortie d’un maxi du producteur britannique Aubrey. Il s’agit ici d’un EP composé de tracks conçus pour la grande majorité en plein milieu des années 1990. Le label parisien nous ramène à l’âge d’or de la production électronique d’outre-Manche avec une épopée teintée de moites effluves londonienne d’un Ministry of Sound désormais déchu et des relents acidifiés d’un héritage rave parfois oublié.

Allen Saei est un artiste à compter parmi ces pionniers trop peu connus. Cela ne saurait cependant être dû à une quelconque passivité puisque l’intéressé a multiplié les activités au cours de sa carrière. Il sort son premier EP en 1990 sur le label Ozone Recordings et lance sa propre structure la même année intitulée Solid Groove qui hébergera par la suite une grande partie de ses productions. Parallèlement, il a  acquis une belle réputation en tant que DJ, ce qui l’amena à tenir sa première résidence dans un club de sa ville locale de Porstmouth dès l’âge de 18 ans. Il déménage ensuite à Londres où il a la chance de jouer dans les principaux clubs de l’époque aux côtés de légendes comme Carl Cox avec qui il eut la chance de partager les decks à maintes reprises. En plus de vingt ans de carrière, Allen Saei compte à son actif plus de soixante EP et deux albums. On note également des sorties sur des labels français comme Komplex De Deep ou Syncrophone Recordings et maintenant Popcorn Records. Ancré au cœur de la scène anglo-saxonne de l’époque, Aubrey peut s’enorgueillir de nombreuses facettes qui étoffent sa démarche artistique et nourrissent une intarissable curiosité à l’égard de ses travaux. Disquaire, label manager et compositeur, il absorbe et digère la production musicale de son époque qui transparait ensuite dans son travail. C’est en effet bien là que se situe la particularité de l’artiste, difficilement catégorisable par le syncrétisme souligné de ses productions.

The Vernal Equinox ne transige pas à la règle, il s’agit bien d’une oeuvre hybride aussi bien acid que techno ou house, trois amours qu’ Allen Saei nourrit depuis son adolescence avec un intérêt particulier pour les scènes de Chicago et de Détroit. Il s’agit d’un véritable ovni qui frappe dans un premier temps par l’excellence de son versant dancefloor, mais qui, au terme d’une écoute répétée, laisse découvrir une toute autre densité. Aubrey bâtit avec maîtrise des ponts entre les différents genres, les relie, les entremêle pour créer une matière propre. Les ambiances se succèdent au sein d’un même morceau comme sur « Please To Meet You » qui dans un premier temps résolument deep se tourne alors, avec le changement de bassline, vers des accents plus house et énergique.

Plus globalement, les compositions prennent la forme d’enregistrement de jam sessions réalisées à l’aide d’un large attirail de machines analogiques. Si le travail autour de la boucle est bien présent, l’artiste ne s’y enferme pas et y greffe une démarche évolutive. L’évolution des morceaux n’est pas très éloignée de celles qu’on retrouve sur des morceaux techno avec des montées en puissance progressives et constantes. Pourtant, la force d’Aubrey est de ne pas faire naître l’hypnotique de la répétition, mais bien de la succession rapide de divers patterns. Les évolutions sont parfois assez radicales comme sur le titre éponyme « The Vernal Equinox » où la house musclée de la première partie du morceau cède soudain place à une techno funky puissante et saturée.

Cependant, ces passades de styles en styles tout en nuance ne nuisent pas à l’homogénéité des productions qui conservent malgré leur grande diversité, une cohérence intacte. Seul « Taken Away », véritable bombe club de l’EP échappe peut-être à ce schéma et revêt une construction plus traditionnelle. Composé en 2014, « Air Strike«  se démarque des trois autres tracks composés entre 1996 et 1998 et déploie une atmosphère astrale qui tranche avec l’aspect résolument club du reste de la sortie.

L’EP est d’une grande modernité, cela s’explique probablement du fait qu’Aubrey nourrissait déjà, en plein coeur des 90’s, le désir d’effectuer la synthèse entre différents genres, démarche qui nécessitait la digestion de courants musicaux qui n’étaient encore à l’époque qu’au stade de développement. Il serait en effet bien impossible sans l’avoir lu au préalable, de déceler dans The Vernal Equinox une production old school et c’est précisément là où réside le brio de Popcorn qui propose avec ce maxi une œuvre inédite et dans l’air du temps.

The Vernal Equinox rappelle indéniablement les travaux de Boo Williams dans sa capacité à marier avec autant de finesse la house et la techno et inversement. Aubrey transcende ici l’efficacité club dévastatrice de ses productions pour proposer un Ep sans prétention, mais original et dansant. Popcorn en partageant au grand public ces bijoux oubliés s’illustre un fois encore avec talent .