Batu

Batu, l’un des producteurs de Bristol les plus intéressant à émerger de la scène techno UK, sort son troisième maxi sur son propre label: Timedance. Efficace et singulière, ses sorties chez Livity Sound ont fait de lui un des producteurs les plus en vue d’Angleterre. Mais c’est sur son label qu’il s’exprime pleinement, créant une expérience des plus déroutante et captivante.

Monolith, sa 3ème sortie, et sans doute sa meilleure à ce jour, conjugue des éléments récurrents de la musique électronique anglaise avec une touche plus personnelle et un sound design précis et singulier. Si on y retrouve des beats breaké et des effets emprunté au Dub, le tout est arrangé de façon désarçonnante et imprévisible, créant des effets de surprise et donnant au tout une dimension rafraichissante. Batu semble ici vouloir déconstruire l’idée de techno d’outre manche telle qu’on peut s’en faire et, comme s’il tentait de frustrer intentionnellement tout DJ pouvant approcher cet objet, redéfinir notre manière de vivre la musique de club.

Le morceau titre sert de point de départ, avec son beat lent et décadent, aux sonorités de plus en plus aggressives au fur et à mesure qu’il progresse. Le morceau possède une structure étrange, balisant l’univers de Batu. Le second morceau « Void » est tout aussi inhabituel, avec son beat saccadé modulant sous l’effet d’un delay, et son atmosphère évolutive, il surprend et déroute, jusqu’à l’arrivée d’un charley nous permettant de suivre la mesure et nous y retrouver. Les synthés changent constamment et Batu prend également un malin plaisir a jouer avec les rythmes et la structure. Mais le morceau qui sort sans doute le plus du lot reste « Reez », minimal, avec ses percussions allant et venant, ses breaks explosants au moment où l’auditeur s’y attend le moins et un sample vocal hypnotisant. Batu crée ici une tension palpable, se focalisant sur les montées et les relances qui font l’efficacité d’un track sur un dancefloor, tout en usant d’une palette sonore finement sculptée et non conventionnelle dans ce type d’exercice. Palette qui est complètement retournée par Lee Gamble sur son remix de « Reez », qui clot cet EP. Lee Gamble transforme le morceau en un voyage vaporeux et hypnotisant, lui insufflant la nostalgie qu’on lui connait depuis la sortie de son album « Diversion 1994-1996« 

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Monolith confirme l’ambition de Batu et de son label, qui semble être celle de porter la musique électronique de club vers des horizons plus expérimentaux et audacieux sans pour autant perdre l’auditeur ou le danseur. Exercice qu’il réussit, ici en tout cas, avec brio et qui confirme qu’il s’agit d’un des producteur anglais les plus intéressants du moment, à surveiller de près.