Chilly Gonzales, de l'excentricité au génie

Si l’on parle de lui en ce moment, tout comme Giorgio Moroder et Nile Rogers, c’est plus parce qu’il a collaboré sur le dernier album en date du duo casqué le plus célèbre de l’histoire de la dance music que pour son actualité personnelle. Pourtant, Gonzales vient de renouveler un exercice dans lequel il avait excellé avec « Pianist Envy » en 2010 : celui de la mixtape. Dans « Pianist Envy », il remixait quelques morceaux de ses artistes préférés, 50Cent, Daft Punk ou Claude Von Stroke. Dans « Classical selections », il a préféré laisser libre cours à son talent de compositeur et à ses qualités de pianiste. Rendons à César ce qui est à César.

C’est en rompant les frontières que Gonzales a réussi à se faire un nom au milieu des années 2000 dans un brouhaha sonore dont il était peu aisé de s’extirper. Les Fluo Kids que nous avons été, l’ont connu au travers de personnalités dont il composait la garde rapprochée, comme Teki Latex, pour qui il a produit l’ignoble « Party de plaisir », ou Boys Noize. En bon auto-didacte, il a démocratisé la musique classique en la rendant moins effrayante pour les fils des années 90 que les vinyles poussiéreux qui traînent dans les greniers familiaux rebutaient, préférant un bon extrait des « Tentations » de Passi sur Skyrock. Personnage excentrique, il fait corps avec son piano, son instrument de prédilection, qu’il martyrise et dont il extrait une rage peu contenue. Le voir sur scène est une expérience inédite qui peut s’avérer bouleversante. Après avoir étendu sa touche chez des artistes populaires tels que Feist, Jane Birkin, Christophe Willem ou Arielle Dombasle, cet autodidacte montréalais échoué à Berlin, explose en 2009 le record du plus long concert de l’histoire grâce à un solo de piano de … 27h, 3 minutes, 44 secondes sur lequel son ami Teki est venu poser quelques vers.

La marque Apple lui rend même hommage en rachetant le titre Never stop pour la première pub pour l’iPad (il faut bien manger). Le nom « Gonzales » était ancré dans les esprits. Si bien que ses mains sont plébiscités pour doubler celle de Éric Elmosnino dans le film « Gainsbourg, vie héroïque » la même année. Musicien catégorisé « classique », Chilly Gonzales, nom qu’il s’approprie après l’interjection d’un étranger dans les rues berlinoises, sa passion pour le rap a tôt fait de la rattraper et, par la sortie de « The unspeakable Chilly Gonzales », il décide de ne pas s’enfermer dans une case étroite. Cet album grandiloquent, excentrique, laisse parler la poudre et son démiurge se plonge dans une transe mystique accouchant de ce que l’on pourrait appeler du « rap classique ». Son excentricité le pousse à brûler son propre autoportrait tel un Dorian Gray maudit. Au final, Chilly Gonzales va au bout de ce qu’il avait commencé avec Never stop : allier 2 univers totalement opposés par une production soignée et un flow approximatif. Et pourtant, ça fonctionne, son coffre et sa voix caverneuse sauvant le peu qu’il y a à sauver.

Chilly Gonzales

« Chilly » pour « très frais » ou « frisquet. Oui, la voix de Gonzales, doublée de parties au piano à la limite du baroque, nous fait froid dans le dos. Sa passion nous électrise et un courant de 20 000 volts nous parcourt l’échine à chaque écoute des gammes du musicien à moitié dégarni au regard illuminé. Tel le fantôme de l’opéra, sa géniale folie nous téléporte dans un monde où les limites sont floues, abstraites ou n’existent pas, s’évertue à transposer la musique classique dans un monde auquel elle n’appartient pas. Sourire engageant, classe inégalable, sens de l’humour, Gonzales tend ses mains des 2 côtés du miroir et réconcilie les générations. Mozart, Bach, Beethoven et consorts se retournent sûrement dans leurs tombes à l’heure qu’il est, mais Gonzales éduque bel et bien les profanes que nous sommes, ouvrant une nouvelle porte dans la culture de masse, comme Chassol a pu le faire il y a 2 ans avec « X-Pianos« .

« Classical Selections vol 1 » dure moins de 20 minutes et est disponible en 3 volets, redoublant à chaque fois d’intensité. Elle se situe dans la lignée de son travail sur « Solo Piano » et il vous suffit de renseigner une adresse email valable pour obtenir le premier volet par téléchargement gratuit :

Rémois, Chilly Gonzales sera en concert exclusif à l’Opéra de la ville des rois le mercredi 25 septembre dans le cadre du festival Elektricity.

@CyprienBTZ