Lee Gamble sort son premier EP de 2016 et inaugure une nouvelle série sur son label UIQ: Inversions. Chain Kinematics se compose de 4 titres propulsant encore plus loin le style singulier du producteur anglais.

2 ans après son album Koch, qui le voyait explorer l’idée de déconstruction de la musique de club, à travers un sound design précis et personnel, il réitère l’expérience avec un EP abstrait. Mais loin de se répéter, Lee Gamble creuse ici son sillon, inventant un genre qui n’est indubitablement que le sien. Son travail fonctionne souvent comme une réflexion sur les mécaniques du dancefloor et de l’expérience du club, et Chain Kinematics ne fait pas exception.

« 004 » démarre la face A avec un kick évoquant la techno, et des percussions rappelant l’héritage jungle du producteur. Le tout est appuyé par un clavier aérien rappelant les excursions ambiantes entamées avec l’album Diversions 1994-96. Des samples vocaux viennent sporadiquement, dans un chaos apparent, dérailler la cadence du tout, créant un jeu rythmique complexe. Ici, Lee Gamble se joue de l’auditeur et du danseur, tout en lui apportant le point d’encrage classique de la techno avec ce kick distordu, droit et martial. « For Infernomatics » semble plus abstrait, allant encore plus loin dans la déconstruction.  Le morceau se construit autour d’un jeu où kicks et percussions sont régulièrement interrompus par un clavier éthéré  aux notes longues et minimales avant que le tout ne bascule dans un pastiche acid house à un tempo intentionnellement trop rapide.

« Kinematics » entame la face B avec une techno flottante. Un kick distordu vient donner le pas à des arpèges de synthés étranges. Le tout a un coté des plus hypnotiques. Le producteur sait immerger son auditeur dans son univers où son sound design se fait personnel, abrasif et mixé avec une grande précision. « Cnull » qui clot ce maxi, est sans doute le morceau le plus abstrait, avec des éléments naturels et synthétiques s’entrechoquant dans un fracas toujours très techno et évoquant le garage et la jungle dans les sonorités, décontextualisées pour leur donner un sens tout autre, désarçonnant l’auditeur.

Lee Gamble se montre une nouvelle fois inventif, et offre pour la première sortie de sa série Inversions un condensé de ses talents, qu’il a su affiner au fil du temps. Avec Chain Kinematics, il prouve qu’il s’agit d’un producteur dont on ne sait jamais quoi attendre et qui surprend souvent avec plaisir.