Résolument  old school et partisan de la conservation d’un certain savoir-faire, le label manager de l’écurie Skylax se positionne bien loin des tendance actuelles de  l’industrie. Influencé par des labels tels que Factory, 99 records ou encore Celluloid, Joseph – son vrai nom – distille avec maestria sa vision musicale depuis près de 8 ans. Phonographe à voulu en savoir plus sur cet artiste à part dans le paysage artistique actuel. Au travers de ce mix et de cette interview, nous voulons vous faire découvrir la richesse de l’univers musical de cet artisan du beat.

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– Bonjour Joseph, peux-tu te présenter ?

Hardrock Striker : Bonjour, je suis Hardrock Striker, label manager de Skylax Records. Je suis originaire de Sarcelles et installé à Paris depuis une dizaine d’années.

– Peux-tu nous présenter Skylax ?

Hardrock Striker : Skylax est un label qui défend les musiques électroniques les plus pointues. Je l’ai créé en mars 2004 suite à mon départ de mon ancienne structure Parisonic / Square Roots.

– Quelles étaient les lignes directrices de Skylax au départ ?

Hardrock Striker : Sortir la musique que j’aime. Ca va de la house de Chicago  à l’instar de nos trois  premières parutions qui étaient Jungle Wonz, Denise Motto & Mr Fingers.  Mais il y a également de la New Wave  comme dans mon track control par exemple où j’ai utilisé des unreleased lyrics de Ian Curtis.  La disco est très présente aussi avec Tony Sylvester, LSB Soundsystem (soit Pete Herbert & Baby G, In Flagranti), et l’italo aussi via Cosmic Club notre sous-label où j’ai réalisé pas mal d’edits de vieux tracks ou alors sur Skylax carrément avec le projet de Beppe Loda Italowerk .

On a également de la house et de la deep house faites par les nouveaux talents tels Simoncino, Jason Grove, Snuff Crew, Nicholas et son projet Soul System, Andreas Ghem, Joe drive, June, John Heckle, Violence FM, Perseus Traxx, Rimshooters avec Massimiliano Pagliara ou encore les vénérables anciens tels Carl Bias (du groupe légendaire Master C & J) et évidemment l’unique Terre Thaemlitz aka DJ Sprinkles dont on a sorti l’album en ce début d’année (5/5 sur R.A. fallait quand même le faire !) et aussi la Techno avec Carlos Nilmmns ou encore Jacob Korn.

Bref on couvre tout le spectre mais à chaque fois c’est des coups de cœur et surtout on défend des gens qui ont une vraie identité. On ne sort que du vinyle, on ne fait pas des tracks pour avoir des bookings, un disque ce n’est pas une carte de visite ! Certains diront que c’est suicidaire mais avec une structure telle  que la nôtre qui prend un tel risque à chaque fois, j’estime que c’est un signal fort pour un artiste, ça veut dire clairement : on croit en toi et on te respecte.

N’importe qui peut balancer des tracks sur des plateformes digitales et dire qu’il a un label pour obtenir des bookings, bref ; c’est se faire de la pub sur le dos de mecs qui se cassent le cul à produire des morceaux où il y aura un confort d’écoute, une inspiration, un poésie et ça, c’est super grave. Après tout n’est pas mauvais non plus, il y a parfois des gens qui font du digital mais n’ont pas le réseau vinyle. Mais bon si des mecs sont prêts à payer, (et à « s’emmerder » avec des frais de port etc.), pour acheter ta musique c’est quand même plus gratifiant que de se balader de plateformes en plateformes avec ton nom collé à celui d’autres artistes qui n’ont rien à voir. La plus belle chose dans ce monde, c’est la rareté.

– Cela fait déjà 8 ans que tu tiens les commandes de Skylax Record. Comment vois-tu le label dans 2 ans ?

Hardrock Striker : Toujours pareil : envers et contre tout. Je tiens ma ligne directrice vaille que vaille, sans compromis. Je ne suis pas le marché, ni aucune mode, je reste fidèle à mes principes.

– En 8 ans de travail au sein du label, quelle est ta plus grande fierté ?

Hardrock Striker : L’album de DJ SPRINKLES, c’est de l’art avec un grand A. Et puis bien évidemment, tous les artistes que je viens de citer plus haut et dont je sors les disques, je crois beaucoup en eux, je pense qu’ils ont un immense talent.

– Penses-tu que le temps est la première chose qui affecte la musique ?

Hardrock Striker : Pas nécessairement, tellement de tracks ont été faites il y a maintenant plus de 20 ans et les gens se battent pour les acheter ou les retrouver. Certains  morceaux ne sont plus dispo depuis très longtemps ; en cela il faut remercier tous les gens qui font un travail de réédition admirable tels Rush Hour, Clone, Synchrophone et bien entendu Skylax. Le vrai problème, c’est toujours le digital, tout est disponible tout le temps, ça tue le rêve tout simplement.

– Comment travailles-tu en studio ? Y a t-il un processus de production spécifique pour qu’un track reste intemporel ?

Hardrock Striker : C’est très empirique, ça passe tout simplement d’abord par la structure même des drums (lignes de batteries), puis la basse ; à partir de là tout est possible. Quelques fois ça part aussi d’un sample que j’adore et qui me retourne ; je joue avec pour voir ce que ça m’inspire puis je construis patiemment, au fur et à mesure.

Pour l’intemporalité, alors là j’ai pas de réponses ce serait bien présomptueux mais étant dj, je me prends beaucoup la tête sur le choix de mes disques et de ma sélection et donc forcément quand je compose, ça s’en ressent immédiatement.

– Entre la première sortie de Jungle Wonz et le dernier Ep de Simoncino, comment penses-tu que le son Skylax a évolué ?

Hardrock Striker : Il est devenu peut-être plus moderne parce que si on passe d’une simple réédition à un artiste contemporain, il va ajouter sa patte, son esthétique et donc une certaine nouveauté. Cependant, je crois que l’on est resté fidèle à un certain son, quand même. C’est très « original house ».

Accordes-tu de l’importance à l’esthétique des artworks sur Skylax ? D’où vient le logo ?

Hardrock Striker : Oui, on aimerait bien en faire plus, mais ça coûte très cher,  on s’applique vraiment pour faire de beaux labels (macarons) et puis  on produit aussi des vinyles de couleurs, c’est parfois plus puissant qu’un bel artwork. Pour les albums, ou il y a une release CD alors là,o il y a une belle cover et beaucoup de notes, des explications concernant la release etc. … Par exemple pour l’album « Routes not roots » de DJ Sprinkles, on a mis les textes de Terre et on les a même traduit en français pour notre public.

Le logo, c’est une longue histoire… Pour faire bref, je suis parti à L.A. début 2000 pour monter un groupe de rock dans la veine des Stooges, ambiance « search & destroy », cette chanson m’a toujours fait penser à une espèce de panthère noire, très agressive et puis j’atterrissais toujours à l’aéroport L.A.X. donc un jour ça a fait tilt et j’ai réuni tous ces éléments de façon très naturelle. SKY – LAX, c’est une panthère, c’est moi, donc SKYLAX.

– Quelle est ta position de ce fait quant au marché de la musique aujourd’hui ? Comment décrirais-tu notre temps ?

Hardrock Striker : Il y a un paradoxe assez saisissant, bien que les ventes de vinyles aient chuté, il n’y a jamais eu autant d’artistes et de productions vraiment super qui sortent toutes les semaines. Grâce sans doute aussi au modèle digital, comme quoi tout n’est pas à jeter.

– Quels sont tes projets dans les semaines à venir ?

Hardrock Striker : De l’organisation de soirées, la mise en place de notre site de vente en ligne et puis encore et toujours des sorties de disques. Le Wax Classic 2 avec Nicholas sous le nom de Soul System, Simoncino avec la dernière partie du Warrior Dance ep n°4 avec des remixes de Virgo Four et de Gene Hunt. Après il y aura également une sortie de Cosmic Club « 12 » feat. June avec un remix de Simoncino ; et puis un nouveau sous label pour sortir des tracks plus pop expérimentaux d’un artiste français que l’on aime beaucoup et que je suis personnellement depuis longtemps (je l’ai découvert via Youtube il y a un peu près 1 an) Violence FM.

– Peux-tu nous parler de ton podcast ?

Hardrock Striker : Dans ce mix il y a mes coups de cœur du moment, « the underground’s finest ». Ce ghetto mix comporte des tracks de Moodyman, JMFG, Carlos Nilmmns, Jason Groove, Kink, Rick Wade, Mike Dehnert, Robin S, Lady Blacktronica et beaucoup d’autres!

– Un dernier mot pour les lecteurs ?

Hardrock Striker : Rappelez-vous les gars, « stay underground it pays ! » Love you all !

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