Pour sa 23ème édition, Astropolis revient avec un line-up impressionnant, comprenant entre autres Jeff Mills, The Black Madonna, Karenn ou encore Joy Orbison. À cette occasion, nous avons préparé un focus sur l’incontournable Sam Shepherd, plus connu sous le nom de Floating Points – il sera à l’affiche d’Astropolis le samedi 1er juillet au manoir de Keroual. Originaire de Manchester, le DJ anglais combine de nombreuses casquettes : digger acharné, cofondateur d’Eglo Records, docteur en neurosciences, il est aussi excellent musicien de jazz. Depuis la tournée successive à la sortie de album Elaenia, il s’affirme de plus de plus comme un interprète de haute volée : retour sur la jeune et néanmoins riche carrière de Sam Sheperd.

 

Un producteur de premier plan

La carrière de producteur  de Floating Points commence en 2009 avec la sortie de quatre disques, « Love Me like This » sur R2 Records, « J&W Beat » sur Planet Mu ainsi que « For You / Radiality  » et « Vacuum »sur Eglo Records dont il est le fondateur. Ces disques posent les prémices de ses futures productions avec des sonorités mariant les boîtes à rythmes, les pianos électroniques et les synthétiseurs pour un résultat chaleureux déjà plein d’ambitions.

En à peine une année, Sam Sheperd réussit le tour de force de s’affirmer comme un artiste au prisme large, pouvant à la fois produire des morceaux destinés au club mais aussi au live, le tout avec une patte déjà singulière. L’année suivante il enchaînera avec un disque sur Ninja Tune avec le Floating Points Ensemble, un disque qui sonne comme une introduction à ce que sera son album Eleania quelques années plus tard. Les deux titres « Post Suite » et « Almost In Profile » témoignent déjà de ses qualités d’arrangeur. On y découvrira également son affection particulière pour les cuivres et les cordes, le tout donnant une dimension presque religieuse à ses productions. Ce disque est aussi l’occasion de découvrir une chanteuse pleine de promesses dont l’interprétation et l’émotion sublime chaque note de la ligne de voix : Fatima.

Patron de label et DJ de renom

Évoqué précédemment, il fonda Eglo Records avec Alexander Nut en 2009.  En presque 10 ans, le label s’est fait une place de choix dans le paysage musical anglais jusqu’à étendre  son aura aux 4 coins du globe. La voix de Fatima s’est ainsi vu cristallisé en un superbe album, Funkineven y sortira d’excellents EPs et plus récemment c’est la disco de Sauce 81 et le producteur Henry Wu qui ajouteront des sorties de qualité au catalogue du label londonien.

En parallèle, Sam s’affirme comme un DJ et un sélecteur de haut vol. Mélomane depuis son enfance, il parcourt le monde à travers ses DJ sets et se perd chez tous les disquaires sur son chemin à la recherche de la perle rare. Ces découvertes, il les transmets à travers sa résidence sur NTS Radio, une émission qu’il anime depuis 2013 et où la soul, le jazz, le funk et le disco ont une place de choix.  Parmi ses guests de luxe, on citera son acolyte Four Tet, CaribouMr. Wonderful ou encore le génial Sadar Bahar.

Parmi ses sélections les plus marquantes, on retiendra « Summer13at45 » et « Summer14inBrazil », deux mixes consacrés à la musique brésilienne qu’il publia respectivement en 2013 et 2014 et qui introduisent de manière qualitative tout néophyte à la musique du pays de la bossa nova.

Un jazzman qui s’affirme sur scène

Non seulement DJ et producteur, Sam Shepherd peut se targuer d’être musicien. Enfant, il fait ses armes en tant que choriste à la cathédrale de Manchester, prend des cours de piano et découvre la musique savante et le jazz via l’un de ses professeurs. Son premier LP, Elaenia (2015), traduit une certaine évolution de son style : loin de la dance music, l’album se déploie en sept pistes d’improvisations (qui ne devaient former à l’origine qu’un seul morceau), Floating Points étant accompagné de ses musiciens. L’autre aspect remarquable des ses compositions, souvent oublié, réside dans les arrangements, science difficile s’il en est. Pas évident, en effet, de combiner les timbres sans tomber dans le déséquilibre ou la surenchère.

Quand il s’agit de poser un nom sur sa musique, Sam Shepherd a du mal, et à raison, tant les influences sont diverses et intriquées (jazz, musique classique, rock, broken beat,..) – pour le magazine Mojo, cet album serait « une synthèse visionnaire, de Debussy à Bill Evans, de Talk Talk à Theo Parrish ». Cette synthèse n’est pas le fruit d’un hasard : Sam raconte dans une interview au Guardian qu’il a un jour cessé de considérer « la musique classique et le jazz comme deux choses différentes ». Plus loin, il ajoute que « Kenny Wheeler est si beau que sa musique aurait pu être celle de Rachmaninov ». Sa conception de la composition tient à tout cela : s’il fallait en revanche qualifier l’état d’esprit la caractérisant, on parlerait sans nul doute de jazz, musique improvisée par excellence. Au-delà du cas Elaenia, Floating Points joue de plus en plus en live, accompagné de son orchestre – le Floating Points Ensemble, composé de seize musiciens – participant au renouveau actuel de la scène jazz. À voir entre autres, son morceau « Kuiper », sorti en mai 2016, improvisation épique de 18 minutes.

Cet été c’est son court-métrage « Reflections » qui verra le jour et donc les premiers extraits sont déjà disponibles. La vidéo complète est temporairement visionnable en avant première via Boiler Room et n’est pas sans rappeler une certain live à Pompeii… D’ici-là, la bande son du film est disponible depuis aujourd’hui sur toutes les plateformes : une magnifique pièce en 6 parties comme Floating Points sait si bien le faire.