Un live à quatre mains, en expérimentation (presque) totale, entre Myako & Basses Terres ? L’idée nous parait si limpide que c’est à se demander pourquoi cela n’avait pas été mis sur pied plus tôt. Innoxia, c’est pourtant, de prime abord, un objet expérimental un peu opaque : présenté pour la toute première fois en avril dernier lors du festival INASound (de l’INA), le duo évoluait alors dans une (micro) jungle reconstituée sur scène, au centre de la pièce. Le tout, en quadriphonie pour une immersion totale dans le sujet : une exploration d’une jungle tropicale fantasmée, mystique & perdue. Des bruits sourds, des cliquetis de machines et des bruits d’êtres qui passeraient par là. S’il fallait résumer et simplifier, un ambient tropical et songeur, onirique presque.

Mais c’est évidemment plus que cela, et il a fallu que l’on déploie des trésors d’imagination pour déchiffrer les réponses à nos questions. Un peu comme une jungle, finalement. On avance à tâtons, non pas armé d’une machette pour découper la végétation devant nous – ceci n’existe pas – mais avec nos yeux, nos oreilles & le reste de nos sens grands ouverts.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, la soirée où devait se produire le duo – Musique Vivante, dans le cadre du Red Bull Music Festival Paris – est annulée, faute d’un arrêté préfectoral visant Dehors Brut, le club éphémère de Suprize!, l’équipe derrière Concrete. Reste alors la musique, qui, à l’image du est même plus belle quand elle saupoudre délicatement nos activités quotidiennes. Et, comme pour conjurer le mauvais sort, Innoxia nous a livré une heure de musique pour notre série de podcast. C’est étonannt, beau & onirique, et c’est à écouter juste après ces quelques lignes. 

Hello ! Merci d’avoir accepté ces quelques questions. Comment ça va, déjà ?

Les forêts brûlent.

Vous aviez présenté le projet une première fois pour l’INASOUND, en avril dernier. Est-ce que le live est très écrit ? Et si oui, comment est-ce que l’on intègre un retour d’expérience pour la date suivante dans une prestation comme la votre ?

C’est un récit de voyage imaginaire. Les animaux aiment adapter leur chants à différentes natures sonores. Dans notre langue nous n’intégrons pas les idées de passé et de futur, mais nous nous promenons toujours avec nos amis animaux et nos arbres, et ils nous aident sur le moment.

« Inoffensif », « innocent », « non-blessé/touché » : ce sont les synonymes d’Innoxia. Celle fait référence à quoi, mis à part la jungle amazonienne que vous personnifier sur scène ?

Nous aimons écouter l’écho des insectes dans les tréfonds, la couleur des fleurs qui s’ouvrent, et le bruit des racines qui poussent. Nous aimons caresser l’écorce des arbres et prendre leurs feuilles entre nos mains. Nous aimons le goût des messages biochimiques et l’odeur des nuages qui s’amoncellent dans la vallée.

L’idée de pureté me vient à l’esprit : est-ce que la musique, quelque soit le style, peut être « innocente » de toutes influences, revendications, poses ?

La musique que nous enregistrons nous est murmurée par un petit être du nom de lonomia obliqua. il semble être relativement insensible aux modes et tendances du moment, malgré les conseils de son ami le taureau rouge.

Pourquoi la jungle, et pas, par exemple, le Sahara, ou une autre région un peu fantasmé du globe ?

L’eau, et les rêves.

Comment est-ce que vous avez mis en place la structure du live avec les outils de l’INA ? Comment on pense un live de cette façon (multi-diffusion), bien moins simple que d’ordinaire ?

On respire très fort, et on expire dans plusieurs enceintes. En se concentrant et en s’entrainant pendant des heures dans un studio du GRM (Groupe de Recherches Musicales de l’INA), on a appris à contrôler les localisations et les mouvements, et déceler les réactions du public aux mouvements de leurs antennes. La rencontre avec le grand chaman François bayle funk a aussi été un moment décisif dans notre apprentissage.

Pour revenir au départ, comment l’idée est-elle née ?

Nous nous sommes retrouvés une nuit en haut d’une grande structure en béton, entouré de tonneaux et de citernes, et de cylindres en verre, parmi les vibrations de l’air cadencés en rythme, au milieu d’humains aux grande pupilles. Sous l’effet de la sérotaurine. Après avoir discuté de nos villages respectifs, nous avons conclu une alliance.

Est-ce que ce projet est amené à évoluer, changer, tourner à l’étranger même ?

Nous n’aimons pas les engins ailés métalliques, mais nous aimons marcher à pied et franchir des nouvelles crêtes, découvrir de nouvelles forêts.

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