Nicholas est un jeune producteur de house et DJ italien dont les sonorités évoquent le Chicago des années 1980. Son actif en terme de productions et de remixes depuis ces cinq dernières années se révèle assez impressionnant : on ne compte plus ses sorties sur des labels étrangers tels Nu Grooves Records, Quintessentials, 4Lux, Foul & Sunk… ni même ses dates aux quatre coins du monde. A l’occasion de sa venue à Paris ce vendredi 27 mars, booké au Djoon pour l’anniversaire de l’émission de radio Make It Deep, nous en avons profité pour poser quelques questions à cet homme aux multiples allias.

Bonjour, Nicholas, peux-tu te présenter ?

Bonjour, je suis italien et je vis dans la très belle ville de Perugia. C’est de là qu’est née ma passion pour la musique house, après beaucoup d’années passées dans les clubs de cette ville, écoutant la multitude de DJs extraordinaires que Perugia a toujours offert. Aujourd’hui, je me retrouve à la fleur de la trentaine, divisant ma vie entre deux activités très importantes et tout aussi différentes : celle d’avocat et celle de producteur/DJ. Inutile de préciser laquelle des deux je préfère.

Parle-nous de ton éducation musicale ?

Mon rapport à la musique remonte à quand j’étais petit garçon, j’ai toujours aimé la musique dance, sous toutes ses formes. Tout d’abord, dans sa version plus commerciale, pour passer ensuite graduellement au son underground. Mon parcours a vraiment été naturel, basé sur une croissance survenue lentement et par étapes. Cela m’a permis d’apprécier la musique à 360 degrés, sans idées préconçues, bien qu’ayant une prédilection pour la musique disco et house. A partir de l’âge de 5 ou 6 ans, j’ai découvert la musique dance et je ne m’en suis jamais lassé. C’est resté mon unique et plus grande passion. Pour parler de mon éducation de musicien au sens strict, et je ne peux pas dire que j’en ai une particulièrement solide, je cherche à agir spontanément, suivant mon instinct. Je n’ai jamais étudié la musique.

Quelles sont tes influences musicales ?

Mes influences sont très nombreuses, il faudrait une interview à part entière traitant du sujet pour toutes les citer. Toutefois, si nous voulons nous limiter au panorama dance, je citerais inévitablement la musique disco dont la musique du Paradise Garage (ancienne discothèque new-yorkaise) et son évolution naturelle dans la musique house des années 1980 et 1990 créée par des producteurs comme Ron Trent, Romanthony, Cajmere, Masters at Work. J’ai grandi avec ce genre de références. Cela peut paraître monotone de citer ces noms qui sont déjà sur les bouches de tout le monde, mais des gens comme MAW ont véritablement porté la musique house à un niveau inégalé. Mes influences ne peuvent venir que de ces artistes. Étant né en Italie, je suis aussi très lié à toute la scène italohouse, donc aux artistes comme MBG, Flavio Vecchi, Gemelotto et Irma Records pour ne citer qu’eux.

Dans ta région natale, la culture club est-elle développée ?

Bien sûr que oui, Perugia est une ville qui a toujours été un épicentre de la scène italienne, avant même que je naisse. Particulièrement grâce au légendaire Red Zone Club, en activité à toute heure depuis plus de 20 ans, avec ses résidents Sauro et Ricky L. Leurs sets ont donné des leçons de musique house et ont élevé plusieurs générations de DJ’s, moi y compris. C’est dans ce club que j’ai développé ma culture musicale et je crois que de nombreux DJs et producteurs de Perugia doivent énormément à ce club. Beaucoup de choses sont parties de là.

Vu tes dates passées et futures, tu joues principalement à l’étranger. As-tu la même reconnaissance en Italie ?

C’est une bonne observation, il est vrai que je joue beaucoup moins en Italie que dans le reste de l’Europe. Je peux dire par exemple que j’ai plus souvent joué en France que dans mon propre pays, juste pour avoir une idée. Ça a toujours été comme ça depuis que j’ai commencé et je crois que c’est dû au fait que dans mon pays, il existe un certain culte de l’extérieur. En Italie, les artistes internationaux sont favorisés au détriment des artistes nationaux.

Tu produis de la musique, mais fais aussi beaucoup d’édits. Par quoi as-tu débuté ? 

J’ai commencé comme beaucoup d’autres producteurs en utilisant des logiciels et des équipements d’amateurs, pour m’amuser. Je cherchais à recréer le son que j’aimais écouter, sans savoir exactement ce que j’étais en train de faire. Ce fut grâce à ces premières expériences que je suis ensuite entré en contact avec des personnes plus expérimentées que moi dans le monde de la production, qui m’ont redirigé dans la bonne direction. Pour revenir à ta question, je n’ai pas commencé par faire des édits, durant les cinq premières années au moins, je n’ai produit que des tracks originales. D’autre part, je me suis essayé à un genre qui unissait techno, house et musique africaine. Des mixs comme « Sandcastles«  de Denis Ferrer furent une grande inspiration à cette époque. L’idée de faire des edits est venue beaucoup de temps après, mais je n’ai jamais laissé de côté la production de tracks originales. En réalité, je n’ai pas fait énormément d’édits ; certains les définissent de la sorte, mais moi je les considère avant tout comme des remixes, si ce n’est des nouveaux morceaux qui se basent simplement sur la bonne vieille technique du sampling. Par exemple les vieux Johnny D & Nicky P sur Henry Street, qui ne s’appelaient pas edits. De nombreux morceaux se fondaient exclusivement sur du sampling de parties entières de tracks disco et soul.

Qu’est-ce qui t’amène à faire le remix d’un morceau ?

Ça dépend, parfois je me lance volontairement dans l’écoute de disques pour chercher quelques samples pouvant être le fondement d’un nouveau morceau. L’idée de partir d’un sample à partir de vieux morceaux disco et soul me plaît aussi, ne serait-ce que pour 4 mesures, dans le but de créer une nouvelle track tout autour. C’est un long processus, je commence par extraire les disques de la collection, puis je les écoute attentivement un par un. Une fois choisis, il faut les enregistrer et essayer de réaliser la bonne idée qui au final ne finit pas toujours comme on l’imaginait au début. Tout cela demande beaucoup de temps. Sachant que je ne suis pas un utilisateur d’Ableton, les morceaux originaux ne sont pas automatiquement temporisés par un programme, je dois donc manuellement assurer un long enchaînement de copier-coller toutes les deux ou trois mesures. Selon moi cela donne des résultats qualitativement meilleurs, du moins selon ma conception.

Quels ont été tes premiers outils de travail ?

Je suis parti de rien. À mes débuts, j’avais un logiciel démo et un ordinateur plus que basique relié à un home stéréo. Puis comme je disais précédemment, j’ai connu certaines personnes plus expertes que moi qui ont su me conseiller sur la bonne voie. L’étape suivante a été d’acquérir des écrans de qualité, le bon casque, la carte son et tout le reste.

Tes performances musicales sont en live. Prépares-tu à l’avance ton live ou te laisses-tu une certaine marge de liberté ?

Naturellement, je ne suis jamais la même séquence. J’ai une série de tracks à disposition pour le live et je choisis celles à jouer selon la situation et le type du club. La majeure partie du live se base sur de petites saynètes préparées spécialement pour le set. Ce sont donc des tracks inédites que je m’amuse à développer durant la soirée, me basant sur la réaction du public. Le live est une grande émotion, ça me permet toujours de m’exprimer au maximum, étant donné que tout ce que je propose est ma propre musique. Dernièrement, je dois dire qu’après des années de live, j’apprécie de plus en plus le bon vieux DJ set, pendant lequel je peux proposer tout ce que je veux, sans être exclusivement confiné à des morceaux de ma production. Avant même de produire de la musique, j’ai commencé en achetant des disques. L’émotion de pouvoir partager des disques que j’aime tant avec le public est donc quelque chose d’important. Je ne pourrais pas me contenter de m’exhiber seulement par le live.

Tu as été édité sur de nombreuses maisons de disques différentes. Comment les opportunités se présentent-elles ? 

Actuellement, je ne saurais pas dire avec combien de labels j’ai travaillé, mais c’est vrai qu’ils sont nombreux. J’ai collaboré avec beaucoup de personnes sur ces dernières années, bien que depuis peu, j’ai commencé à resserrer le cercle et je collabore avec un nombre de labels plus restreint. Les premières opportunités sont arrivées en ligne. Ma première realease est née par hasard, j’avais fait une track qui me plaisait, j’ai décidé de la télécharger sur Soundcloud et un label qui me plaisait beaucoup m’a contacté, car il voulait la presser : ça s’est déroulé simplement. Ce label, c’était Small World Disco sur lequel ce fut ma première sortie sous le pseudonyme NI,  que j’utilisais pour les bootleg. Le propriétaire de ce label a ensuite décidé d’en créer un nouveau appelé  No More Hits, initialement lancé uniquement pour mes productions. Voilà comment tout a commencé.

Tu as différents alias : Ni, Nims, Soul System et Nicholas. Quelle est la différence entre les quatre ?

En vérité, il n’y a aucune différence. J’ai utilisé Nims seulement une fois pour sortir un bootleg fait avec un autre producteur, qui est un ami : Dj Soch. Soul System, au contraire a été pour un projet sur Skylax à un moment où j’avais beaucoup de releases en train de sortir, j’avais donc besoin d’un autre pseudonyme pour varier.

Quels sont tes projets futurs ?

En ce moment il y a diverses choses en chantier. Dernièrement j’ai beaucoup collaboré, chose que je faisais rarement au début. Ma prochaine sortie sera sur 4lux, c’est une collaboration avec un artiste extraordinaire de New York, Madafi Pierre, que j’ai découvert par son projet en coopération avec Jus Ed. Nous avons créé deux tracks, j’ai fait le beat et lui les vocaux, ça sortira très prochainement. J’ai aussi une autre collaboration sur le point de sortir avec un artiste de Detroit, Nikki-O. Je crois qu’en ce moment c’est une des chanteuses qui m’enthousiasme le plus, elle a un style et une personnalité autant dans la voix que dans ses textes, inégalables. Elle a écrit un morceau appelé « Ghetto Opera », qui présente un texte super puissant, alors que c’est un élément qui passe toujours au second plan dans la musique house. Je l’ai découvert sur l’un des extraordinaires LP qu’a publié Mahogani Records et d’autres collaborations qu’elle a récemment fait avec Moodyman. Je l’ai contacté personnellement en ligne pour lui proposer de faire quelque chose ensemble et en quelques semaines la chanson était écrite.

Merci à Nicholas pour son temps.