Darren J. Cunningham a.k.a Actress revient en ce début d’année avec un nouvel album, Ghettoville. Le producteur anglais à ainsi choisi  de refermer un chapitre de son histoire avec ce brumeux quatrième opus, qui sera, selon ses dires, le dernier sous le pseudonyme d’Actress. 

Avec R.I.P, l’album précédent,  Darren Cunningham avait probablement réalisé l’album le plus ambitieux de sa carrière. Minimal, direct, ses ambiances n’étaient pas sans rappeler quelques uns des plus brillants tracks d’Aphex Twin, convoquant également les fantômes du UK Garage et de la Techno Rave des 90’s.

Ghettoville semble suivre cette lignée tout en étant plus sombre, plus abstrait encore, allant là où l’on se sent le plus inconfortable, créant ainsi une forme de malaise. Là où R.I.P semblait plus taillé pour les clubs, Ghettoville invoque une dislocation des mouvements et des corps dans une danse plus macabre que festive.

Il se peut qu’il y ait une part de cynisme dans cet opus composé de boucles abrasives dont la redondance est poussée jusqu’au dégoût, à l’image du premier morceau « Forgiven ». L’interessé à d’ailleurs avoué composer et mettre en forme ses morceaux jusqu’à ce que l’envie lui prenne de les supprimer.

La brutalité de l’ensemble ne cache pas moins une diversité propre à Actress. De la dub à la techno en passant par le hip hop et la funk (on peut même entendre une rapide plongée dans le disco sur les titre « Birdcage » et « Gaze »), les morceaux naviguent dans ces univers tout en ne faisant que les survoler, en empruntant quelques codes essentiels apparus au fil du temps. Actress détourne ces codes et ces genres pour les faire entrer dans les abysses de son univers. Il semble ainsi s’insèrer dans une forme de rétrospection, s’inspirant du courant hantologique actuel. Difficile à écouter, beaucoup passeront leur chemin sur des morceaux tels que « Street Corner » ou « Towers ».

Certaines exceptions cependant rappellent la grandeur des précédentes sorties d’Actress tel le morceau « Our » où une magnifique mélodie de clavier, minimale et aérienne, vient apporter un peu de lumière à l’ensemble. L’interlude « Don’t » également, avec sa voix déclamant « Don’t stop the music » brille par sa simplicité et offre une forme de naïveté salvatrice dans ces brumes tortueuses qui sous tendent l’album. « Rap » nous rappelle une forme de hip hop désormais perdue, qui fut celle de la fin des 80’s, laissant ainsi à l’auditeur un goût de nostalgie et lui laissant entrevoir les origines d’un des plus important courant du début de notre siècle.

La production globale, vaporeuse, imprécise, est un brin décevante également bien que le fruit d’un choix artistique apparent.

Si R.I.P constituait finalement la mort de l’avatar Actress, Ghettoville en est le fantôme, nous saluant une dernière fois avant de rejoindre le silence.

L’intérêt de cet album ne réside finalement pas tant dans ce qu’il contient que la démarche qu’il met en place, ramener au monde des éléments primitifs ayant constitué la musique d’aujourd’hui, en rappelant et poussant à l’extrême leurs codes et leurs usages.

Et en attendant la sortie de Ghettoville, vous pouvez toujours écouter ce podcast donné au site XLR8 en début de semaine

Actress – Ghettoville (Ninja Tunes/Werkdiscs) sortie le 27 janvier 2014