Equiknoxx est un collectif de Dancehall originaire de Jamaïque et leur première sortie a de quoi impressionner. Compilé par le label DDS (Demdike Stare), ces 12 beats et riddim datant de 2009 à aujourd’hui nous emmènent dans une Jamaïque aux contours futuristes, tant festive que violente et étrange. Car  Gavsborg et Time Cow,  Bobby Blackbird et Kofi Knoxx, accompagnés des flows résolus de Kemikal, Shanique Marie et J.O.E. ne sont pas là pour blaguer. Leur musique résonne d’une étrangeté salvatrice, leur Dancehall mutant côtoie ainsi le grime et le dubstep. Une culture qui revient à ses origines, après avoir muté au Royaume Uni, pour révolutionner son héritage et offrir un vent de fraîcheur à un genre en manque de renouveau significatif.

Si le collectif fait preuve d’un sérieux dans son approche de la production et de l’esthétique, il n’en reste pas moins décalé, développant un univers fantasmagorique et absurde, loin des clichés du genre. En témoignent les titres des morceaux, tous plus absurdes les uns que les autres tels que « Porridge Should Be Brown Not Green » ou encore « A Rabbit Spoke To Me When I Woke Up ». Le son d’Equiknoxx s’est forgé au fil des années et s’est personnalisé, lui donnant une singularité traversant la barrière des genres. Inscrit depuis plus de 10 ans dans le paysage du Dancehall jamaïcain (producteurs du tube Step Out de Busy Signal et de nombreux instrumentaux pour T.O.K ou Beenie Man), ce collectif appose pour la première fois son nom sur un album démontrant l’étendue de leurs influences et de leur talent aux manettes. « Last of the Mohicans » en ouverture du disque, démontre l’audace dont font preuve les producteurs, mélangeant sonorités grime à une structure évoquant la dub et le dancehall, le beat groovy et efficace attire fatalement l’oreille tant la production est précise, sans fioritures. Véritable petite bombe de dancefloor, ce morceau préfigure assez bien le style de l’album et inaugure une signature sonore qui pourrait bien redéfinir le genre. On peut également y entendre une voix maniérée invectivant la critique: « Hi haters! Bye haters! » peut-on ainsi entendre au détour d’une pause dans cette frénésie pulsative. Une façon de montrer que Equiknoxx se moque bien de rentrer dans les codes, tout en démontrant une certaine dose d’auto dérision rafraîchissante.

Les rythmes sont souvent breakés avec intelligence et utilisent des sonorités assez variées, allant de la percussion acoustique aux sample vocaux désincarnés en passant par des boîtes à rythmes typiques de la house ou de la trap, comme sur le morceau « Congo Get Slap Like A Congo Get Slap », furieux mélange explosif pour dancefloors. Sur « The link » on peut entendre des bruits d’oiseaux, au dessus d’une ligne mélodique festive, ce qui constitue de fait la marque de fabrique des producteurs (d’où le titre de l’album). De manière générale, le choix des samples renforce la dimension fantasmagorique du collectif, et semble déstabilisant : musique classique, BO de films d’horreur, cloches dissonantes ou voix inintelligibles, tout est matière à nourrir ces grooves décalés.

Equiknoxx offre avec Bird Sound Power une pièce fondatrice d’un genre nouveau, où le dancehall se mêle à la culture mondialisée de l’internet, dans un fracas aussi drôle qu’inhabituel et où la production, par sa précision et sa singularité, nous appelle à une danse sans complexe. Jouant des clichés et déstructurant leur propre héritage, les producteurs donnent à entendre un des disques les plus intéressants de cet été.