On a pu retenir de 2012 un revival certain du R’n’B insufflé par des types comme Drake, The Weeknd et Switch depuis plus de 2 ans. Si l’on s’imaginait ce genre mort et enterré après les 2 vagues de succès qu’il a connu au milieu des années 90 et en 2000, Frank Ocean s’est bien décidé à lui donner une 3ème vie.

Originaire de Louisiane, il quitta sa Nouvelle-Orléans natale pour la cité des Anges lorsque son studio fût détruit par Katrina, studio acquis à la sueur de son front en lavant des pare-brises sur le périphérique. C’est peut-être ce sens des valeurs qui le différencie tant de ses comparses d’Odd Future qu’il a rejoint lors de son arrivée à LA. Lorsque le gang explose, il se fait discret et s’efface derrière quelques refrains sur les mixtapes qui ont valu à OFWGKTA tant de succès. Fin stratège, il pose des pions chez Jay-Z & Kanye West qui ont remarqué son potentiel et pose sur No church in the wild et Made in America. Il va même voir du côté de chez Beyoncé ou Justin Bieber se défendant d’agir comme un puriste. Soit. Il fait ensuite parler de lui avec une lettre numérique ouverte dans laquelle il fait son coming out qui a fait beaucoup de bien à ces saletés d’homophobes de son équipe.

L’annonce de la sortie de « Channel ORANGE » ne s’est pas faite sous les meilleurs augures. Après une horrible mixtape, légère et mielleuse à souhaits (c’est du R’n’B mais il y a des limites), Frank Ocean a sorti une série de singles dont « Pyramids », très peu convaincant, avec une production torchée à faire sauter ses plombages. C’est donc avec méfiance que nous avons abordé ce premier album. « Channel Orange » fait référence à la synesthésie graphème couleur, phénomène neurologique que Raimbault & Baudelaire évoquaient dans leurs écrits. Les synesthètes perçoivent les lettres et nombres d’une certaine couleur. On ne sait pas si Frank Ocean en est atteint, une chose est sûre, il n’a rien d’un Baudelaire ou d’un Rimbaud. En revanche, son premier album s’avère ne pas être aussi mauvais qu’on l’imaginait.

Après l’écoute des 3 premiers morceaux de l’album, la sauce prend et on se laisse porter. Sentiment étrange, on n’est pas vraiment prêt à assumer ce petit refrain que l’on se surprend à fredonner. Frank Ocean laisse la part belle aux musiques noires dont il a été influencé depuis le berceau et ajoute une touche électronique rendant l’ensemble plus actuel et sensible. On apprécie le ton mid tempo reposant et les grosses phases de synthés qui colorent l’ensemble. Sa voix haut perché rend son travail vivant et aligne les 18 morceaux sur une même onde. On ne peut qu’être envoûté par l’instru soul de Pink matter, les basses clinquantes de Pilot Jones ou la prod jazzy de Crack Rock. Les featurings sont très rares mais bien choisis, 2 membres d’Odd Future dont Earl Sweatshirt qui s’est démarqué en 2012 et Andre 3000 du mythique OutKast qui cherche à relancer sa carrière. Frank Ocean nous nous fait le coup de la track cachée avec un final End / Golden girl en grandes pompes en compagnie de Tyler The Creator.

Il s’agit là d’un R’n’B de qualité que l’on ne peut mépriser mais « channel ORANGE » n’a pas de quoi casser 3 pattes à un canard. On prend plaisir à l’écouter 2-3 fois au volant de sa voiture, mais après ça devient lourd. Point trop n’en faut.

@CyprienBTZ