Goma Gringa, c’est un label issu d’une envie commune de deux amis, Matthieu Hebrard et Frédéric Thiphagne, deux français installés à Sao Paulo qui ont choisi de s’attaquer au patrimoine musical brésilien, comme on a pu le voir l’an dernier avec leur réédition du très convoité album de candomblé de Tribo Massahi, Estrelando Embaixador. Mais leur projet ne se limite pas à cela et ils ont aussi fait le choix  de produire des artistes brésiliens récents qui, à chaque fois, mélangent traditions et composition moderne. C’est ainsi que l’on retrouve sur cette compilation composée avec Antal douze titres d’artistes ayant tous signé sur le label et représentant de la sorte la nouvelle scène de la musique moderne Brésilienne. 

Le vinyle sorti du carton, on tombe sur une pochette forte en couleurs, reprenant une photo pleine d’émotions. Tirée de la série « In Process » et réalisée lors des manifestations violentes à São Paulo, la photo de Victor Dragonetti est parfaitement choisie pour une compilation voulant dresser un tableau de la scène moderne paulista. Sur les douze morceaux de l’album, sept sont issus du groupe Méta Méta ou de certains de leurs membres. Méta Méta est l’association de la chanteuse Juraça Marçal, du guitariste Kiko Dinucci, auquel est venu se joindre plus tard le Saxophoniste Thiago França. Leurs compositions reprennent les fondations rythmiques et spirituelles du Candomblé (musique traditionnelle religieuse), auxquelles sont ajoutées des structures d’influence multiples, allant de l’afrobeat et de l’afro-samba au rock progressif. De ce mélange musical souvent improvisé, désordonné et au climat parfois chaotique, émerge soudain la voix habitée de Juraça, qui incarne « Exu », la divinité gardienne du Candomblé.  Pour les intéressés, le groupe Méta Méta se produira d’ailleurs en banlieue parisienne le 2 octobre.

Quatre des autres morceaux de la compilation sont tirés des deux albums de Rodrigo Campo. Rodrigo, à l’instar des artistes Stage & Screen, tente d’imager au maximum sa musique. Sa démarche est d’utiliser la géographie et de laisser son imaginaire définir ou redéfinir les espaces sur lesquels il se concentre. C’est en musique qu’au travers de ces deux albums il imagine Sao Mateus, sa ville natale, ainsi que Bahia et le Japon. De ce monde parallèle défini par Rodrigo découle un ensemble jazz parfois décousu aux tendances psychédéliques où sa douce voix rend le voyage à ses côtés très accessibles.

Enfin, Vicente Barreto a été choisi pour un des morceaux de l’album. À la différence des artistes précédemment présentés, le parcours musical de Vicente Barreto démarre au début des années 1980. Après une carrière auprès des grands de la MPB (Musique Populaire Brésilienne), Vicente décide 30 années plus tard de se donner une seconde chance au travers de nouvelles rencontres, de nouveaux amis, qui lui permettent de faire émerger de nouvelles idées musicales. C’est ainsi qu’il rencontre les membres de Méta Méta ainsi que Rodrigo Campos et bien d’autres artistes et qu’il leur propose de venir s’ajouter à sa voix et son violon au sein des studios Red Bull pour réaliser une samba bien plus moderne avec un travail impressionnant sur les rythmes et les harmonies.

On vous laisse savourer le reste de la compilation compilée sur cette playlist Youtube.