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Toute quête a son énigme. Kwes, lui, interroge la musique et cherche à explorer ses confins, nous, nous tentons de comprendre l’homme et son œuvre. On sait peu de choses sur lui. Est-ce par timidité ou humilité que Kwes ne laisse rien paraître et qu’il ne fait pas de bruit ? Beaucoup des deux. Un homme ne peut être qu’humble et timide devant sa création, surtout lorsqu’elle est si forte. Il est calme et droit, sa musique elle est frénétique, comme un animal enragé. Alors qu’il vient de sortir son album (Ilp) chez Warp, il ne se déverse pas dans le torrent du succès et semble à peine flirter avec l’industrie de niche.

Kwes se laisse difficilement résumer, difficilement déformer. Il propose son univers, et sa musique s’impose à nos sens par ce qu’elle a de plus raffinée et inspirée. Pop, Soul, Ambiant, Experiment, nul ne pourrait vraiment le mettre dans une case : il fait de tous les genres son propre genre. La seule réponse que l’on trouve à cette énigme réside dans sa musique qui se confesse si tant est qu’on lui prête l’oreille. Alors écoutons :

Kwes – 36 (vidéo) 

Commençons par 36,  le single de son nouvel album Ilp. Dans une mélodie faussement naïve, il nous prend au dépourvu. Ce qui semble de prime abord un bon tube raw, se révèle être une douce balade, avisée et protectrice. Le clip l’habille du décor d’un quartier résidentiel de banlieue, celui du South London où il a passé son enfance. Ici, il rend hommage à ces grands-parents, eux-mêmes qui l’ont initié à la musique en lui offrant son premier instrument à l’âge 4 ans.

Et la balade continue : il enfile ses rollers et s’enfonce dans des souvenirs félins.

Kwes – Rollerblades

Si l’album « Ilp » est expérimental, il reste bien dans la lignée de ses débuts non timorés et triturés, où il se laissait guider par le jeu de la création, aux côtés de Michachu, autre figure énigmatique du paysage musical anglais. Les mixtapes «Kwesachu», naissent de cette union anti orthodoxe entre deux genres a parts entières, l’un flegmatique et introverti, l’autre sanglant et débridé. Un résultat saisissant, véritable pêle-mêle de leurs influences garage,  rap,  dubstep, pop et j’en passe. Tout ça reste un exercice musical. En le disséquant, on trouve de belles gammes :

Kwesachu – Nothing (feat Tirzah)

Et une instru qui vient des tripes :

Kwesachu – Untilted 

Mais revenons sur ce timide personnage. Dans son titre « Bashful » (issu de l’Ep Meantime) il le répète encore et encore :

«I’m over thinking, time is falling through
A countenance accountable for the lack of mental in my bones
I’m bashful, still bashful … »

«Being the front man (in live concerts) has been difficult. I prefer to just be in the background and just try to help someone else out. It just my character» confie-t-il lors d’une interview.

Comme dans un récit initiatique, il se découvre au gré sa musique. Elle est pour lui une manière d’extérioriser et d’exorciser son mal. Sa chanson, on l’aura compris, et un puissant exutoire, a tel point qu’elle est révélatrice de ses démons et de ses joies. De sa main et de sa voix, il manipule le matériau musical pour sculpter un nouvel être en dehors de lui, plus à même d’accueillir ses forces. Sa timidité, une fois domptée, n’est donc plus un fardeau mais au contraire la source de son talent si particulier.

Kwesachu – Bashful (vidéo)

Evocateur. L’épreuve de l’ascenseur : quoi de plus déplaisant que de se retrouver coincé avec des inconnus qui n’osent se livrer? Kwes s’en remet juste  à la musique, véritable cure pour une population trop souvent juge et retranchée sur elle-même.

Finissons avec un très beau morceau : Igoyh. Dans un faux air des Pixies on se sent pris d’une légère, mais tenace impulsion. Parfois la musique ne doit pas être comprise et juste parler au corps.

Kwes – Igoyh (live)

Pas encore totalement plébiscité, car toujours au balbutiement de sa carrière, il a pourtant déjà récolté quelques louanges précieuses, notamment de l’éminent Matthew Herbert qui acclame son véritable potentiel et son authenticité. Il ne serait donc pas étonnant, s’il continue d’être aussi prolifique et qu’il garde le cap qu’il s’est donné à ses débuts, de voir sa popularité grimper et sa musique se propager à un plus large et fidèle public.

Deux mixtapes, deux Ep et un album plus tard, Kwes continue assidument sa quête musicale, tandis que nous essayons toujours d’en comprendre le comment et le pourquoi. Et notre admiration est à la hauteur de son mystère.