L’infatigable label de rééditions et spécialiste du pays du soleil levant Light in the Attic sort de sa zone de confort (de l’ambient à la City Pop) pour nous livrer un condensé de raretés expérimentales et bizarreries électroniques.

Une chose est sûre, on aura jamais autant célébrer les influences japonaises depuis les années 2010, à creuser dans des genres alors méconnus que sont la City Pop et l’ambient environnemental japonais. Un phénomène boosté par Internet et ses algorithmes, et avant tout par des rééditions. Alimentant une véritable ébullition autour d’une énergie nouvelle, d’un genre oublié du passé.

Alors que la City pop s’apparente à un mélange entre AOR-pop-funk mené par des figures de proue telles que le duo Tatsuro Yamashita et Mariya Takeushi ou des groupes ingénieux comme Yellow Magic Orchestra et Haruomi Hasono. À l’inverse, l’ambient japonais, roi au pays du zen, s’est vu marqué par les oeuvres de Midori Takada ou Hiroshi Yoshimura, références phares du genre dans les années 70-80.

Dans cet accès de nouvelles découvertes et d’artistes dont on avait rarement entendu parler, on vous a souvent parlé d’un acteur incontournable dans la réédition japonaise : l’inarrétable label doctor ès des rééditions Light in the Attic.

De retour en 2021, avec Somewhere Between : Mutant Pop, Electronic Minimalism & Shadow Sounds of Japan 1980-1988, cette nouvelle compilation semble vouloir rompre avec les anciennes. Cette fois-ci, on nous dévoile un mélange énigmatique de productions électroniques, minimalistes et expérimentales et on s’éloigne des jams dansants funk/pop et de l’ambient environnemental. Certains n’apprécieront peut-être pas la comparaison, mais on se rapproche des travaux du label Music From Memory. Le côté bizarreries obscures sûrement, entre ambient et textures électroniques.

Côté sélection, on nage dans l’obscurité, et parfois la lumière réapparaît à travers quelques références. Tout d’abord, plusieurs chanteuses viennent poser leurs voix dans le décor et certaines sont d’ailleurs de véritables modèles de la scène japonaise. On fait la rencontre de Mishio Ogawa (« Hikari No Ito Kin No Ito ») aussi membre de la formation expérimentale jazz free Wha Ha Ha (« Akatere ») ; de Noriko Miyamoto, diva soul/funk qui vous dit peut-être quelque chose dans un autre registre, ou du groupe Dip in the Pool avec Miyako Koda, figures de la sous-culture japonaise qui évolue dans un style électronique indéfinissable, et qui a été signé sur Rough Trade (OK, c’est connu). Enfin, on retrouve un morceau de Mkwaju Ensemble, la formation de Midori Takada, où instruments traditionnels coexistent avec les machines électroniques. L’utilisation d’effets sur les voix apporte par ailleurs un aspect futuriste et avant-gardiste par le groupe new wave D-Day (« Sweet Sultan »).

Une compilation qui témoigne d’une période (1980-1988) riche en expérimentations et en projets novateurs dans des styles liés à la sous-culture japonaise, moins accessible que sa cousine la City Pop : Somewhere Between : Mutant Pop, Electronic Minimalism & Shadow Sounds of Japan 1980-1988 dessine de premières ébauches de la techno et musiques mutantes.

Somewhere Between : Mutant Pop, Electronic Minimalism & Shadow Sounds of Japan 1980-1988
Light In The Attic