FunkinEven vient de sortir son premier album, intitulé Fallen, en tant que Steven Julien (son vrai nom). Celui qui a réellement commencé sa carrière fin 2000 avec Eglo – en produisant Fatima notamment – a créé un bon nombre de morceaux club et d’autres plus boogie, deux styles qu’il réunit ici en scindant son LP en deux parties : jazz et club. Une ambivalence, un déchirement persistants chez lui, qui reflètent sa personnalité et ses influences, d’où sans doute l’utilisation de son vrai nom. Nous avons écouté ledit LP, sorti sur son propre label Apron Records et dorénavant disponible dans tous les formats (vinyle, CD, K7, digital, streaming), pour vous donner notre avis.

Après « Begins » en guise d’intro, on entre au cœur de la première partie de l’album avec « Chantel », un des deux titres disponibles en écoute intégrale sur le SoundCloud d’Apron. Avec un riff typé jazz mais joué au synthé, le morceau est à la fois futuriste et retro ; pas de kick, mais un jam de basse permanent et des harmonies fulgurantes de synthétiseur(s), joués sur une ride et des toms tout droit sortis d’une boîte à rythme de type Roland TR. D’autres tracks nous offrent un beat plus orienté UK Garage,  tels que « Carousel »,  joué à 124 bpm, aux accents toujours très jazz, tout comme le motif de piano répété sur « XL ». Enfin « Marie », sensuel, épuré, avec une cymbale charleston quasi saturée, des nappes et une bass line obsédantes, présage ce dans quoi Julien nous va nous embarquer par la suite.

La deuxième partie de l’album est entamée via « Fallen », avec ses nappes de synthé qui nous rappellent la BO d’Orange Mécanique jouée au Moog. L’atmosphère est plus sombre. On passe à un son beaucoup plus deep, taillé pour le club ; sur « Jedi », le beat est droit, la ride répétée inlassablement, accompagnée de notes perdues de piano Rhodes ; sur « Kingdom », on trouve des sonorités acid sur un combo – ride – clap – snares classique dans le plus pur style UK Funky, ce qui donne au morceau une efficacité incroyable. « Reficul » reste dans la lignée avec un kick lourd, puissant, proche de la saturation mais jamais agressif, et un delayed snare. Le son est travaillé de manière à ne pas être trop propre.

Avec ce premier long format, Steven Julien s’est presque payé un bel ego trip, preuve en est le BMW cab’ qu’il affiche sur la pochette et depuis quelques temps sur les réseaux. FunkinEven trahit réellement son amour pour les musiques de Compton et ses affinités pour le Gangsta Rap avec une mise en avant permanente du personnage qu’il s’est façonné, comme sur cette photo de lui en train de vapoter tel un Cloud Chaser. Cela rappelle des confessions qu’il fait régulièrement en interview : il a réellement démarré sa carrière en tant que rapper mais a vite arrêté pour se consacrer à la production. Cette attitude badass – cultivée en tant que label manager d‘Apron, pour qui il signe des artistes quasiment inconnus comme Greg Beato ou Bastien Carrara avant leur première(s) sortie(s) – se retranscrit également dans cet album où il bouscule les normes de la musique de danse. Avec une symbolique forte offerte par le découpage en parties et un mélange des genres qui rend la part belle aux instruments acoustiques et aux boîtes à rythme en même temps. Beau travail.

Tracklist :
01. Begins
02. Chantel
03. Carousel
04. XL
05. Marie
06. Oshun
07. Fallen
08. Jedi
09. Kingdom
10. Reficul
11. Discipline
12. End

Release : 01 juillet 2016
Label : Apron Records