Thundercat, né Stephen Bruner, nous gratifie d’un nouveau disque cette année. Intitulé Drunk, ce troisième opus du bassiste jazz continue de plonger l’auditeur dans une musique lorgnant sur la funk et la soul des années 70 mais d’une modernité certaine. Produit en grande partie par son compère de toujours et boss de Brainfeeder, Flying Lotus, cet album possède une assise solide et un son des plus singulier.

Drunk est une combinaison de moments des plus drôles aux plus sombres, portés par la basse frénétique de Thundercat. Des ballades R’n’b telles que « Show You The Way », « Drink Dat » ou « Jethro » aux instants Jazz funk de « Them Changes » en passant par une multitudes de styles, le bassiste confirme sa versatilité. Sertie par des guests de prestiges, comme Kendrick Lamar (avec qui il avait déjà collaboré sur To Pimp A Butterfly), Kenny Logins, Wiz Khalifa ou encore Pharell Williams pour ne citer qu’eux, Drunk est un condensé brut de ce et ceux qui ont su influencer Bruner tout au long de son apprentissage musical. Malgré cela, le LP suit une narration fluide où les 23 morceaux s’enchaînent parfaitement avec pour fil conducteur son instrument central, la basse. Drunk est résolument un disque d’instrumentistes, la production électronique n’étant là que pour magnifier encore plus le jeu des protagonistes. De nombreuses références parsèment les morceaux, des jeux vidéos (les paroles de « Friendzone« ) aux génériques de séries télévisées vintage (« Bus In These Streets« ). Cela confère au tout un coté assez ludique. Mais si Thundercat est joueur il n’en évoque pas moins des problématiques plus sérieuses comme les violences policières à l’encontre des afro-américains, comme sur « Jameel’s space ride« . La narration est en effet ici plus importante que sur ses précédents opus. On y trouve un homme drôle, étrange, désabusé, moqueur et philosophe.  Drunk semble être un véritable dialogue entre les différents avatars de sa personnalité, tant musicalement que lyriquement parlant.

Si ce disque ne révolutionne pas le jazz, il en utilise certainement des codes et une technicité propre au genre qui a de quoi impressionner, le tout livré avec une sincérité et une profondeur remarquable. Un disque majeur pour le bassiste californien, qui parvient à creuser sa personnalité fantasque et son jeu hybride, tout en offrant quelque chose de subtil, de réfléchi et d’inexplicablement attrayant.