Après une tournée de concerts – dont une Boiler Room – très prometteurs, Yussef Kamaal a sorti le 4 novembre dernier un premier album très attendu, Black Focus, sur Brownswood Recordings, le label de Gilles Peterson. À dimension variable, le goupe compte néanmoins un duo structurant : Kamaal Williams (que l’on connaît surtout sous le nom de Henry Wu), claviériste de son état, et Yussef Dayes, batteur. Les deux londoniens se placent donc dans la lignée d’un Kamasi Washington ou d’un Thundercat, renouvelant la scène jazz internationale en la mâtinant d’influences diverses.

Black Focus n’est justement pas un énième album de jazz funk classique : si les ombres de Monk et Herbie Hancock planent en creux, l’album se teinte également de hip-hop, de jazz fusion et de broken beat. L’album s’ouvre avec « Black Focus », le morceau éponyme, qui d’emblée donne un ton singulier. Sa structure, très classique, fait alterner un thème efficace avec des chorus à la trompette et au vibraphone – en fond cependant, la batterie lorgne vers le hip-hop et casse l’aspect académique du morceau. « Black Focus » s’enchaîne avec « Strings Of Light », lui aussi très réussi : au clavier, les pads déclinent des accords de 7e et multiplient les changements de couleurs harmoniques via quelques chromatismes bien sentis, quand la basse et la batterie développent des rythmes incisifs. Mention spéciale à la partie centrale, où les chorus simultanés du synthé et de la trompette installent un vrai dialogue entre les instruments. Yussef Kamaal joue par ailleurs beaucoup des sons électroniques et d’un certain héritage jazz fusion, notamment dans « Wing Tai Drums », aux timbres rétro-futuristes, ou dans « Yo Chavez ». La casquette de producteur house de Kamaal Williams – Henry Wu – n’est pas en reste : « Lowrider », particulièrement, a une patte très house, avec une mesure régulière malgré les rythmes breakés.

On pourrait vous parler beaucoup plus longtemps de Black Focus, de ses multiples facettes et de sa qualité musicale : l’album ne révolutionne pas le jazz mais reste néanmoins très riche – impossible d’en faire le tour en une écoute.