Tous les ans, l’équipe de Phonographe Corp se livre à cet exercice délicat : constituer un best of des sorties de l’année écoulée, opérer une sélection dans le paysage foisonnant de la musique électronique pour n’en garder que le meilleur. Cette sélection n’est pas exhaustive, loin s’en faut ; et si nous avons essayé de représenter un spectre de genres le plus large possible – techno, house, breakbeat, funk, jazz, dancehall, grime, ambient, etc. -, il faut bien souligner que chaque choix demeure subjectif.

Que retenir de 2018 ? D’abord, on ne peut que se réjouir de la profusion de sorties, qui cache nombre de pépites, chez les gros labels comme chez les petits : L.I.E.S., Livity Sound, Whities & co ne déçoivent pas, et sont d’ailleurs bien représentés dans ce best of, quand parallèlement de jeunes labels aux concepts intéressants voient le jour. Ceci dit, cette abondance est aussi surabondance, en particulier dans le cas des sorties de house lisses et sans relief qui sont légion – une soupe qui nous est servie bien trop souvent, chez les disquaires comme en club. Mais qu’à cela ne tienne, de nombreux producteurs et productrices repoussent les limites du possible et proposent de véritables bijoux aventureux. 2018 fut une année riche à ce niveau là, et de nombreux courants et artistes ont mélangé les genres comme jamais, déconstruisant les lieux communs pour notre plus grand plaisir. C’est sur ces derniers que nous avons principalement décidé de nous attarder.

Comme toujours, pour les plus préssés d’entre-vous, une playlist YouTube est à votre disposition

Pearson Sound – Rubble (Pearson Sound, PEARS3)

Pearson Sound signe en 2018 un EP au tempo nettement ralenti, à la façon des faces B des années 90. On retrouve d’ailleurs depuis 2-3 ans ce phénomène chez les producteurs techno qui ne courent plus après le BPM. Exception faite pour le track éponyme qui ouvre le disque et fait office de rouleau compresseur de club !

LA-4A – Slackline (Central Processing Unit, 00111110)

Le patron de Delft n’en est pas à son coup d’essai, après des sorties sur Hotflush Recordings, Unknown to the Unknown, et, bien sûr, Delft. Ce nouvel opus sur Central Processing Unit est à nouveau excellent, et travaille avec finesse sur une techno breakée, texturée, dont se dégage pourtant une douceur certaine.

Bill Converse – Hulled (Dark Entries, DE-222)

Bill Converse, maintenant habitué de Dark Entries, navigue à merveille dans un son qui n’appartient qu’à lui, entre techno industrielle, synthés d’ambient, textures molles, salées, solides.

Molly – Needs EP (Groovement, GR032)

Un EP sorti cette année pour le label portugais Groovement. Molly va chercher son inspiration dans des séquences de batterie, ou de basse, des mélodies hypnotiques. Un EP de deep house par excellence.

Laurel Halo & Hodge – Tru (Livity Sound, LIVITY034)

La collaboration entre Laurel Halo et Hodge était très attendue, et ne déçoit pas : l’américaine versant dans l’ambient et l’expérimental d’un côté, le génie de la techno anglaise de l’autre. Les deux univers se mêlent logiquement chez Livity Sound, et la patte de chacun est admirablement conservée.

Joy O & Ben Vince – Transition 2 (Hessle Audio, HES 034)

Hessle Audio est toujours capable de surprendre avec des sorties inattendues telle que cette collaboration entre Joy Orbison et le saxophoniste Ben Vince. Deux tracks d’une efficacité sans pareil sur le dancefloor. Aussi efficace qu’étrange.

Route 8 – Come Home (Lobster Theremin, LT050)

50ème sortie du génial Lobster Theremin : il était logique que Route 8, artiste du label depuis 2014, signe cet EP. Quand on écoute ce disque, on pense à un « classique », un « grand classique ». Indispensable sur tous les plans.

DK – Mystery Dub (Second Circle, SC009)

Un quatre titres réussi pour le parisien D.K., qui souligne aussi bien les allures du label Amstellodamois Music From Memory que sa patte personnelle : textures et nappes atmosphériques sur fonds de rythmes hypnotiques, qui transporte directement l’auditeur dans un paysage enchanteresque.

Ebb & Akcept – Wild Woods (Fox & Hound Recordings, FHR002)

Petit frère de Nomine Sound, fondé cette année, le label Fox & Hound navigue adroitement aux frontières du post-dubstep. Entre techno et dubstep, avec des éléments de grime, sa deuxième sortie dépasse toute attente. Les trois morceaux de l’EP, durs, proposent un 2-step bancal et extrêmement sérieux. Les nostalgiques de Night Slugs y retrouveront la déconstruction, les amateurs de woobles seront plus sensibles à la pureté des mélodies simple et l’omniprésence des lignes de basse. On voudrait avoir davantage de ces travaux sonores : cet EP est du genre de ceux qui font avancer la bass.

Steevio – WSDM008 (Wisdom Teeth)

Steevio, remixé une fois dans l’EP par Batu, délivre sur le fameux Wisdom Teeth trois morceaux qui sentent bon la techno qui roule. Toujours dans une veine breakée, l’ensemble construit une atmosphère paisible mais légèrement dissonante, suffisamment étrange pour laisser l’oreille aux aguets. Le sound design est impeccable, et bien que calme, cet EP insuffle une excellente dynamique : dynamique musicale, par ses recherches sonores et harmoniques, et rythmique, par le fonds de percussions.

Shadowax – A & B (RASSVET Records, RASSVET003)

Le morceau est paru sur le label russe Rassvet Records, laboratoire officiel du producteur prometteur Buttechno, lequel est également connu sous le nom de Pavel Milyakov. Le disque compte la version originale du morceau, de la productrice Shadowax (alias d’Ishome), une version a cappella, un remix par le susdit Buttechno, un dernier par les Pyantsvu Boys.

J.Albert – Envy Turned Curiosity (The Trilogy Tapes, TTT065)

J.Albert a commencé sa carrière de producteur en 2015 avec les labels Cult Trip, Hesperian Sound Division & Black Opal. L’année suivante, il co-fonde le jeune label Exotic Dance Records à New York. Toute cette créativité aux sonorités techno destructurées lui a ouvert les portes des labels 1080p, et Hypercolour avec des tracks davantage house. Cette année serait le début du succès, puisqu’il signe sur le géant The Trilogy Tapes.

Szare – Kodiac / Translocated (Different Circles, DIFF007)

Un deux-titres sorti sur le label de Mumdance et Logos qui a de quoi détruire un dancefloor. Techno glitchée aussi brutale que subtile, les productions de Szare sont résolument modernes et singulières. Parfait pour tout DJ ou auditeur ayant soif d’aventures.

Lone – Ambivert Tools Volume Three (R&S Records, RS1803)

Le mancunien est resté encore une fois prolifique en 2018 avec deux nouveaux EPs de sa série « Ambivert Tools« . Parce qu’il fallait en choisir un, le troisième est celui qui s’accordera le mieux au dancefloor avec une énergie qui fait mouche dès la première écoute.

LTD Colours – CJAW008 (Circular Jaw)

Dans son deuxième EP chez Circular Jaw, le duo LTD Colours, dont la première apparition n’était qu’en 2017, propose une bass à 130 BPM absolument dynamique. Malgré le tempo relativement lent, l’ensemble est porté par une énergie remarquable, dans un jeu continu de percussions variées, de kicks tantôt droits, tantôt décalés, et d’une multitude de shakers. L’ensemble est assez simple, et les lignes mélodiques ne sont pas extrêmement riches : mais le tout, d’une aptitude fonctionnelle remarquable, fait immensément plaisir.

E-Unity – Tallarita EP (FTD Records, FTD009)

Le français E-Unity continue sa conquête d’Angleterre avec un EP détonant pour le label de Charles Drakeford. Techno breakée et synthés célestes et métalliques s’entrechoquent et propulsent E-Unity au rang d’un des producteurs de techno les plus originaux de cette année 2018.

Ploy – Ramos (Timedance, Timedance014)

Rouleau compresseur entendu partout cet été. Cet EP paru sur le label de Batu, et surtout sa face A, le morceau « Ramos », a rendu dingue nombre de festivaliers et ravers. Roulement de toms et de caisse claire, synthé ascendant et gimmick vocal emprunté au dancehall, tout les ingrédients d’un banger tant inventif qu’efficace.

Beau Wanzer – Beau Wanzer (L.I.E.S., LIES-121)

Chaque année, L.I.E.S. s’aménage une place de choix dans nos best-ofs : cette fois, il faut bien honorer le DJ et producteur chicagoan Beau Wanzer, pour cet excellent nouveau disque à la signature toute wanzérienne, entre industriel, expérimental et new wave.

Alfa Mist – 7th October (Epilogue), (Sekito Records, SEKITO001)

Après avoir sorti Antiphon, un album remarqué (et remarquable), l’année précédente, l’Anglais a tenu à prolonger le plaisir avec un EP dans la continuité de celui-ci. Un titre jazz et un titre hip hop pour clore élégamment deux années très riches avant, on l’espère, un nouveau grand format du pianiste.

Albion – BAH047 (Bahnsteig 23)

Bahnsteig 23 est un label toujours surprenant qui parfois ne cache pas son amour pour l’EBM, parfois balance des disques plutôt disco. Cet EP de Albion dévoile une face funk français et 80’s, à la limite du mauvais goût, mais fort bien calibré.

Low Jack – Riddims du Lieu-Dit (Les disques de la Bretagne)

Low Jack lance un nouveau label intitulé sobrement Les disques de la Bretagne et inaugure sa nouvelle écurie avec ses « Riddims du Lieu-Dit ». Dancehall et techno se mélangent ici et le résultat est comme souvent avec le producteur, assez jouissif.

Rian Treanor – RAVEDIT (Death of Rave)

Rian Treanor n’a pas fini de surprendre. Avec « Ravedit », le producteur s’amuse de la synth pop 80’s ou de l’eurodance 90’s et remixe le tout dans un ensemble de créations originales post modernes à l’efficacité redoutable.

Gabber Eleganza – Never Sleep #1 (Presto!?, P!?030)

Presto!?, le label de Lorenzo Senni, continue de dénicher des perles inspirés des courants hardcore des 90’s. Gabber Eleganza propose trois tracks mêlant synthés transe et rythmes saccadés aux constructions étranges. Un ovni dans le paysage électronique de cette année 2018.

MJ Lallo – Star Child (Séance Centre, 04SC)

Le Modern Funk a une forte tendance à tourner en rond, et c’est bien dommage. Quand MJ Lallo balance ce « Star Child », on se dit pourtant que le genre n’est pas mort ! En revanche, les autres travaux de la productrice canadienne ne sont pas à la hauteur de cet EP démentiel.

Loidis, AKA Huerco S. – A Parade, In The Place I Sit, The Floating World (Anno, anno-002)

Huerco S revient avec un nouveau pseudo pour un EP étrange et fascinant entre house, ambient et textures singulières. Hypnotique et salutaire.

Leif – Bluebird / Number 13 (Tio Series, TIO S-2)

Leif sort deux titres lumineux entre broken beat et mélodies psychédéliques. Une sortie, comme souvent avec le producteur, groovy et pleine de surprises.

Overmono – Whities 019 (Whities)

Le duo de Tessela et son frère Truss prend une autre dimension avec cette sortie sur le label de Tasker. Synthés analogiques rave et breaks évoquant la jungle et l’électro sont savamment agencés pour créer une atmosphère et des grooves rafraîchissants.

The Mauskovic Dance Band – Down In The Basement (Soundway, SNDW12029)

L’EP de quatre titres sonne comme tout ce que vous aimeriez entendre sur une plage de sable fin : des percussions, une basse indécemment groovy, des injonctions à la danse et un certain goût pour le psychédélisme. Toutes les envies et les goûts de la formation hollandaise se réunissent joyeusement, sans interférence aucune. Le baléarisme n’est jamais loin, comme si l’antre de cette musique, Ibiza, ne se situait pas en mer Méditerranée mais aux Caraïbes.

Château Flight – Dam House EP (Verstatile Records, VER123)

Cinq ans que le duo de Versatile (Gilb’r & I’Cube) ne s’était pas retrouvé en studio. Il ne leur faudra pas moins de cinq jours pour produire cet EP dans la Dam House de Gilb »r à Amsterdam. Après avoir passé la nuit chez Redlight Records à digger des disques, qui seront les inspirations mêmes du projet, entre techno, house, funk obscure et ambient, les deux amis vont produire un EP de qualité aux allures de Château Flight.

Gnork – Magic Arp (Magicwire, MAGIC014)

La quatorzième sortie de Magicwire est également la seconde du Hongrois sur le label. De la house léchée, des rythmiques breakées le tout enveloppé dans des nappes aériennes qui font de ce disque une pierre singulière dans l’édifice exigeant du label londonien.

Omar S feat. Diviniti – Your Socially Awkward Criminal (FXHE Records, AOS(707))

Un top de fin d’année sans Omar S, c’est impensable, et le boss de Détroit se creuse ici une place avec un morceau puissant porté par un vocal irrésistible.

Simo Cell – Party 5 Mix EP (BFDM, BFDM018)

Dans un style qui tranche avec ses productions usuelles, cet EP explore les rythmes et breaks de dancehall, tout en gardant comme matériau premier des sonorités de techno. Il nous propose donc un voyage rythmique, où la techno adopte le temps d’un séjour, une dynamique dancehall. Vous pouvez retrouver une chronique complète.