Ce deuxième volet de notre best of de l’année écoulée se centre sur les albums : si distinguer EPs et LPs peut paraître artificiel, souvenons-nous que le processus de création est radicalement différent. Par le nombre de morceaux, oui, mais aussi parce que le format album invoque une autre type d’unité, de cohérence, et sans doute davantage de finitions. Les disques sélectionnés ici le sont donc pour leur qualité, mais aussi pour leur statut particulier, sous l’exigence du format album. 

Sans plus tarder, voici notre sélection des LPs de 2018 qui sortent du lot, triés parmi la masse de sorties : à nouveau, l’idée est de présenter un large éventail de genres, de passerelles entre styles, en n’en retenant que le meilleur. De la nouvelle scène jazz à la techno industrielle, en passant par la crème des rythmes breakés et des four-on-the-floor house et néo-disco.

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Objekt – Cocoon Crush (PAN, PAN97)

Objekt donne une suite à Flatland, son premier album, avec Cocoon Crush. Un disque d’une rare singularité convoquant ASMR, ambient et IDM pour un voyage spatial et intense. Un disque unique. Lire notre chronique

SOPHIE – Oil Of Every Pearl’s Un-Insides (Transgressive Records, TRANS368)

SOPHIE réinvente le format pop avec son premier album qui mêle R’n’B, musique concrète et pop. Un ovni dans le paysage musical contemporain qui ne peut laisser indifférent.

Skee Mask – Compro (Ilian Tape, ITLP04)

Le deuxième album de Skee Mask est un véritable hommage à la culture rave. Breakbeat, jungle, techno, ambient se retrouvent ici teintés d’une certaine mélancolie, mais aussi réinventé sous l’oeil alerte du producteur. Un classique instantané.

Travis Scott – Astroworld (Grand Husle, Epic Records, Cactus Jack)

Le troisième album de Travis Scott est un disque de hip hop inventif et riche, teinté de psychédelisme. Il parvient à mélanger et synthétiser avec brio la pop et les versants les plus expérimentaux du hip hop moderne.

79.5 – Predictions (Big Crown Records, BC047-LP)

On a failli passer à côté de ce nouveau groupe new-yorkais à l’ambiance très léchée façon fin 70’s mais Dieu soit loué, le label Big Crown nous a mis la puce à l’oreille avec un joli 7″. Ca tombe bien, l’album déchire tout autant.

Gabor Lazar – Unfold (The Death Of Rave, RAVE023)

Gabor Lazar porte son style vers de nouveaux horizons avec ce disque pour Death of Rave. Sa maîtrise de la synthèse additive et du rythme lui permettent de s’approprier des genres aussi diverses que la grime, la techno ou encore l’électro sous un même prisme. Un des disques les plus inventifs de cette année.

Mutant Beat Dance – Mutant Beat Dance (Rush Hour, RHM027)

Si vous n’aimez pas les sommes, passez votre chemin. Car ce nouvel opus du trio constitué de Beau Wanzer, Traxx et Steve Summers, en chantier depuis 2015, ne compte pas moins de vingt-cinq morceaux répartis sur six disques, et dure plus de trois heures. Rush Hour, avec raison, résume ainsi ce que contient le pot-pourri : « funky grooves, industrial soundscapes, nu age dancehouze, prototype disco dub, Detroit dirge, cryptic ankle bitter anthems and even a punk cover collaborating with members of LCD Soundsystem« .

Djrum – Portrait with Firewood (R&S Records, RS1810)

Le second album de Djrum sur le légendaire label R&S convoque ses influences avec une maîtrise des plus fines. Breakbeat, jungle et techno sont ici reconfigurées en morceaux polyrythmés aux mélodies mélancoliques et planantes. Un grand disque pour les amateurs d’aventures sonores et rythmiques.

ZULI – Terminal (UIQ, UIQLP003)

Sorti sur le label de Lee Gamble, ce premier long effort du producteur égyptien ZULI s’est bien fait attendre. Et ce n’est peut-être pas plus mal. Les mélodies déconstruites sont uniques et se marient parfaitement avec les voix des différents intervenants, des MCs proches du producteur. Un album unique en son genre !

Tomás Urquieta – Dueños de Nada (Infinite Machine)

Le producteur chilien Tomas Urquieta a sorti cette année son premier album chez Infinite Machine. Dans une riche production qui propose tour à tour morceaux d’ambient, de techno régulière et de techno déconstruite, il ne cède ni à la facilité ni à la répétition. Dans un ensemble dur, voire violent, chaque morceau joue sur une ambiance bien propre, et détonne toujours un peu, dans une recherche sonore et expérimentale, bien menée.

Nu Guinea – Nueva Napoli (NG Records, NG01)

Le duo napolitain signe, sans aucun doute, la bande-son de notre été 2018, aux inpirations disco-funk exquises et chaleureuses, qui appelle au voyage vers un ailleurs lointain et tropical. Si leur nom ne vous disait rien, les deux compères ont déjà signé un premier opus avec le légendaire batteur Tony Allen. Avec Nuova Napoli, ils signent un album unique entièrement produit par leurs soins et rendent hommage au boogie napolitain des années 70.

Maxxxbass – Gone Fishing (L.I.E.S., LIES-114)

Tout en paix, cet album de Maxxxbass. Le calme est ici travaillé et étudié : toute l’habileté du producteur, dans ces morceaux ambient, consiste à adoucir sans sucrer, en ne cédant pas aux harmonies faciles. Il réussit à le faire sans non plus verser dans des ambiances graves, saturées, âpres, ou violentes : la qualié de l’ensemble tient dans son équilibre et sa mesure.

Makaya McCraven – Universal Beings (International Anthem Recording Company, IARC0022)

Pour ce nouveau disque, organisé autour de quatre centres musicaux majeurs (New York, Chicago, où il réside, Londres, et Los Angeles), l’excellent batteur Makaya McCraven s’entoure d’une flopée de virtuoses du jazz : Brandee Younger (harpiste), Joel Ross, Shabaka Hutchings, Nubya Garcia, Tomeka Reid, Ashley Henry, Miguel Atwood-Ferguson, etc. – la liste est encore longue. Difficile, en quelques mots, de qualifier la richesse musicale de cette somme, qui s’ajoute au nouveau roman du jazz contemporain.

Octave One / Random Noise Generation – Endustry (430 West, 4WLP 710)

La dernière sortie du duo de Détroit s’est faite en avril dernier, sous l’alias Random Noise Generation. L’album a été composé sur la route, d’hôtels en hôtels, de pays en pays. « C’était le but de se créer un studio ambulant pour construire cet album » dixit Lawrence Burden. Pépite.

Tim Hecker – Konoyo (Kranky, KRANK 219)

Tim Hecker revient en 2018 sur Kranky avec un disque inspiré du Gagaku, une musique traditionnelle japonaise. Aux mélodies et timbres orientaux se mêlent textures sonores abrasives et immersives. Un grand disque comme seul le canadien sait les faire.

Pendant – Make Me Know You Sweet (West Mineral, OUEST099)

Huerco S lance un nouveau label avec un nouvel album sous le pseudonyme de Pendant. Un disque ambient aventureux matiné de dub. Définitivement un des disques les plus inspirés et inspirants de cette année.

Delroy Edwards – Aftershock (L.I.E.S., LIES110)

Un classique de l’année 2018, sur le label L.I.E.S. Delroy Edwards, natif de Los Angeles, a commencé sa carrière sur ce label en 2012 : il y a produit trois EPs, puis l’album Aftershock, parcourant les genres house, ghetto house, acid, et techno. En 2013, Delroy Edwards nous a offert un Phonocast et a lancé son propre label, L.A Club Ressource, où le musicien s’auto-produit. Le musicien, alors confirmé, signe par le suite sur l’incontournable label Apron et d’autres, davantage underground, à l’image de Gene’s Liquor.

Neville Watson – The Midnight Orchard (Don’t Be Afraid, DBALP005)

Don’t Be Afraid, label qui enchaîne les sorties, marque les esprits avec The Midnight Orchard. Techno et industriel, ce disque clôture l’année en beauté.

Domenique Dumont – Miniatures de Auto Rhythm (Antinote, ATN044)

Un brin de poésie souffle au rythme de ce disque, sorti chez Antinote. Merci à Domenique Dumont pour cet album léger, ensoleillé et sensiblement mélancolique.

Pariah – Here From Where We Are (Houndstooth, HTH096)

Le premier album de Pariah sur Houndstooth est une vrai surprise. Avec cet album ambient, il explore différentes humeurs et altitudes. Des envolées mélodiques et texturales d’une richesse incomparable.

rkss -DJ Tools (UIQ, UIQLP001)

RKSS propose avec ce disque de reprendre des packs de samples EDM pour en donner des versions remixés, dé-contextualisés et reconfigurés. Le résultat est à la fois drôle, puissant, inédit et donne à réfléchir sur la nature même de la dance music contemporaine.

BRUCE – SONDER SOMATIC (HESSLE AUDIO, HESLP004D)

Bruce sort son premier LP en 2018, après une pognée d’EP impressionants sur Hessle Audio, Timedance ou encore Idle Hands. Un concentré d’atmosphères crépusculaires au sound design impeccable.

Joe Armon-Jones – Starting Today (Brownswood Recordings, BWOOD0177LP)

Premier disque solo pour la pianiste aux multiples projets. Très bien entouré sur les arrangements des six tracks, l’album oscille élégamment entre jazz, reggae et dub – vivement la suite.

Fatima – And Yet It’s All Love (Eglo Records, EGLO61)

La reine est de retour avec un second album qui marque une belle évolution ainsi qu’une maturité dans l’écriture de ses morceaux. La production n’est pas en reste avec Flako aux commandes sur la moitié du disque pour un résultat sexy, englobant parfaitement la voix de l’anglaise.