Comme tout festival moderne, Nuits sonores a suivi une trajectoire maintes fois contée, racontée, décortiquée et voir même, copiée : modeste à ses débuts mais porté par une envie irrésistible d’expansion, de fêtes et de musiques de qualité, le festival lyonnais le plus connu de France en est à présent à sa quinzième édition locale. Locale, car depuis quelques temps, l’équipe derrière ce grand raout printanier, Arty Farty, dé-multiplie sa création entre Tanger (sa quatrième édition aura lieu en octobre prochain, ndlr) et bientôt la Colombie, en juin prochain, sans oublier son volet conférences, débats et discussions concomitant à Nuits sonores, baptisé European Lab, qui en est à sa septième édition. Ajoutez à tout cela le projet We Are Europe qui a pour ambition, à travers le regroupement de plusieurs festivals européens, de créer des ponts culturels et une dynamique de création forte en Europe, et vous obtenez une première vision d’ensemble.

Voilà pour la biographie (très) expresse. Mais ce qui distingue surtout ce rassemblement de mélomanes du week-end de l’Ascension par rapport à un autre, c’est un faisceau de plusieurs facteurs qui, mis bout à bout, définissent par excellence le festival et, par extension, un festival moderne : un ancrage 100% urbain – ici, point de Mud Day à la Dour ou Glastonbury – qui occupe littéralement toute la ville, l’utilisation de lieux industriels aux passés glorieux et une envie de renouveau, de changement. D’années en années, nous nous sommes ainsi surpris à découvrir des coins de la ville inexplorés, vides, comme s’ils n’attendaient plus que la venue de dizaines de milliers de festivaliers.

Et la programmation me diriez-vous ? Nerf de la guerre et véritable identité d’un événement, Nuits sonores a toujours su naviguer entre les courants pour en retirer le pertinent, le qualitatif, voir même le différent. Une volonté d’ouverture s’est d’ailleurs immiscée lors des dernières éditions, comme un écho à l’envie d’ailleurs : face aux plateaux 100% composés d’artistes en majorité européens (français, anglais et allemands en majorité) et nord-américains, l’équipe s’est donnée pour mission de regarder au delà. La preuve en est avec la carte blanche des quinze ans, Lisbonne.

Oui mais, il y a un hic : l’offre est tellement vaste et multiple qu’il est impossible de tout faire, tout voir, tout entendre ou même, tout connaitre. Et comme ils ne font rien comme les autres à Lyon, à l’habituel dilemme « grande scène vs petite scène », le festival répond par « nuit principale vs la dizaine d’autres lieux investis au même moment ».

C’est pourquoi nous avons choisi de plonger dans l’offre gargantuesque et de n’en tirer si ce n’est le meilleur mais le plus pertinent, intense ou novateur afin que vous y voyez plus clair. Nuits sonores, les quinze ans vu par Phonographe Corp, c’est parti.

En bonus, nous vous avons concocté une playlist récapitulative de cette édition, tout en bas de cet article !

Le mercredi, nuit 1 : Macadam Mambo, The Pilotwings, Stormzy, Laurent Garnier, Talaboman et Lord Of The Isles

Le premier acte à ne pas manquer est un des label les plus sérieux de la capitale des Gaules, et ne cesse de délivrer edits disco et raretés cinq étoiles : porté par Sacha Mambo (il nous avait offert un podcast de haute volée, ndlr) et Guillaume Des Bois, on sait d’ores et déjà que les premiers beats qui résonneront dans les usines Fagor-Brandt seront groovy, fun & sexy.

Sans passer par le bar ni changer de scène, la suite s’offrira à nous en deux temps. Tout d’abord, le duo lyonnais The Pilotwings, fort du succès de leur premier LP, Les Portes du Brionnais. Nous avions décortiqué à l’époque cet effort, et c’est à lire juste ici. Puis, un autre duo – anglais celui-ci, Lord Of The Isles. De la disco à la house, le chemin est tout tracé en cette première nuit.

Avant de retourner en halle B décidément bien fournie et de conclure avec la house down tempo, mentale et parfois tribale de Talaboman, nos regards seront portés vers l’immense Stormzy qui, bien aidé par son acolyte Skepta, portera le renouveau du grime jusqu’à la halle D et le moins que l’on puisse dire, c’est que son live sera attendu.

Pour les plus british d’entre-vous, à noter que Laurent Garnier fera un set spécial UK – à entendre par là qu’il ne jouera exclusivement que de la drum’n bass, dub, 2-step, grime, jungle, bref, tout ce que Londres a fait de meilleur.

Jour 1 et nuit 2 : Rahaan, Jamie 3:26, The Black Madonna, DJ Marfox, Yussef Kamaal, Roy Davis Jr, Puzupuzu, Henry Wu, Dj Spinna

Particularité du jeudi soir dans l’agenda Nuits sonores, il est dédié non pas à une nuit dite « officielle » mais au Circuit : 15 lieux de toute la ville – bars & clubs, pour la plupart – proposent une programmation alliant invités de marques et locaux, pour la somme unique de 5€, quelque soit l’endroit. De quoi avoir la bougeotte à la vue des possibilités.

La nuit commencerait en douceur avec Yussef Kamaal au Transbordeur – suivi bien plus tard par Puzupuzu, dont nous parlions de son excellent EP – le cœur meurtri depuis l’annonce de la séparation en deux formations distinctes et en espérant qu’ils soient bien présents. Leur album nous avait énormément séduit, au point d’aller en discuter avec eux. Ensuite, des choix devront être fait : direction la Plateforme pour groover devant Roy Davis Jr, ou bien le Sucre qui accueille un plateau sérieux, avec Henry Wu, Dj Spinna (et aussi S3A et Pablo Valentino). À noter également la présence de Chez Damier au Groom et de Kornel Kovacs et Axel Boman au Bellona.

Mais avant d’organiser sa nuit, il faudra aller à la Sucrière absorber sa dose de house et surtout, de disco : la journée est curated by The Black Madonna et elle emmène avec elle quelques légendes : Honey Dijon, Jamie 3:26 et l’immense Rahaan qui jouera même deux fois, en ouverture et fermeture du Sucre, les autres opéreront respectivement dans la salle 1930 et l’Esplanade.

Enfin et pour être tout à fait complet, n’hésitez pas à prévoir un arrêt aux Subsistances ; c’est là qu’aura lieu toute la semaine, la carte blanche dédiée à Lisbonne. À ne pas manquer le jeudi donc, DJ Marfox et sa house tropicalo-décalée, option kuduro et afro-beat sur-vitaminé.

Jour 2 et nuit 3 : Jus-Ed, Aleksi Perälä, Andy Stott, Funkineven, Bambounou, Umwelt 

La nuit sera forcément courte, et le week-end ne fera que commencer mais pas question de baisser le rythme. Direction la Sucrière pour une seconde journée-carte blanche, donnée à Nina Kraviz qui a eu, il faut bien le dire, beaucoup de mérite et de nez pour inviter sous sa bannière Jus-Ed dans un gigantesque ping-pong de sept heures avec Levon Vincent et Joey Anderson, l’excellent et toujours surprenant en live Andy Stott et Aleksi Perälä, apôtre d’une house expérimentale et mentale, voir même spatiale. Un après-midi entre dancefloor planant et kicks bruyant, nous n’aurions pas rêvé mieux.

La suite se déroulera tout comme le mercredi aux usines Fagor-Brandt. Plus orienté techno et en même temps oriental – avec la présence du très attachant Omar Souleyman ou Moscoman en live (halle D), le line up se resserre autour de quelques noms : Funkineven/Steven Julien, Harvey Sutherland et son live band planant et discoïde Bermuda en halle C et surtout, deux b2b bien remontés entre Bambounou et François X d’une part, Helena Hauff et Umwelt d’autre part. Une avalanche de bpm est à prévoir en halle B, il ne faudra pas rester trop prêt des subs.

La playlist du festival avec Yussef Kamaal, Jus-Ed, Macadam Mambo Edits, Jon Hopkins, Banoffee Pies Records, Soichi Terada, Sentiments, …

Jour 3 et nuit 4 : Banoffee Pies Sound System, Sentiments, Soichi Terada, Jon Hopkins, Anthony Naples, Actress, Raheem Experience 

On imagine déjà les cernes, la douleur dans les jambes et l’oeil dans le vague au réveil de cet avant-dernier jour de festival. Seulement, du beau monde vous attendra et il ne faudra décevoir personne. Pour ce dernier Day curated by, c’est Jon Hopkins qui s’y colle et tout comme ses prédécesseurs, le boulot est plus que fait. D’un côté, dans la salle 1930, Daniel Avery et Jon himself se partageront une partie de l’après-midi. De l’autre, au Sucre, c’est une belle brochette technoïde et un enchaînement imparable qui nous attend : Nathan Fake, Ben Frost et surtout, surtout, Actress, auteur d’un album dense, beau et surprenant. Enfin, sur l’Esplanade, nous visons en priorité Anthony Naples pour une respiration house bienvenue.

La nuit tombée, deux options et deux parcours s’offriront alors à vous : les usines Fagor-Brandt pour un dernier round musclé ou bien l’atmosphère plus intime du Sucre où Banoffee Pies Records y fait une label night cinq étoiles, en convoquant FYI Chris, le doux Mehmet Aslan et bien sûr le Banoffee Pies Sound System.

Si vous choisissez la nuit principale, il faudra alors se cheviller en halle B le temps de l’enchainement suivant : Sentiments – responsables d’un Phonocast il y a quelques mois -, Raheem Experience aka Mad Rey, Lb aka Labat et Neue Grafik et Soichi Terada. Trois artistes ou regroupement de producteurs, trois visions de la house pour trois voyages sur le dancefloor qui s’annoncent sérieux. À noter également, toujours dans cette même salle, le DJ set de clôture des Beautiful Swimmers.

Les autres halles distilleront du beau-bizarre, entre Beak>, Mr TC et I-F, ou bien les canoniques Chemical Brothers.

Jour 4 et nuit 5 : place à la détente ! 

Notre guide touche à sa fin avec le dernier jour des festivités, le dimanche ; c’est donc le moment de se reposer, de profiter une dernière fois du festival avant que le blues post-Nuits sonores ne s’emparent de nous. Vous aurez donc le choix entre les copains de La Mamie’s sur l’Esplanade de la Sucrière, un roller-disco endiablé ou bien pour les curieux d’entres vous, la Closing Party au Sucre avec … un line up secret. Mais connaissant le festival, vous n’en serez pas déçu.

Vous l’auriez compris au fil de ces lignes, Nuits sonores est un événement vaste, multiple et intense, où la profusion est de mise. Bien sur, ceci n’est que subjectif et vous pouvez tout à fait décider de faire l’exact opposé de tout ceci. Nous aurions pu vous mentionner les propositions plus attendues, de Kink à Nina Kraviz en passant par Mind Against ou Vitalic mais notre choix s’est arrêté sur d’autres choses, plus en phase avec notre vision d’un festival.

Nuits sonores, du 24 au 28 mai à Lyon. Infos & réservations.