Bien plus que ces chanteurs à prénoms qui inondent les débandades FM, Lucien n’a pas eu besoin de My Major Company pour sortir sa musique électronique. Il a décidé de lui même fonder son label avec un ami : Ventura Records et sort dessus Malin Plaisir, un premier EP 4 titres à l’esthétique noire et au son enivrant. Avant de finir par évoquer les talents de cuistot de Lino Ventura, un non-père spirituel,  on s’est empressé de cuisiner le jeune artiste.

– Lucien, présente-toi sans utiliser une seule fois le mot Gainsbourg.

Ah direct ! Non mais t’as raison de rentrer dans le lard. Lucien est mon vrai prénom, j’ai choisi de le garder en tant que nom d’artiste par souci d’authenticité. La conséquence est qu’il n’y a pas de barrière entre toi et ta musique, tu ne fais qu’un. Quand tu t’appelles XXYYXX, et qu’on te dit que ton son est merdique (ce qui doit rarement arriver dans ce cas précis, tant le gars est bon), tu peux canaliser le négatif sur ton personnage public. Là non, et c’est à ce moment que l’authenticité joue, ça te pousse à te remettre en question. Et puis, allez disons le, ça crée une affiliation cool avec Gainsbourg, qui a été l’une de mes premières et fondamentales influences. « Gainsbourg », je le redis pour te faire chier.

– Un prénom d’un autre temps, un premier clip en noir et blanc, quelle est l’influence du rétro dans ta musique ?

Le rapport au rétro est ambigu  Quand tu crées, t’es naturellement attiré par les influences passées, mais tu comprends vite qu’il est inutile d’essayer de reproduire ce qui appartient à un autre contexte et à une autre personne. Alors tu apprends à considérer la création comme un recyclage et à essayer d’inventer un truc « nouveau » à partir de là. Mon influence rétro majeure, c’est les BO de films des années 70/80 à la Mancini, Morroder ou Morricone pour les lourds d’Hollywood, et Sarde, de Roubaix ou Cosma pour les français.

– Évoquons ce clip-vitrine: une masse noire et mousseuse parcoure un édifice de pierre, sur une musique entêtante. Quel message as-tu voulu faire passer ?

Avec Alexis, mon pote et associé avec qui j’ai créé Ventura, le critère et objectif essentiel est que des images fortes te viennent à l’esprit quand tu écoutes le son. Que tu le ressentes comme la BO d’un film imaginaire. Pour aider l’imagination à y accéder, on considère comme indispensable le fait que la musique soit accompagnée d’un univers visuel. Pour « Malin Plaisir », on voulait quelque chose de sombre et mélancolique. A ce titre, le visuel d’Eliott Paquet (le « peintre officiel » du label, ndlr) avec la colonne qui part en fumée illustre bien la mélancolie : des vestiges de souvenirs qui partent avec le temps.

Le clip, puisque c’est ta question, illustre également ça: la masse noire, c’est la conscience, sorte de « bile noire », qui entre dans une interaction corrosive avec ces fameux vestiges de piliers, censés tenir l’âme en équilibre. Là, je t’expose le truc comme ça, mais on a préféré laisser l’interprétation libre au spectateur, sinon on allait gaver tout le monde avec notre explication Cartésio-Nietzschéenne branloïde…

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– « Malin Plaisir », « Vestige » et « Siberia » sont des tracks aux noms énigmatiques. Pars-tu du titre-idée pour composer, ou le vois-tu comme un baptême une fois les notes posées ?

Non, je ne pars pas d’un mot pour composer, mais bien souvent d’une idée qui vient au fur et à mesure que la composition avance. Au début tu tâtonnes, tu explores des sonorités, et plusieurs pistes te viennent à l’esprit. Tu te dis, « ok, si je cale un gong là, je vais me laisser embarquer dans une track mystique, et dans 2h j’aurai envie de l’appeler “Rituel De Moine Bonze“, ou si je garde ce synthé, ça part en disco et je suis bon pour “Dance For Me Baby“ ». A toi de choisir là où tu veux aller.

Dans le cas de l’EP, il y avait un concept global, donc mes idées se sont naturellement orientées vers un ensemble cohérent. « Malin Plaisir«  te fait affronter le masse noire, pour ne laisser qu’un « Vestige« , qui ensuite, par le travail du temps, sombrera définitivement dans l’oubli, sous les neiges des plaines de la « Siberia« . Un truc joyeux quoi.

– Cet EP est, comme tu le signales, « le premier projet original » du label Ventura. Quelques mots sur cette jeune maison de disque ?

 C’est d’la chouette balle. Va liker notre Fanpage.

– Une arche en pierres qui se disloque : quelle métaphore se cache derrière l’identité visuelle du label ?

L’arche, c’est un cadre à travers lequel tu observes un paysage, une réalité. C’est le cinéma old-school quoi. La DA du label étant comme je te le disais très axée musique « filmesque », l’identité visuelle se devait d’y faire référence…

– Comment gères-tu cette double casquette d’artiste et de patron ?

Il paraît que l’implosion est inévitable passé un certain niveau de renommée chez l’artiste-gérant de label, car tu n’as plus le temps de gérer d’autres artistes que toi. Genre ce qui est arrivé à Agoria (notre interview ici) avec InFiné. Je pense que j’ai encore le temps d’y réfléchir non ? Et puis je ne suis pas tout seul !

– Le label assure la promotion sur son site web de la BO du film L’Âge Atomique. Pourquoi ?

Oui, on s’occupe en effet de la distribution et de la promo de la BO, par Ulysse Klotz & Turzi (notre chronique ici). Une pure BO épique. C’est un film qui a fait parler de lui dans la sphère du cinéma indé et, entant que premier projet de Ventura, ça nous a permis de nous lancer avec une base médiatique inespérée.

Ulysse Klotz & Turzi – L’AgeAtomique

– D’autres artistes vont-ils être signés bientôt ? Autrement dit quels sont les projets à venir ?

Nous avons d’ores et déjà signé avec Traumer, dont nous sommes très fiers d’annoncer la sortie très prochaine sur le label. On est sur quelque chose qui prendrait la forme d’un mini-album, avec un clip en cours d’élaboration qui va être dingue ! Ce qui est intéressant avec ce projet est que Traumer y prend une direction insoupçonnée : originaire de la techno, il migre ici vers un son plus mélodique et posé.

On aimerait aussi compléter l’EP « Malin Plaisir » avec un second volet, de remixes. On est en train de faire un peu le tour pour voir qui pourrait correspondre au projet. Jay-Z a beaucoup insisté, on a eu du mal à lui faire comprendre que ça n’était pas possible.

– Lino Ventura aurait-il été un bon père ?

Figure-toi que mon amie Joana, qui travaille aussi sur Ventura, m’a offert pour mon anniversaire la biographie du gars, par sa fille Clélia. Elle a l’air de dire qu’il était sympa et qu’il cuisinait comme personne…

Pour plus d’information: Ventura Records / Facebook / Soundcloud

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Lucien – Malin Plaisir, disponible, sorti le 6 Février 2013

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@Guillaume Blot