Lorsque l’on écoute Harmonic 313 (dont le très bon single Dirtbox, sorti en 2008 chez Warp et salué par le public et la critique), on est loin de se douter que sous ce pseudonyme se cache un acharné de la première heure. En effet, Mark Pritchard, de son vrai nom, n’en est alors pas à son coup d’essai. Voilà maintenant 20 ans qu’il officie, sous couvert de divers pseudonymes, comme pour mieux brouiller les pistes qu’il s’amuse à construire et à déconstruire selon ses envies et projets.

Les plus jeunes d’entre nous ne le savent peut-être pas, mais sous les pseudonymes de Global Communication ou Jedi Knights, Pritchard et son compère Tom Middleton sortent quelques un des albums les plus importants du début des années 90. Leur album « 76:14« , sorti en 1994 est considéré comme l’un des meilleurs albums d’ambient jamais enregistré, avec le Selected Ambient Work d’Aphex Twin.

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Global Communication – 76:14

Mark Pritchard n’est cependant pas homme à aimer les étiquettes et il ne saurait se satisfaire de celle d’artiste électronique « ambient ». Entre 1995-1996, sous les mystérieux patronymes de « Link & E621″ et « Secret Ingredients » Pritchard et Middleton explorent la Deep House, l’Acid House et la Techno.

Link & E621 – Antacid

Link – The Augur

De 1995 à 2000, le duo se consacre, en parallèle de leurs autres projets, à « Jedi Knights » où il laisse libre cours à leur créativité et expérimentation, passant du funk à l’acid house, de la techno au hip hop. Mark Pritchard rencontre alors en 1998 Dave Brinkworth, avec qui il va former le duo Harmonic 33. Après un album « Extraordinary People » très orienté hiphop instrumental, ils choisissent en studio de créer un artefact qui reproduit minutieusement l’atmosphère des grandes heures d’une musique qui n’avait pour vocation que celle de sonoriser des images.Par l’utilisation de techniques de prise de son de la première moitié du XXème siècle et celle de vieux synthétiseurs analogiques, ils parviennent à créer une musique singulière à la temporalité floue.

Harmonic 33 – Music For Film, Television & Radio

« Music For Film, Television & Radio Volume One » parvient ainsi à prolonger respectueusement les travaux de leurs obscurs ancêtres et rappelle parfois ceux des grands pionniers de l’électronique tel que Pierre Henry. Mark Pritchard construit ainsi une carrière en prouvant qu’il connait l’histoire de la musique qu’il approche et qu’il est capable de passer d’un genre à l’autre tel un virtuose de l’électronique.

Harmonic 313 est son projet le plus récent, nom qu’il prend pour se distinguer du duo qu’il formait avec Dave Brinkworth. Actif depuis 2008, avec deux maxis et un album publiés chez Warp, il redéfinit son style en mixant astucieusement dubstep, electronica et hip-hop.

Harmonic 313 – Dirtbox

Depuis 2007, il s’est également trouvé un nouveau compère en la personne de Steve Spacek avec lequel il forme le projet Africa Hitech. Dans la même lignée que Harmonic 313, le duo offre un savant mix entre dubstep, electronica et hiphop, créant une musique urbaine qui semble sortie tout droit des ghettos de la jamaïque moderne. Leur album « 93 Million Miles » publié chez Warp en 2011 résume bien les ambitions de ce projet.

Africa Hitech – Out In The Streets

Les puristes se diront qu’il s’agit là d’une liste peu exhaustive des projets de Pritchard et qu’il manque une flopée de détails sur sa carrière et les différentes identités qui la constitue. Certes, mais il s’agit d’aller avant tout à l’essentiel. Et cela, Pritchard l’a d’ailleurs récemment compris. En effet, le 24 juin 2013, un maxi 4 titres intitulé sobrement « Ghosts » sortait chez Warp et avec, l’annonce qu’il retire officiellement tout ses alias, inclus Harmonic 313 et Global Communication, pour ne sortir désormais que sous son nom de naissance.

Mark-Pritchard-Ghosts-Warp-Records

L’homme multi facettes aurait-il enfin trouvé son identité ? En tout cas il semblerait qu’il aspire à développer un ultime projet qui n’est autre que lui-même. S’il avait déjà sorti quelques remixes sous son véritable nom (dont le très bon Bloom pour Radiohead  ) il s’est toujours caché derrière d’autres masques pour ses sorties officielles. Il semblerait que ce temps soit révolu et que Mark Pritchard assume désormais une identité bâtie au cours des décennies et faites de rencontres, ce qui lui a permis de s’affirmer comme une figure clé de la scène électronique contemporaine. Et pour fêter la sortie de « Ghosts« , l’homme nous gratifie d’un mix acidulé d’une trentaine de minutes.