La semaine dernière, la Boiler Room faisait escale en France, au W Paris. La programmation, censée représenter la dance music française, affichait DJ Deep, Ivan Smagghe, dOP et… Cassius accompagné d’Alan Braxe. Bref, du réchauffé. La twittosphère s’est indignée et le plus grand réseau social du monde a porté les plaintes de milliers de kids français. 2 jours après, Bambounou remettait les compteurs à zéro avec « Orbiting », son premier LP sorti sur 50Weapons, et donnait un aperçu plus représentatif de ce que la France peut offrir.

Bambounou a 22 ans et déjà 4 EPs plus un long format à son actif. Très respectable, surtout au vu de son parcours atypique qui aurait pu lui coûter sa réputation et le décôter, sort qu’ont connu ses camarades de Youngunz. Dans une industrie aussi volatile, mieux vaut ne pas faire de faux pas. Heureusement Jérémy Guindo s’en est bien sorti et a signé la première sortie française de Monkeytown (Cobe EP). On le savait très bon DJ, il confirme un peu plus ses aptitudes créatrices avec « Orbiting ». N’oublions pas que Laurent Garnier n’a pas tari d’éloges à propos de l’album, le qualifiant de relève de la techno française, ce qui a de quoi attiser la curiosité…

Bambounou ne cache pas ses influences dancemaniennes, post-dubstep, UK funky, et joue d’elles le long des 12 morceaux qui composent l’album. Les percussions rendent l’ensemble ultra mental et profond. Bambounou réussit à imiter la bass music d’Outre-Manche sans la singer. La mise en orbite est activée. Chaque morceau est parfaitement adapté aux warehouses comme le peut-être un bon vieux Untold ou Boddika. Les relents afro-beats donnent un côté tribal très appréciable aux productions somme toute, très sombres. Pas de featurings, simplicité oblige, exception faite d’une track, Let me get, avec son compagnon de toujours, French Fries, qui trahit leurs influences ghetto house. Une petite part de piano en fond adoucit le caractère brut de cette prod. Le rendu n’est pas dingue, mais l’on comprend que Bambounou tienne à faire figurer celui avec qui il a abattu tant de travail. Heureusement, des morceaux tels que Capsule process ou Any Other Service et leurs grooves sans pareil nous font oublier ces (légers) écarts.

Le travail de l’artiste fait sur le son est réellement palpable sur des enceintes de monitoring ou sur un sound system digne de ce nom, ce qui n’est pas forcément le cas sur une techno plus rough que celle de Bambounou. On imagine aisément cet album foutre le feu dans les clubs européens dans les mois qui viennent. On ne comprend d’ailleurs pas que les collègues de Goûte Mes Disques aient défoncé ce disque (ils parlent tout de même du premier échec de 50Weapons), cependant, il est vrai que « Orbiting » a plus des allures d’outils percussifs pour DJs qu’un disque fait pour écouter dans son salon, ce que l’on attend généralement d’un long format. Dans un univers aussi uniforme et froid, un bon Night aurait été salutaire.

On ne se fait pas vraiment de soucis pour la suite : après ce premier essai convaincant, Bambounou a toutes les cartes en main pour suivre une discographie de prestige. Encore faut-il qu’il tire intelligemment parti de ses capacités et fasse les bons choix de carrière. La machine est lancée… En ce qui concerne 50Weapons, le label nous donne rendez-vous le 7 décembre avec un nouvel EP de Dark Sky, et en janvier avec la seconde realease de Marcel Dettmann.

@CyprienBTZ