C’est dimanche, on sait que vous êtes sortis hier soir, que vous vous êtes pour la plupart tapés 6h de basses assourdissantes et à l’heure qu’il est vous êtes encore probablement en train de vous battre avec un acouphène d’une rare violence ou d’une otite interne, autrement dit, pas la meilleure façon de finir son week-end. On a donc pensé à vous en fouillant le « bac » à promos, et on a décidé de ne pas vous accabler d’intensité mais plutôt de volupté avec « The Crossing », nouvel album du Menahan Street Band.

Menahan vient de la grande pomme, plus précisément de Brooklyn, Menahan St., comme le nom du groupe l’indique. La formation de 6 musiciens plus membres additionnels est issue de différents groupes prestigieux de Soul, jazz, afrobeat : Sharon Jones & The Dap-Kings, Antibalas ou El Michels Affair (si, si vous vous connaissez forcément). De ce « salad bowl » a résulté un premier album sorti sur Dunham, sous-label du prestigieux Daptone, puis un autre en tant que backing band de Charles Bradley. Précisons que MSB est plus connu sous l’alias The Expressions qui accompagne Lee Fields sur plusieurs albums notamment le cultissime « My World« . Ces différents travaux ont été allègrement repris par Curren$y ou Jay-Z.

Daptone refait appel à eux pour ce deuxième album 100% Menahan. Menahan, c’est de la pure instru interprétée par des musiciens qualifiés et renommés. Ainsi, les 11 morceaux qui composent l’album ne font intervenir aucun chanteur, aucun sample, aucune voix. Il m’aura bien fallu écouter l’album 2-3 fois pour me l’approprier et commencer à l’apprécier. Non pas qu’il soit difficile d’accès, mais l’écouter dans son casque ou en biais sur des enceintes d’ordinateurs ne permet pas de saisir toute la subtilité de l’interprétation et du jeu des artistes qui auront mis 2 ans à composer et masteriser cet album. Les membres du Menahan se sont donc réunis et ont laissé de côté leurs projets personnels pour s’adonner totalement à « The Crossing » qui évoque en tout point une ballade en Mustang entre le grand Canyon et la Vallée de la mort.

Avec cet album, MSB revisite les clichés de la musique de films et transporte l’auditeur dans un western spaghetti d’un nouveau genre. On soupçonne le groupe d’avoir composé l’album pour les longs trajets en solitaire. Que ce soit dans un bus plein à craquer traversant les Honduras ou au volant d’une Alpine dans les routes sinueuses d’Autriche, l’album est appréciable et accompagne parfaitement la solitude, volontaire ou non. Taillé pour les cow-boys d’un genre nouveau, « The Crossing » convient parfaitement au citadin post-moderne, élégant et en mal de sensations. Entre composition méticuleuse et arrangements de génie, MSB montre qu’il n’est pas seulement un backing band deluxe pour chanteurs égocentriques, mais un groupe qui sait naviguer entre des styles classiques (Funk, soul) et faire gamberger ses auditeurs. Le tout est reposant et peut être apprécié en lisant ou travaillant, sans écoute active. On retiendra de cet album Three faces et sa trompette enchanteresse, Lights Out qui invite à l’évasion et Ivory & Blue à écouter sur son Rocking chair.

Daptone a, en 10 ans, toujours fait les bons choix et est dorénavant un exemple à suivre. On vous invite à vous procurer cet album qui, on en est certains, sera culte dans une dizaine d’années et sera à ranger dans les 100 albums à écouter avant de mourir… ou de partir en voyage.

@CyprienBTZ