Originaire de Manchester, Floating Points combine de nombreuses casquettes : digger acharné, cofondateur des labels Eglo Records et de Melodies International, docteur en neurosciences, il est aussi excellent musicien de jazz. A l’affiche de nombreux festivals européens, il proposera notamment un DJ set long format lors du Fat Fat Fat Festival en Italie, l’occasion de vous proposer un retour sur la jeune et néanmoins riche carrière du polyvalent Sam Sheperd.

Un producteur de premier plan

La carrière de producteur  de Floating Points commence en 2009 avec la sortie de quatre disques, Love Me like This sur R2 Records, J&W Beat sur Planet Mu ainsi que For You / Radiality et Vacuum sur Eglo Records dont il est le fondateur. Ces disques posent les prémices de ses futures productions avec des sonorités mariant les boîtes à rythmes, les pianos électroniques et les synthétiseurs pour un résultat chaleureux déjà plein d’ambition.

En à peine une année, Sam Sheperd réussit le tour de force de s’affirmer comme un artiste au prisme large, pouvant à la fois produire des morceaux destinés au club mais aussi au live, le tout avec une patte déjà singulière. L’année suivante il enchaînera avec un disque sur Ninja Tune avec le Floating Points Ensemble, un disque qui sonne comme une introduction à ce que sera son album Eleania quelques années plus tard. Les deux titres « Post Suite » et « Almost In Profile » témoignent déjà de ses qualités d’arrangeur. On y découvrira également son affection particulière pour les cuivres et les cordes, le tout donnant une dimension presque religieuse à ses productions. Ce disque est aussi l’occasion de découvrir une chanteuse pleine de promesses dont l’interprétation et l’émotion sublime chaque note de la ligne de voix : Fatima.

Patron de label et DJ de renom

Évoqué précédemment, il fonde Eglo Records avec Alexander Nut en 2009. En presque 10 ans, le label s’est fait une place de choix dans le paysage musical anglais jusqu’à étendre son aura aux quatre coins du globe. La voix de Fatima s’est ainsi vue cristallisée en un superbe album, Funkineven y sortira d’excellents EPs et plus récemment c’est la disco de Sauce 81 et le producteur Henry Wu qui ajouteront des sorties de qualité au catalogue du label londonien.

En 2015 il lança le label Pluto sur lequel il publiera son premier album Elaenia. Ce disque connaitra un succès tel que la tournée consécutive durera plus d’un an.

Cette même année 2015, une autre verra le jour pour Shepard avec le label Melodies International, un label dédié à la ré-édition de morceau soul, disco et boogie. Parmis les sorties les plus marquantes, on notera l’album Open Soul des Tomorrow’s People, le 7″ Disco Baby ou encore le tout récent Womack & Womack, 11ème sortie du label sortie cette année.

En parallèle, Sam s’affirme comme un DJ et un sélecteur de haut vol. Mélomane depuis son enfance, il parcourt le monde à travers ses DJ sets et se perd chez tous les disquaires sur son chemin à la recherche de la perle rare. Ces découvertes, il les transmet à travers sa résidence sur NTS Radio, une émission qu’il anime depuis 2013 et où la soul, le jazz, le funk et le disco ont une place de choix.  Parmi ses guests de luxe, on citera son acolyte Four Tet, CaribouMr. Wonderful ou encore le génial Sadar Bahar.

Parmi ses sélections les plus marquantes, on retiendra « Summer13at45 » et « Summer14inBrazil », deux mixes consacrés à la musique brésilienne qu’il publia respectivement en 2013 et 2014 et qui introduisent de manière qualitative tout néophyte à la musique du pays de la bossa nova.

Un jazzman qui s’affirme sur la scène électronique

Non seulement DJ et producteur, Sam Shepherd peut se targuer d’être musicien. Enfant, il fait ses armes en tant que choriste à la cathédrale de Manchester, prend des cours de piano et découvre la musique savante et le jazz via l’un de ses professeurs. Son premier LP, Elaenia (2015), traduit une certaine évolution de son style : loin de la dance music, l’album se déploie en sept pistes d’improvisations (qui ne devaient former à l’origine qu’un seul morceau), Floating Points étant accompagné de ses musiciens. L’autre aspect remarquable des ses compositions, souvent oublié, réside dans les arrangements, science difficile s’il en est. Pas évident, en effet, de combiner les timbres sans tomber dans le déséquilibre ou la surenchère.

Quand il s’agit de poser un nom sur sa musique, Sam Shepherd a du mal, et à raison, tant les influences sont diverses et intriquées (jazz, musique classique, rock, broken beat,..) – pour le magazine Mojo, cet album serait « une synthèse visionnaire, de Debussy à Bill Evans, de Talk Talk à Theo Parrish ». Cette synthèse n’est pas le fruit d’un hasard : Sam raconte dans une interview au Guardian qu’il a un jour cessé de considérer « la musique classique et le jazz comme deux choses différentes ». Plus loin, il ajoute que « Kenny Wheeler est si beau que sa musique aurait pu être celle de Rachmaninov ». Sa conception de la composition tient à tout cela : s’il fallait en revanche qualifier l’état d’esprit la caractérisant, on parlerait sans nul doute de jazz, musique improvisée par excellence. Au-delà du cas Elaenia, Floating Points joue de plus en plus en live, accompagné de son orchestre – le Floating Points Ensemble, composé de seize musiciens – participant au renouveau actuel de la scène jazz. À voir entre autres, son morceau « Kuiper », sorti en mai 2016, improvisation épique de 18 minutes.

A l’été 2017, il sort son court-métrage « Reflections » en parallèle de la sortie de son disque Mojave Desert. Le résultat n’est pas sans rappeler un certain live à Pompei… Une magnifique pièce en 6 parties comme Floating Points sait si bien le faire.

Enfin son dernier fait reste la sortie de son single Ratio, un track qui prend toute sa dimension dans sa version longue (18 minutes). Ce morceau se positionne comme la suite logique de son album Elaenia tant par ses arrangements que par la mélancolie dansante  qu’il apporte, chanceux sont ceux qui ont réussi à avoir le vinyle sorti dans la confidentialité sur son label Pluto.