Compositeurs de l’ombre, leurs oeuvres teintent nos images du petit au grand écran : bandes-sons de films, formats dédiés à la télévision ou à la publicité, leurs musiques habillent l’image, la transcendent et l’amplifient. Elles rythment l’action, posent le ton et le contexte d’une histoire. On les fredonne, les chantent, elles deviennent alors des oeuvres à part entière, vivantes hors de la pellicule et rendent inoubliables, monumentaux mêmes, les films qu’elles accompagnent.

On les appelle compositeurs de films, designers sonores ou arrangeurs. Peu évoqués dans nos répertoires musicaux, nous avons souhaité leur dédier une place particulière dans nos pages à travers une série de portraits de plusieurs acteurs principaux du genre, devenus parfois des légendes. SOUNDTRACK, c’est notre exploration subjective d’un pan de notre histoire musicale contemporaine, celui des bandes-originales. Nous ne pouvions commencer ailleurs et autrement qu’avec Ennio Morricone.

Avec plus de 400 bandes-originales à son actif, il joue dans la cours des (très) grands. Le maestro est à Sergio Leone ce que Bernard Herrmann est à Hitchcock, Nino Rota à Fellini ou encore John Williams à Spielberg. Son image, son pendant sur partition, celui dont il est difficilement dissociable. Inutile d’en rajouter davantage, Morricone est l’un des plus grands compositeurs de musique de films du XXème siècle.

Propulsé sur le devant de la scène internationale dans les années 60 via les western spaghettis de son ami Sergio Leone, on lui doit des chefs d’oeuvres iconiques. Citons, au hasard, « Ecstasy Of Gold » dans Le Bon, la Brute et le Truand, ou « Man With A Harmonica » dans Il était une fois dans l’Ouest. Des thèmes précis et identifiables entre mille, non pas parce qu’ils font partie d’une pop culture globale, mais de par leurs compositions.

Dans une définition élargie et simplifiée, on pourrait dire qu’un score Morricone, c’est d’abord une présence récurrente de bruitages spécifiques au contexte du film : l’imaginaire des westerns & des thrillers en regorgent. Sifflement, fouet, son du cloché d’une église, ces éléments s’ajoutent ensuite à d’incroyables envolées mélodiques, tirant sur le tragique – violons et pianos, mais aussi chants lyriques. Enfin, on peut ajouter un fort tropisme pour le jazz qui parachève cette recette caractéristique. Une marque de fabrique qu’il déroulera aussi bien chez Leone donc, mais aussi chez ses descendants plus ou moins directs – Quentin Tarantino en tête, qui le sortira de sa retraite pour réaliser la B-O des 8 Salopards.

Mais ce qui nous intéresse réside bien évidemment dans sa facette plus obscure et moins connue du grand public, orchestrant films d’auteurs, d’horreur, d’érotisme, ou les trois en même temps. Souvent seventies, souvent italiens. Morricone, c’est une certaine idée du grand écart stylistique, un peu à la manière de Michel Legrand qui oscillait entre B-O prestigieuses à Oscars et travaux plus obscurs. 

Les amateurs de courses poursuite et règlements de compte qui rêvent de bagarres et de tours incessants en bagnole apprécieront certains classiques d’Henri Verneuil (Le Sicilien, Le Casse, Peur Sur La Ville) avec Gabin, Delon et Bébel en stars de l’écran. Riffs de piano sur riffs de guitare, Morricone conçoit une mélodie jazz en sous-sol 100% seventies que l’on écouterait encore en boucle dans notre voiture. 

Côté cinéma giallo – littéralement, le croisement entre film policier, horreur et érotique italien – le maestro excelle en la matière. Très demandé par les cinéastes du genre de 70 à 80, on lui doit encore une fois une longue liste de chefs d’oeuvres. Allant de l’expérimental L’Oiseau Au Plumage De Cristal de Dario Argento – avec scènes de meurtres excessivement sanglantes, jeu de caméra très stylisé et musique troublante – aux romantiques Metti Una Sera A Cena, Le Foto Prohibite De Una Signora Per Bene, Una Lucertola Con La Pelle Di Donna et bien d’autres encore.

Ainsi, son implication à double étage pour films à grande échelle et alternatifs fait de son oeuvre une mosaïque riche et toujours aussi actuelle, 50 ans après. On vous laisse vous noyez dans son univers plus psychédélique, romantique et lyrique dans les quelques références citées ou, pour les plus préssé.e.s, dans la playlist ci-dessous en forme de bande-originale rétro, calibrée pour 2020. 

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