Depuis 2017, l’énigmatique Apollo Noir s’est fait une place sur de beaux labels, comme Tigersushi Records et OOH-sounds, et évolue derrière les machines de vos artistes préférés. Loin de se cantonner à la production, il partage son expérience aux artistes de son entourage via son label Santé Records et performe en live dans l’église du coin (St Eustache) ou des festivals exigeants. Apollo Noir se produira en live pour notre édition 2023 du Disquaire Day, il était indispensable de vous présenter ce personnage hors normes et d’une gentillesse rare.

Avant toute chose, précisons-le, Rémi et moi sommes amis depuis près de 2 ans. Dépassant la trentaine, on se met à avoir des loisirs chelous et des envies bizarres, du type courir à l’heure où l’on se serait couché 10 ans avant. La logique aurait voulu que je rencontre Apollo Noir devant la scène d’un rade poisseux jouant du drone sans pied, mais la vie en a fait autrement. Notre rencontre s’est faite au détour d’une sortie running avec l’équipe du magasin Distance (big up à eux) et, depuis, nous n’avons eu cesse de chercher un moyen de collaborer. Aujourd’hui, un beau projet va voir le jour qui vous sera dévoilé dans les lignes qui suivent. Conversation à bâtons rompus avec l’auto-proclamé “homme le plus heureux au monde” !

Bonjour Apollo Noir, qui es-tu ?

Merci de me recevoir ! Je m’appelle Rémi Sauzedde, j’ai 36 ans, je suis artiste musicien sous le nom de Apollo Noir. J’ai commencé ce projet en 2015 et j’ai sorti mon premier album en 2017 sur Tigersushi, le label de Joakim. Depuis, j’ai sorti 4 albums, j’ai fait beaucoup de collaborations avec d’autres artistes en tant que producteur ou co-artiste, notamment avec Adrien Pallot — avec qui j’ai sorti un album d’ambient l’an dernier. J’ai aussi mon propre label, très hétéroclite et très alternatif, Santé Records. Ma musique va de l’ambient à la musique club, IDM et expérimentale. Elle se manifeste par les albums mais aussi par le live et vraiment très peu en DJ. Mon son est très mutant en fonction des ambiances et des dispositifs que je peux exploiter. Par exemple, je ne jouerai pas la même musique pour un concert assis ou debout.

On va remonter un peu les origines de ces projets, tu n’as pas mentionné un élément important : tu es Auvergnat, tu es basé à Vichy en ce moment, comment un jeune grandissant dans les années 90 dans ce coin découvre la musique électronique ?

Je suis de Thiers à l’origine, un coin très rural, marqué socialement et peu favorisé. C’est une zone extrêmement marquée par les délocalisations d’entreprises dans les années 90 qui se sont ensuivies par du chômage de masse. J’habitais vraiment à la campagne. Mes grands-parents étaient agriculteurs et mon père était coutelier, je viens d’un milieu modeste mais j’ai eu la chance d’avoir eu des parents très intéressés par la musique, la philosophie et l’art en général. Mon grand frère et moi avons grandi avec de la musique en permanence. Le fait d’avoir un frère 5 ans plus vieux que moi dans ces années-là m’a beaucoup apporté. Lorsqu’il avait 16 ans, il a commencé à jouer dans des groupes de punk rock et ça a changé ma vie.

On a découvert les cultures skate, roller, snowboard ensemble ainsi que des tonnes de musique à travers les vidéos que l’on regardait : hardcore, punk rock, hip-hop. Ça nous rendait dingues ! J’ai écouté beaucoup de musiques avant de savoir que j’allais en faire. À 16 ans, il y avait pas mal de groupes dans les v