Napolian

Ian Evans a.k.a Napolian est l’une des dernières recrues de Software Recordings, le label de Joel Ford et Daniel Lopatin, plus connu sous le pseudonyme de Oneohtrix Point Never. Depuis quelque temps, ce label très prometteur enchaîne les sorties avec un sens esthétique très exigeant, axé sur le mélange des genres et la singularité de ses producteurs. En témoignent des artistes comme Huerco S ou Thug Entrancer. Il n’est pas si surprenant alors de retrouver le jeune Napolian ici. Il est de ces beatmakers novateurs qui semble posséder une vision si atypique du monde que ses productions désorientent ou fascinent.

On a pu le croiser par le passé notamment aux manettes pour A$AP Ferg ou Kelela, mais aussi en 2012 avec son EP Rejoice qui mêlait allègrement hip hop, R’n’b et électronique à la manière de Clams Casino ou Shlohmo. Depuis, Ian Evans n’a cessé de développer son univers sonore et sa production, explorant différents territoires et complexifiant son approche. Ainsi, il n’est pas si évident de se plonger dans Incursio, son premier album chez Software.

Il faut nombres d’écoutes pour bien rendre compte du travail et de la profondeur de ce disque. Il est de ces albums qui mûrissent avec le temps, tel un bon vin, et c’est bien souvent gage de qualité. Cela est notamment dû aux nombres de détails, fins et précis, foisonnant tout du long.

Il y a ici un sens de la violence, en témoigne tout d’abord le titre de l’album, Incursio, signifiant « attaque » en latin mais également la construction de certains morceaux tels que « Principalities » ou « DARPA« , aux beats grinçant et percutants, évoquant Hudson Mohawke. Les beats se font globalement lourd et d’une finesse sans pareil. Les titres se réfèrent parfois à la religion (« 1 Peter 1:3-4 » par exemple) où à des organisations politiques comme « DARPA » ou « LOBBY ». Incursio semble donc tendre à être une sorte de manifeste pour Ian Evans

Si l’album est majoritairement assez sombre, il possède quelques moment lumineux, dont le magnifique « Reminisce », un hymne hip hop où plane le fantôme de J Dilla. Le morceau « Peace & Safety/Sudden Destruction » également, pause ambient aux claviers éthérés, complète ce côté clair/obscur présent tout au long de Incursio.

Si Napolian est avant tout un beatmaker nourri, semble-t-il, à la fine fleur du R’n’b et du hip hop, il prouve ici qu’il est capable d’intégrer des genres assez variés. On retiendra notamment son incursion dans la techno avec le morceau « Yeshua », nous rappelant les productions rave du début des années 1990 ou encore le travail de Zomby. Plus généralement, la richesse des sonorités de cet album nous prouve que Napolian possède une grande culture de la musique électronique au sens large et qu’il sait la digérer de manière particulièrement créative.

Incursio sonne finalement comme très personnel et intime, riche et acerbe, ce qui en fait probablement l’oeuvre la plus aboutie du jeune producteur à ce jour.

3,5/5