La relation qui lie Phonographe Corp à Savoir Faire est plus ou moins étrange, secrète et implicitement affirmée (du moins de notre côté). Si on se penche sur nos archives, on se rend compte rapidement que beaucoup de leurs artistes ont été mis à l’honneur dans nos pages ou lors de nos événements, et cela depuis plus de trois ans d’activisme et de blogging musical. La faute à qui ? Personne, ou en réalité tout le monde. Et c’est avec une pointe de nostalgie que je me rappelle nos débuts rémois, à la rencontre de Brodinski, Yuksek, Guillaume des Shoes, ou encore des deux compères de Monsieur Monsieur. Que je me rappelle ces quelques moments à discuter avec Para One, Surkin, Myd et Panteros666. Que je me rappelle cette soirée mythique et absurde avec Bambounou. En fait, c’est l’histoire et l’évolution toute entière de Phonographe Corp dont je me rappelle tout d’un coup…

Quand j’ai appris que j’allais interviewer Manu Barron, cela m’est apparu comme une sorte d’aboutissement. Un aboutissement dans la mesure où j’allais pouvoir enfin rencontrer l’homme, qui d’une certaine manière, nous a donné tant de matières pour exister, nous développer et devenir ce que nous sommes aujourd’hui. Mais au final, un sentiment masqué par un respect digne de ce nom. Car aujourd’hui, il existe peu de personnes au sein de la scène électronique française ayant un CV aussi impressionnant  et ayant contribué à donner à cette dernière, ses lettres de noblesse à l’échelle internationale. 

Ce jeudi 20 Mars 2014, le Showcase, fêtera sa réouverture en grande pompe. Un projet porté par les équipes de Savoir Faire et de We Love Art qui, après le pari réussi du Peacock Society l’été dernier, se sont dits que ça serait vraiment intéressant d’avoir un lieu pour eux; un lieu d’expression et de fête, faisant la part belle à une scène électronique de qualité. A l’occasion de la renaissance du célèbre club du Pont Alexandre III nous avons eu l’opportunité de poser quelques questions à M. Barron sur la genèse de ce projet, son parcours mais aussi sa vision de ce qu’est la musique et la fête en 2014. Interview fleuve et exclusive de l’un des « père[s] de famille » de l’électro française.

– Bonjour Manu. On te connaît en tant que directeur du Social Club, associé du Silencio, manager de nombreux artistes, fondateur de Savoir-Faire et maintenant organisateur de festival. Mais le Manu Barron d’origine il vient d’où, il faisait quoi ?

A la base j’ai une formation de graphiste obtenue via une école d’art appliqué. J’ai commencé à travailler très jeune, à 19 ans j’étais DA dans la pub. Mais ça m’a rapidement ennuyé et je suis parti vivre aux Etats-Unis. Quand je suis rentré en France, je suis allée m’installer à Lille où j’ai monté une sorte de café-club qui s’appelait le Tennis. On faisait beaucoup de concert, de soirées New Beat ou des soirées Techno comme on en faisait en Belgique. Moi je viens des Flandres donc j’étais déjà imprégné de cette culture alternative.

Ensuite j’ai rejoint l’équipe de l’Aéronef. C’était pareil, au début des années 90. J’ai fait un peu tous les métiers là-bas jusqu’à ce que je sois en charge de la direction artistique. J’y suis resté jusqu’en 1998 et ensuite je suis devenu programmateur indépendant et j’ai bossé sur de nombreux festival : Dour, le Printemps de Bourges, Global Techno à La Villette dans le cadre de Villette Numérique (les débuts de Villette Sonique),… Puis je suis revenu dans le Nord et j’ai monté un lieu à Roubaix qui s’appelle La Condition Publique tout en étant sur d’autres projets à côté.

Globalement ce sont les grandes lignes. Je ne vais pas tout te raconter parce qu’il y a trop de trucs et que je vais finir par te perde ! Ensuite j’ai fini à la tête de la mission culturelle de la Fnac où j’ai fait une courte mission d’un an. Et à la fin de cette expérience, j’ai quasiment tout arrêté pour faire ce que j’avais en tête depuis un moment : monter ma boîte et me concentre sur mes projets personnels. J’ai rencontré les bonnes personnes, mes associés actuels, et on a monté le Social Club puis Savoir Faire. Et je me suis tout de suite concentré sur le label, l’aspect production et le management d’artistes. Des aspects que je continue à développer aujourd’hui avec Bromance et bien sûr avec des projets comme le Showcase

– Tes premières expériences dans la musique sont très liées à la musique électronique. J’ai même entendu dire que tu avais fait tes armes dans les premières raves party. Tu confirmes ?

Grâce à ma famille et mes parents qui étaient des intellectuels, j’ai tout de suite baigné dans la culture et la musique. Et le premier mouvement auquel je me suis identifié à 10 ans c’était le Punk. Mais ça c’était un truc d’ado. En arrivant à l’ « âge adulte », je me suis retrouvé au cœur de la création du mouvement Techno, ou « Rave ». Je l’ai d’abord vécu en tant que mec qui sort et qui aime la musique, mais ensuite en tant que personne curieuse. Il y a un truc qui m’avait surpris, en dehors de la dope, c’est que pour la première fois on cassait la relation frontale des gens à la musique. On était vraiment dans une culture historique de « je vais voir un concert ».

Avec l’arrivée de l’Acid House et de la Techno, c ‘était la première fois que tu allais en club et que tu ne dansais pas devant quelqu’un ou les autres, mais pour toi-même. Les Djs étaient presque inconnus. Aujourd’hui, on est revenu dans une relation beaucoup plus frontale à la musique électronique et des gens sont capables de payer une fortune pour aller voir un type passer des disques dans un stade. Ça me dépasse un peu, mais c’est comme ça.

Mais c’est à cette époque où je me suis mis à organiser plein de fêtes. On était pas nombreux en France : il y avait des gens dans le Sud, à Dijon avec le club l’Enfer et nous dans le Nord. Et j’ai été l’un des premiers à faire rentrer la Techno et les « fêtes » dans les salles de concert, les lieux « Rock ». Je me rappelle même d’un article dans La Voix du Nord, le canard local, qui titrait : « L’Aéronef, discothèque subventionnée ». Les gens trouvaient ça scandaleux que l’on puisse organiser une soirée de 23h à 6h du mat dans une salle de concert. C’était un sacré combat parce que d’un côté tu avais les mecs des free party, les mecs des raves, et nous. Du coup pour en revenir à ta question, j’ai organisé quelques raves, mais ce n’était pas trop ma came, je préfère les trucs beaucoup plus intimistes.

– Du coup, c’était quoi les valeurs que tu souhaitais mettre en avant au moment de la création de Savoir Faire? Qu’est-ce qui t’a poussé à monter ce label aux multiples facettes ?

D’abord, et c’est la chose la plus importante, pour une raison humaine. L’histoire de Savoir Faire c’est une rencontre avec plusieurs personnes, ayant des profils différents mais complémentaires et voulant s’associer pour créer un truc nouveau. Ensuite, on s’est créé d’une certaine manière dans l’ « œil du cyclone » de l’effondrement de l’industrie de la musique. C’était flippant, du jour au lendemain tu enlevais un zéro à une économie. Ça nous a donc poussé à imaginer une structure différente de ce qui pouvait déjà exister.

Et puis moi je partais d’une idée de base. Je me disais toute le temps : « Quoiqu’il arrive, il y aura toujours besoin de contenus, d’artistes, de musiques,… ». Et quand on a créé Savoir Faire, beaucoup de gens disaient : « Les maisons de disques c’est mort, ce sont les fournisseurs d’accès qui vont devenir les nouveaux financeurs de l’industrie ». J’ai toujours été très flippé par ce truc. Ce n’est pas aux marques de nous dicter quoi faire en musique. Quelle est notre indépendance dans la musique si tu commences à signer des artistes juste parce qu’ils vont pouvoir faire des musiques de pub. Certes aujourd’hui tu as besoin de bosser avec des agences de pub, des agences de merchandising, des marques,etc… Mais le contenu doit rester indépendant et on sera toujours face à cette nécessité de développer de « vrais artistes ».

– Et justement en parlant de vos artistes. Savoir-Faire représente un panel d’artistes assez hétéroclite, de Gesaffelstein à Joris Delacroix en passant par les Bewitched Hands. Comment au départ as-tu choisi tes artistes ? Comment les choisis-tu aujourd’hui ? Est- ce que tu as les mêmes méthodes ?

Non ce n’est pas les mêmes qu’aujourd’hui. Déjà parce que même si je bosse dans la musique depuis 1989, je n’avais jamais été manager. Je suis devenu manager avec mon bagage et mon réseau, mais sans véritable connaissance du métier. C’est un boulot que j’ai appris sur le terrain au final et aujourd’hui ça va, je pense être un manager correcte. Donc quand je vais signer un artiste en management, mes exigences ne sont plus les mêmes comme j’ai évolué dans mon métier.

Mais sinon, le truc qui relie tout, c’est la musique, point barre ! Moi je viens du live, des soirées, des concerts. Je ne suis pas un mec de maison de disques. J’ai plus le parcours du saltimbanque que celui du mec d’HEC. Voir un mec jouer en live et aimer ce qu’il fait, pour moi c’est le début. Après pendant 15 jours, tu essayes de trouver toutes les raisons de ne pas le faire : il est trop chiant, il est trop grand pour moi, il est trop si, il est pas assez ça,…Mais si au bout de 15 jours tu as encore envie de le faire, c’est que tu tiens quelque chose de bien.

Au début de Savoir Faire, j’ai développé deux axes musicaux très larges : le Pop Rock indé et la musique électronique avec le côté producteur, Dj,… Parce que c’était ce qui me ressemblait et que globalement en France ce sont les scènes où tu peux travailler avec des artistes intéressants. Et en plus je ne souhaitais avoir que des artistes pouvant avoir une carrière internationale. Même si j’aime beaucoup, je n’ai pas d’artistes qui chantent en Français. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui on va de plus en plus vers un spectre musical de la « Grande Famille de l’Electro » qui va du Hip Hop jusqu’à la Techno la plus radicale, et je ne pense plus signer de nouveaux artistes en Pop Rock. En fait c’est assez dur d’être sur 25 réseaux à la fois.

On est une grosse structure indépendante, mais on n’est pas non plus une major. Si je bosse sur Gesaffelstein, je sais qu’à un moment ça va avoir un impact sur Bambounou ou sur d’autres. Mais je sais qu’il ne va pas avoir de cercle vertueux sur les Bewitched par exemple.  Tu vois c’est comme si à chaque fois il fallait relancer la machine ou recommencer une histoire et parfois c’est assez dur. Mais je continue quand même à travailler avec les Bewitched qui sont de très bons amis. Et de toute façon, je ne suis pas du genre à lâcher les choses rapidement.

– Via tous tes projets Savoir-Faire, le Social Club, le Silencio, le Peacock Society,… Penses-tu qu’aujourd’hui dans l’industrie musicale il est nécessaire d’être sur plusieurs fronts à la fois pour avoir un business model durable et rentable ?

Comme je te le disais toute à l’heure, le mec qui peut s’asseoir à une table et te dire quel est le business model de l’industrie musicale des 10 prochaines années, c’est une tanche. C’est impossible. On sait très bien qu’on est encore dans un business de la musique où tu dois constamment te remettre en question. Tout va venir d’en haut : tant que les FAI, la téléphonie, les services de streaming, etc ne seront pas figés sur un modèle on ne pourra pas arriver à une situation stable. Pour moi ça viendra du cinéma ; quand le cinéma aura trouvé son busines model, alors ça se répandra au niveau de la musique.

Pour en revenir à ta question, le modèle économique de la musique je suis tout le temps en alerte face à lui. Pour continuer à être producteur de musique indépendant et ne pas être vendu à une boîte qui va mettre des millions sur la table, il faut multiplier les sources de revenus. Tu ne peux pas au démarrage te concentrer que sur une seule source de revenus.

Nous on a un modèle assez débile, et les artistes pourront te le confirmer, c’est qu’au démarrage on est très 360°. Au moment où ça coûte le plus cher, on perd beaucoup d’argent mais dès qu’on sent que c’est parti alors là on ouvre les vannes et on s’associe avec les meilleurs. On va prendre un meilleur agent, on faire un deal de co-publishing, on va chercher une licence,… Mais au départ on fait tout nous-mêmes, avec une petite équipe qui va dans le même sens parce que ça nous fait gagner du temps. Mais à la fin, mon objectif final c’est d’être manager et éditeur (ou co-éditeur).

Mais ce que je retiens après ces 6 années de Savoir Faire, c’est que tout bouge, tout est en perpétuel mouvement. L’idée de base que tu avais sur les moyens de produire de la musique indépendante en 2007, est complètement différente de celle de 2014. Et ça se trouve tu me reverras dans trois ans et notre mode de fonctionnement ne sera plus du tout le même.

– Aujourd’hui ton nouveau projet c’est la réouverture et la reprise du Showcase, pourquoi avoir fait ce choix ? Qu’est-ce qui t’a poussé à te lancer dans cette aventure ?

Je vais être très sincère : une semaine avant qu’Antoine, mon associé, me parle du projet, je me disais que je voulais arrêter les « projets de nuit », c’est-à-dire l’ouverture de club, etc. Et il m’a emmené là-bas et il y a deux choses qui m’ont convaincu. Tout d’abord parce que le Showcase est un super bel endroit. Je crois que j’y étais allé qu’une ou deux fois avant. Et là en rentrant je me suis dit : « Ah oué ! C’est fat quand même ! ». En plus c’est tellement dur de trouver des lieux à Paris.

Ensuite, c’est une raison purement humaine. Antoine a commencé à me parler de l’idée de s’associer avec We Love Art sur ce projet. Et c’est clair qu’avec Alex et Marie de We Love ça fait des années qu’on se connaît et que Peacock Society, qu’on a monté ensemble, s’est très bien passé. Du coup l’idée de faire un truc régulier et récurrent ensemble ça m’a tout de suite plus. D’autant plus que nos deux équipes s’entendent bien et sont complémentaires. Le quotidien ce n’est pas Manu Barron, Antoine Kraft, Alex et Marie, mais plus de 30 personnes.

– Même si vous n’êtes pas exactement sur le même créneau musical, il n’y a pas eu une période où vous vous êtes considérés comme des concurrents ou des rivaux  avec We Love ?

 Quand je suis revenu à Paris pour monter le Social, tout le monde m’a dit : « Fais gaffe à la concurrence. Le Rex ils sont en place. » Moi je leur disais : « Le Rex ce n’est pas mon concurrent et à Paris il n’y a pas de concurrence ». Moi j’ai besoin qu’il y ait 5 Rex à Paris !

Au tout début il fallait que l’on crée cette attente et ce besoin. Si tu te fais un flashback de ce qu’était la nuit parisienne il y a 7 ans, tu vas te marrer. Il n’y avait pas rien, il y avait des tonnes de trucs, mais très peu et beaucoup de mecs qui se plaignaient en disant : « Oué il y a rien à Paris, c’est nul, Berlin c’est mieux, Londres c’est mieux… ». J’ai eu la chance de beaucoup voyager, d’aller dans beaucoup de clubs et de festivals et à ces mecs je voulais leur dire : « Tu veux que les choses changent, alors fais-le ! Prends ta bite et ton couteau et ouvre un club au lieu d’écrire des tribunes du style la nuit se meurt à Paris ! ».

Du coup pour en revenir à ta question, non on n’a jamais été concurrent, mais si comme tu le dis c’est qu’une question de créneau, de secteur. Le péquin moyen ne va pas savoir si tu es plus Ricardo Villalobos ou Brodinski. En fait on s’en fout ça reste la « Grande Famille de l’Electro ». On n’a donc pas été concurrent même si 100 fois il y a eu des soirées We Love en même temps que des grosses soirées au Social. Mais c’est une concurrence de qualité et saine.

Depuis les choses ont changé et d’une certaine manière on y a un peu participé et c’est très cool. Il y a deux organisateurs qui ont créé des choses vachement biens pour lesquelles j’ai beaucoup de respect. Des personnes jeunes avec beaucoup de fraîcheur qui doivent nous considérer un peu comme des dinosaures et qui ont dû être réactionnaires par rapport à nous en se disant : « On a envie d’autres choses ». Et je trouve ça super justement, des gens plus jeunes qui te disent clairement qu’ils t’emmerdent ! Parce que j’ai été à leur place et que dans quelques années seront à la mienne.

– Et tu ne penses pas qu’il y ait des effets négatifs à tout ça ?

Si bien sûr. Derrière tu as un effet de mode sur un créneau de l’espace musical qui est ce truc un peu Minimal, Tech House. C’est un genre important mais qui n’est qu’un pan dela musique électronique, sur lequel tu as vu s’ouvrir des trucs dans tous les sens. Tu as des tonnes de « club à bouteilles » qui n’en ont jamais eu, et qui en ont toujours rien à foutre de la musique ou de participer à un mouvement culturel. Des clubs avec des Djs résidents, du style « Dj Neness qui vient mettre 3 disques », qui se mettent à avoir une programmation musicale un peu quali.

Ça me fait flipper parce que j’ai vécu la même chose dans les années 90 avec les cafés-concerts. Tout d’un coup tout le monde faisait des cafés-concert même la taverne Kronenbourg. Puis à un moment tout s’est pété la gueule et la taverne Kronenbourg est retournée vendre des choucroutes. Et ça va faire la même chose avec ces clubs là. D’ici un an et demi, quand les mecs vont se rendre compte que ça coûte beaucoup d’argent et que ça ne ramène pas forcément beaucoup de gens, ils reviendront à mettre Dj Neness derrière les platines.

Et ils font pas mal de tort au business parce qu’ils font des offres à 5 fois la valeur d’un artiste comme ils ont des moyens financiers très importants. Et toi quand c’est vraiment ta passion et ton créneau tu te fais un peu niquer. Tu te dis : « Putain les mecs sont fous, je ne vais pas donner 10 000€ à un mec qui en vaut 2 000 ! ».

– En reparlant du Showcase comment vous êtes vous répartis les tâches sur ce projet entre Savoir Faire et We Love? Comment est-ce que vous avez conçu la (re)naissance d’un lieu ?

On n’a pas eu besoin d’inventer grand chose. On arrive là avec une expérience déjà actée du truc. Le lieu est là et existait déjà avant, on arrive donc avec une programmation et un savoir-faire. Le lieu est grand et imposant, ce n’est donc pas un lieu où on va pouvoir faire de la découverte. We Love te le dira, mais à plusieurs reprises on aurait pu faire qu’un Richie Hatwin et deux Djs à 200€. Or, on ne l’a jamais fait.

On a tous été très motivé par le fait de récupérer ce lieu qui a vraiment un cadre chouette et d’essayer d’en faire un beau club, avec une programmation qualitative et une politique globale plus ouverte. Le Showcase il a son histoire, qui n’est pas la mienne au niveau artistique, mais il a son histoire. Avant nous il y a eu une évolution assez forte, ce qui nous permet aujourd’hui de faire notre boulot. De bonnes choses ont été faites par Stephan et son crew dans leur secteur. Du coup on n’arrive pas vierge. A un moment on a même eu une discussion sur le nom : est-ce qu’on le garde ou est-ce qu’on le change ? Mais avant tout, notre objectif c’était d’en faire un lieu de fête, où les gens dansent et sont là pour s’amuser. Pas juste pour boire de Vodka je-ne-sais-pas-quoi et voir le Dj à la mode. On est sur la même longueur d’ondes avec We Love et c’est aussi pour ça que ça a bien marché entre nous.

– Quels ont été les défis majeurs durant ce projet ?

Le temps. Ça a été ça notre plus grosse difficulté. Le Showcase ça a été un challenge de ouf de A à Z. On a commencé les discussions il y a à peine trois mois. Et on a acté le démarrage du projet il y a un mois et demi. Le challenge ça a été ça : avoir un mois et demi pour remettre sur pieds un club et faire une programmation qui en vaut le coup. J’ai tendance à penser que vu ce qu’on a envoyé en un mois et demi sur le démarrage du club, on risque de faire fort. Et là c’est qu’un avant goût de ce qui va s’y passer. J’espère que les gens ne vont pas être déçus.

– En parlant de programmation, le Social Club était un lieu où les artistes Savoir-Faire étaient souvent mis à l’honneur. Ce sera la même chose pour le Showcase ? Peux-tu nous parler de la programmation globale ?

La programmation est assurée par Anthony Ferrat et Clément Meyer. L’idée était d’avoir deux jeunes mecs qui ont tous les deux un fort sens artistique et des connaissances sur  des styles pointus et complémentaires. Clément je le connais de l’époque où il faisait ses soirées Get The Curse au Social Club. Anthony il bosse avec moi, je l’ai formé sur le Social Club et il a une très bonne expertise sur la scène UK Bass.

Pour ce qui est des artistes Savoir Faire, non, il y en aura pas plus que cela au Showcase., comme il y en a pas eu plus que cela au Social Club. A un moment le Social Club il est ce qu’on n’ a pas pensé qu’il devait être à la base. Quand on a créé le Social Club, c’était un club qui pour moi touchait tout le spectre de la musique électronique qu’on aime et qui est extrêmement large.

Le Social Club c’est aussi une génération jeune et fraîche qui s’est accaparée cette histoire à ce moment là. C’est toujours la même, ce ne sont pas les artistes qui font un lieu. C’est les mouvements, le public, ce qui se passe dans le club. Mais au Social Club on a toujours fait de la Minimale, de House, de la Techno,… Si tu prends toute la programmation du Social depuis son ouverture, tu verras que ce n’est pas ce que tu imagines. Le Social on l’a toujours pensé comme une sorte de CBGB de l’Electro que comme un lieu « électronique Savoir Faire ». Non, on a fait des tonnes de concert Rock, Hip Hop, Bass Music,…

Au Showcase, alors oui, j’espère qu’il y aura des artistes Savoir Faire parce que ça veut dire que je fais bien mon boulot et que l’on a des Djs qui peuvent remplir des clubs. Mais si je veux mettre en avant Brodi, Gesa, Para One, Bambounou, French Fries,… J’ai pas besoin d’avoir un club pour ça, je peux les faire jouer. Après bien sûr, c’est un cercle vertueux. Ça amène des choses, des envies, des libertés. Mais je n’impose rien à mes artistes.

– Ça va bientôt faire six ans que Savoir-Faire et tes entités évoluent au sein de la scène électronique française, sans avoir pour autant perdu en notoriété et crédibilité. Il y a une formule magique à tout ça ? Qu’est-ce qui fait que ça a marché ?

Non il n’y a pas de formules magiques. Dans les choses qui font que ça tient la route aujourd’hui, il y a avant tout une histoire d’homme. J’ai la chance d’avoir rencontré des gens supers. Je passe énormément de temps dans mon boulot à bosser sur le « faire-ensemble ». Pour des histoires personnelles et liées à la mort de Medhi, c’est ce qu’on a voulu faire avec Brodi sur Bromance. Au départ je ne voulais pas monter de label. Mais pour un ensemble de raisons on l’a fait et aujourd’hui on a un beau label qui avance et qui a une vraie histoire humaine.

En parallèle je travaille avec Para et Surkin qui ont Marble ; Gesa et The Hacker qui ont Zone ; et d’autres labels comme Pelican Fly, Ed Banger,… Et quand tu n’as pas envie de t’inscrire dans une scène existante, je pense que le « faire-ensemble » est la chose la plus forte. Faire ensemble la musique que l’on aime, faire bosser les gens sur un même projet. J’ai un peu un côté père de famille qui fait attention à ce que ses membre se portent bien et qu’il y ait une bonne ambiance. Pour moi c’est le truc le plus bandant.

– Et toi et cette famille que tu as construite, tu l’imagines comment dans les six prochaines années ?

Quand tu es chef d’entreprise aujourd’hui, tu as une partie de ton temps que tu accordes à la cohérence de ta boîte. Savoir Faire c’est une entreprise qui s’est créée avec de fortes personnalités : Alexandra qui m’assiste au quotidien, Antoine mon associé qui est plus sur l’agence de booking et le live, Elena sur la promo, Céline au marketing,… Et puis tous les autres Edouard, Guillaume,… Chacun est porteur de projets, chacun a son boulot à faire. Mais on met aussi l’accent sur les envies de chacun. Aujourd’hui, c’est vrai que mes envies sont plus sur du jour que de la nuit, mes envies vont sans doute m’amener vers de nouvelles aventures, vers le cinéma peut-être.

Aujourd’hui j’ai un modèle qui me plaît et que j’ai envie de conserver et dans lequel j’ai des tonnes de choses à faire et à inventer encore. Et j’ai surtout envie que tous mes artistes atteignent un niveau de notoriété qui devrait être le leur ; arriver à faire en sorte que mes artistes rencontrent leur public.  Mes journées sont donc bien remplies.

 

L’ouverture du Showcase c’est du Jeudi 20 Mars ou Samedi 22 Mars avec Disclosure, Kyle Hall, T.E.E.D, Vitalic, Hold Youth,… Pour plus d’informations: www.showcase.fr / Event Facebook

Showcase Opening